• Né le 22 Mai 1808, Gérard de Nerval, Gémeaux ascendant Sagittaire

     

    Gérard de Nerval

    Où es-tu Nerval ?

     

    Nerval


     

    Ne m’attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche.

    Par ce message laissé derrière lui, Nerval, à quarante-sept ans, prit congé du monde au matin glacé du 26 janvier 1855, rue de la Vieille Lanterne près du Châtelet en se suspendant à un lampadaire trop grand pour lui, mais qui le rapprocha des étoiles. Un lampadaire dit la légende, une grille dit la triste réalité.

     Fini les dérives au jardin des Tuileries en promenant son homard rose, fini la valse des souvenirs d’enfance, et les pas de Sylvie. La nuit fut blanche et très froide et Nerval se balançait sous la lune, plus près des gnoses qu’il va traquer.

     Il a donc vécu parmi nous ce « fou sublime » et il a tenté de toutes ses forces de « fixer le rêve et d’en connaître les secrets »   Il n’a pas voulu nous les dévoiler.

     

    Mais si pendant longtemps, comme une image vaine,

    Mon ombre t'apparaît... oh ! reste sans effroi :

     Car mon ombre longtemps doit te suivre, incertaine

     Entre le ciel et toi.

     

    « Le pauvre jeune homme » qui vivait sur le fil de ses fantômes était tombé de son fil de funambule. Ses dernières années étaient celles d’un mendiant halluciné, replié dans sa forêt de symboles et de ses amours mortes. Lui, naguère riche, vivait au jour le jour, ne croyant qu’en l’éternité.

     Il se sentait déjà hors de notre pauvre monde, dépositaire initié et choisi entre tous, des révélations de l’univers. Que pouvait alors lui importer la société et ses convenances bourgeoises. D'ailleurs, il avait fait le coup-de-poing lors de la bataille d’Hernani en 1830.

    Apparitions de Nerval

     

     Gérard de Nerval, de son vrai nom Gérard Labrunie, naquit à Paris le 22 mai 1808. Orphelin de mère, morte quand il avait deux ans , fils d'un médecin de l'armée napoléonienne, le jeune Gérard est élevé à Mortefontaine au nom prédestiné dans le pays de Valois, région parsemée de forêts et d'étangs qui inspira Corot. Amoureux fou de Goethe il se passionne pour la littérature allemande et devient un traducteur étonnant, (Faust en 1828 puis d'Hoffmann.)

    L'amour fou pour la comédienne Jenny Colon en 1836, qui n’avait rien à faire d’un illuminé sans le sou, l’avait conduit à croire à l’irréel et donc à l’éternel féminin de Goethe .

     Il va le sanctifier autour de cette « pécheresse ». Pour elle il fit même une gazette à elle seule consacrée !

     

    La description du rêve d'Aurélia (1855) en est issue. Et construit sa perception du monde : le songe est la réalité, le réel qu’une imposture. Le rêve est son refuge.

     

    Un long voyage en Orient en 1843 l’enferme encore plus dans sa conviction que la vraie vie est ailleurs. Dans le monde antique chanté par Hölderlin, dans la mythologie et ses dieux, dans l’ésotérisme.

     

    Ce voyage en Orient n’est pas celui d’un voyageur, pendant toute une année il va rechercher les paroles cachées du monde. Il est en chemin d’une métaphysique et non d’un paysage.

     

    Nerval

     

    Qu’importe si cette métaphysique est brumeuse, il va au-delà des clichés des Romantiques, vers un désert imaginaire, où tout se révèle.

     

    Où vas-tu ? me dit-il. Vers l'Orient !

     

    Et pendant qu'il m'accompagnait, je me mis à chercher dans le ciel une étoile, que je croyais connaître, comme si elle avait quelque influence sur ma destinée... Une …toile a brillé tout à  coup et m'a révélée le secret du monde et des mondes.

     

    Il n’ose même pas écrire le mot étoile au complet, pris dans ses visions entre extase et folie. Lui l’errant cherche «  sa patrie mystique ».

     Les choses cachées du monde vont parler pour lui, et pour lui seul.

     «Notre passé et notre avenir sont solidaires. Nous vivons dans notre race et notre race vit en nous.»

     Aussi il se laisse flotter pendant dix ans ne vivant que de petits boulots et de l’aide de ses amis, dont Théophile Gauthier.

     

     

     

    Et la folie qui nichait en lui comme une chouette patiente, prenait souvent son envol. Quelques moments éblouissants de lucidité, brefs et terribles vont voir naître ses grandes œuvres : Sylvie, Les Filles du feu et surtout « Les Chimères », monument obscur se dressant haut.

     

    D'enfermement en errance, il suit un chemin de « wanderer », de voyageur errant, jusqu’à la pendaison, point de croix final de sa dentelle d'illusions.

     

     

     

    Nerval ne pouvait vivre à l’étroit d’un monde sans étoile, sans dieu immortel. La mort de son Aurélia, Jenny Colon, le renforce dans son nouveau paradis, où tout renaît :

     

    « Plus de mort, plus de tristesses, plus d'inquiétude. Ceux que j'aimais, parents, amis, me donnaient des signes certains de leur existence Éternelle »

     

    « D'ailleurs, elle m'appartenait bien plus dans sa mort que dans ma vie. »

     

     

     

     

     

    Au delà des frontières du réel

     

     

     

    Les frontières du monde réel n’ont vraiment jamais compté pour Nerval. Lui le Ténébreux, le Veuf, l’Inconsolé, était un chercheur d’étoile, celle d’un Orient où vivraient côte à côte ses chers poètes allemands, Novalis Goethe, et les sagesses du monde caché.

     

    Le Rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. 

     


    Nerval cherche l’initiation absolue et se désespérait sans doute de l’avoir raté.

     

    Une sorte de pardon divin à des péchés jamais commis. Il marchait somnambule comme le double d’un autre qui lui avait vu s’élever l’étoile du matin et marchait à cloche pied dans le pays de l’Ange.

     

    Ce besoin de consolation impossible à rassasier le conduit aux bords du vide

     

    « Dans les rêves, on ne voit jamais le soleil, bien qu'on ait souvent la perception d'une clarté beaucoup plus vive. Les objets et les corps sont lumineux par eux-mêmes. » (Aurélia)

     

    Maintenant il trône dans le panthéon des poètes maudits, Alfred de Vigny lui rendra hommage dans « Chatterton ».

     

    Nerval

     

    Sanctifié aujourd’hui comme le passeur de la folie en poésie, il semble notre mauvaise conscience. Mais il n’est pas le Prince des poètes.

     

     

     

    Ses poèmes sont inégaux, mais une poignée d’eux sont sublimes. D’une écriture sans innovation, ils vont portant si loin en nous. Cette mélancolie insondable les transfigure. Ce pauvre diable ouvre les paradis des mots.

     

    Les seuls en langue française à pouvoir faire écho à Hölderlin ou Novalis.

     

    Pourquoi Nerval nous touche-t-il tant encore ? Lui qui n'a rien inventé en écriture poétique.

     

    Sans doute, parce qu'il nous semble entendre la voix de la pythie à travers lui, et dans un langage hors du temps. Tout est nimbé d'une mélancolie insondable. Ses poèmes sont autant de prophéties, dites sur un ton simple. Ce sont des oracles souriants et énigmatiques.

     

    « Et de blancs papillons la mer inondée » !

     

    Ses paroles hermétiques nous intriguent encore, car elles annoncent le retour des dieux archaïques.

     

    Les saintes et les fées dansent la même ronde.

     

     

     

    « Dans le romantisme qu'il traverse, et auquel il paraît étranger, Gérard de Nerval semble une apparition ». (Pierre-Jean Jouve).

     

    À l’écart de tout, il est tout. Chuchotis d'étoiles, territoires de l'oubli tenus en laisse.

     

    Lui le dormeur mal éveillé du bord des abîmes, la voiture de sa raison a versé dans tous les fossés. Là il dort, dans la bouche l'amer d'une vie concassée, la lanterne de ses poèmes à la main. Il reste inassouvi à remodeler nos origines.

     

    Ces poèmes sont ses révélations, ses expiations, les nôtres aussi.

     

     

     

    Choix de textes

     

     

     

    El Desdichado

     

     

     

    Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé,

     

    Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :

     

    Ma seule Étoile est morte, — et mon luth constellé

     

    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

     

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,

     

    Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,

     

    La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,

     

    Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

     

    Suis-je Amour ou Phoebus ?... Lusignan ou Biron ?

     

    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;

     

    J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Syrène...

     

    Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :

     

    Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée

     

    Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

     

     

     

     

     

    Une allée du Luxembourg

     

     

     

    Elle a passé, la jeune fille

     

    Vive et preste comme un oiseau

     

    À la main une fleur qui brille,

     

    À la bouche un refrain nouveau.

     

     

     

    C’est peut-être la seule au monde

     

    Dont le cœur au mien répondrait,

     

    Qui venant dans ma nuit profonde

     

    D’un seul regard l’éclaircirait !

     

     

     

    Mais non, — ma jeunesse est finie...

     

    Adieu, doux rayon qui m’a fui, —

     

    Parfum, jeune fille, harmonie...

     

    Le bonheur passait, — il a fui !

     

     

     

    Fantaisie

     

     

     

    Il est un air pour qui je donnerais

     

    Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,

     

    Un air très vieux, languissant et funèbre,

     

    Qui pour moi seul a des charmes secrets.

     

     

     

    Or, chaque fois que je viens à l’entendre,

     

    De deux cents ans mon âme rajeunit :

     

    C’est sous Louis treize... Et je crois voir s’étendre

     

    Un coteau vert, que le couchant jaunit,

     

     

     

    Puis un château de brique à coins de pierre,

     

    Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,

     

    Ceint de grands parcs, avec une rivière

     

    Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs.

     

     

     

    Puis une dame, à sa haute fenêtre,

     

    Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens...

     

    Que, dans une autre existence peut-être,

     

    J’ai déjà vue ! — et dont je me souviens !

     

     

     

    La Grand-Mère

     

     

     

    Voici trois ans qu’est morte ma grand-mère,

     

    — La bonne femme, — et, quand on l’enterra,

     

    Parents, amis, tout le monde pleura

     

    D’une douleur bien vraie et bien amère.

     

     

     

    Moi seul j’errais dans la maison, surpris

     

    Plus que chagrin ; et, comme j’étais proche

     

    De son cercueil, — quelqu’un me fit reproche

     

    De voir cela sans larmes et sans cris.

     

     

     

    Douleur bruyante est bien vite passée :

     

    Depuis trois ans, d’autres émotions,

     

    Des biens, des maux, — des révolutions, —

     

    Ont dans les cœurs sa mémoire effacée.

     

     

     

    Moi seul j’y songe, et la pleure souvent ;

     

    Depuis trois ans, par le temps prenant force

     

    Ainsi qu’un nom gravé dans une écorce,

     

    Son souvenir se creuse plus avant !

     

     

     

    Delfica

     

     

     

    La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance

     

    Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,

     

    Sous l'olivier, le myrte, ou les saules tremblants

     

    Cette chanson d'amour qui toujours recommence ?...

     

     

     

    Reconnais-tu le TEMPLE au péristyle immense,

     

    Et les citrons amers où s'imprimaient tes dents,

     

    Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,

     

    Où du dragon vaincu dort l'antique semence ?..

     

     

     

    Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours !

     

    Le temps va ramener l'ordre des anciens jours ;

     

    La terre a tressailli d'un souffle prophétique...

     

     

     

    Cependant la sibylle au visage latin

     

    Est endormie encor sous l'arc de Constantin

     

    Et rien n'a dérangé le sévère portique.

     

     

     

    Le Réveil en voiture

     

     

     

    Voici ce que je vis : — Les arbres sur ma route

     

    Fuyaient mêlés, ainsi qu’une armée en déroute ;

     

    Et sous moi, comme ému par les vents soulevés,

     

    Le sol roulait des flots de glèbe et de pavés.

     

     

     

    Des clochers conduisaient parmi les plaines vertes

     

    Leurs hameaux aux maisons de plâtre, recouvertes

     

    En tuiles, qui trottaient ainsi que des troupeaux

     

    De moutons blancs, marqués en rouge sur le dos.

     

     

     

    Et les monts enivrés chancelaient : la rivière

     

    Comme un serpent boa, sur la vallée entière

     

    Étendu, s’élançait pour les entortiller.

     

    J’étais en poste, moi, venant de m’éveiller !

     

     

     

    Vers dorés

     

     

     

                  Eh quoi ! tout est sensible

     

    Pythagore

     

     

     

    Homme, libre penseur ! te crois-tu seul pensant

     

    Dans ce monde où la vie éclate en toute chose ?

     

    Des forces que tu tiens ta liberté dispose,

     

    Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

     

     

     

    Respecte dans la bête un esprit agissant :

     

    Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;

     

    Un mystère d’amour dans le métal repose ;

     

    « Tout est sensible ! » Et tout sur ton être est puissant.

     

     

     

    Crains, dans le mur aveugle, un regard qui t’épie :

     

    À la matière même un verbe est attaché...

     

    Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

     

     

     

    Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;

     

    Et comme un œil naissant couvert par ses paupières,

     

    Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !

     

     

     

    Myrtho

     

     

     

    Je pense à toi, Myrtho, divine enchanteresse,

     

    Au Pausilippe altier, de mille feux brillant,

     

    À ton front inondé des clartés de l'Orient,

     

    Aux raisins noirs mêlés avec l'or de ta tresse.

     

     

     

    C'est dans ta coupe aussi que j'avais bu l'ivresse,

     

    Et dans l'éclair furtif de ton œil souriant,

     

    Quand aux pieds d'lacchus on me voyait priant,

     

    Car la Muse m'a fait l'un des fils de la Grèce.

     

     

     

    Je sais pourquoi là-bas le volcan s'est rouvert...

     

    C'est qu'hier tu l'avais touché d'un pied agile,

     

    Et de cendres soudain l'horizon s'est couvert.

     

     

     

    Depuis qu'un duc normand brisa tes dieux d'argile,

     

    Toujours, sous les rameaux du laurier de Virgile,

     

    Le pâle hortensia s'unit au myrte vert !

     

     

     

    Artémis

     

     

     

    La Treizième revient... C'est encor la première ;

     

    Et c'est toujours la Seule, - ou c'est le seul moment :

     

    Car es-tu Reine, ô Toi ! la première ou dernière ?

     

    Es-tu Roi, toi le seul ou le dernier amant ?...

     

     

     

    Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;

     

    Celle que j'aimai seul m'aime encor tendrement :

     

    C'est la Mort - ou la Morte... Ô délice ! ô tourment !

     

    La rose qu'elle tient, c'est la Rose trémière.

     

     

     

    Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,

     

    Rose au cœur violet, fleur de sainte Gudule,

     

    As-tu trouvé ta Croix dans le désert des cieux ?

     

     

     

    Roses blanches, tombez ! vous insultez nos Dieux,

     

    Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :

     

    La sainte de l'abîme est plus sainte à mes yeux

     

     

     

    Aurélia ou LE RÊVE ET LA VIE

     

     

     

    Le rêve est une seconde vie. Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du sommeil sont l’image de la mort ; un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, et nous ne pouvons déterminer l’instant précis où le moi, sous une autre forme, continue l’œuvre de l’existence. C’est un souterrain vague qui s’éclaire peu à peu, et où se dégagent de l’ombre et de la nuit les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres : – le monde des Esprits s’ouvre pour nous.

     

    …. Je vais essayer, à leur exemple, de transcrire les impressions d’une longue maladie qui s’est passée tout entière dans mon esprit ; – et je ne sais pourquoi je me sers de ce terme maladie, car jamais, quant à ce qui est de moi-même, je ne me suis senti mieux portant. Parfois, je croyais ma force et mon activité doublées ; il me semblait tout savoir, tout comprendre ; l’imagination m’apportait des délices infinies. En recouvrant ce que les hommes appellent la raison, faudra-t-il regretter de les avoir perdues...

     

     

     

     

     

     

     


     

     

     

     

     

    Bibliographie

     

     

     

    Nerval

     

    Romans, nouvelles, récits

     

     

     

    Voyage en Orient (1851)
    La Bohème galante
    (1852)
    Lorely, souvenirs d’Allemagne
    (1852)
    Les Illuminés
    (1852)
    Petits châteaux de Bohème
    (1853)
    Les Filles du feu : Angélique, Sylvie, Jemmy, Isis, Émilie, Octavie, Pandora, Les Chimères
    (1854)
    Promenades et souvenirs
    (1854)
    Aurélia ou le rêve et la vie
    (1855)

     

     

     

    Poésie

     

     

     

    Odelettes (1834), dont: Une allée du Luxembourg (1832)
    Les Chimères (1854)

     

     

     

    Traductions

     

     

     

    Faust (1828)
    Poésies allemandes (Klopstock, Goethe…) (1830)

     

    Le Taureau, Vénus et la Maison 2

    Gérard de Nerval, de son vrai nom Gérard Labrunie, est un poète français, né à Paris le 22 mai 1808, mort à Paris le 26 janvier 1855.

    Gérard de Nerval est né le 22 mai 1808 à Paris. Deux ans plus tard, sa mère meurt en Silésie alors qu'elle accompagnait son mari, médecin militaire de la Grande armée napoléonienne. Il fut élevé par son grand-oncle maternel, Antoine Boucher, dans la campagne du Valois à Mortefontaine. Installé à Paris en 1814, lors du retour de son père, il revint régulièrement dans ces lieux évoqués dans nombre de ses nouvelles.

    Encore lycéen, il se signala par ses traductions de Faust et autres œuvres de Goethe, qui restent parmi les meilleures jamais exécutées. La première de celles-ci fut simplement signée "Gérard". Elle parut en novembre 1827 et ne porte que sur la première partie du chef-d'œuvre, la seule connue alors. Goethe apprécia grandement son travail et remarqua son inspiration, allant jusqu'à dire qu'il aurait écrit sa pièce ainsi s'il avait dû l'écrire en français. Berlioz s'en inspira pour La Damnation de Faust.

    Il se lia d'amitié avec Théophile Gautier et Victor Hugo. Il devint avec Petrus Borel un des premiers membres des Jeunes-France. Il prit part activement, du côté des "modernes", à la bataille d’Hernani déclenchée le 25 février 1830 autour de l'œuvre d'Hugo. Vers 1835, il s'installa rue du Doyenné chez Camille Rougier : tout un groupe romantique s'y retrouvait : ce fut le temps de la " Bohême galante" ou "Bohême dorée". Il décrira cette époque dans un ouvrage sur le théâtre contemporain paru en 1852.

    Épris de l'actrice Jenny Colon, Nerval lui voua un culte idolâtre qui prit des formes nouvelles à la mort de celle-ci : figure de la Mère perdue, mais aussi de la Femme idéale où se mêlent, dans un syncrétisme caractéristique de la pensée de Nerval, Marie, Isis, la reine de Saba... Il connut à partir de 1841 plusieurs crises de démence qui le conduisirent à la maison de santé du docteur Blanche. Dès lors ses séjours dans cet établissement alternèrent avec ses voyages, en Allemagne, au Moyen-Orient. Son Voyage en Orient sera publié en 1851. Dans les années 1844 à 1847, Nerval voyagea beaucoup (Belgique, Hollande, Londres, environs de Paris) et rédigea des reportages et impressions de voyages correspondants. En même temps, il travailla comme nouvelliste et auteur de livrets d'opéra ainsi que comme traducteur des poèmes de Heinrich Heine qui était son ami (recueil imprimé en 1848). Ses dernières années furent marquées par la détresse matérielle et morale, et par l'écriture de ses principaux chefs-d'œuvre, réalisés pour se purger de ses émotions sur les conseils du docteur Blanche : les Filles du feu, Aurélia ou le rêve et la vie (1853-1854). On le retrouva pendu à une grille d'un bouge, rue de la Vieille-Lanterne, le 26 janvier 1855, dans le « coin le plus sordide qu'il ait pu trouver », comme l'a noté Baudelaire.


    Influence postérieure
    L'insistance de Nerval sur la signification des rêves eut une influence sur le mouvement surréaliste qui fut soulignée par André Breton. Dans sa dédicace à Alexandre Dumas pour les filles du feu, Nerval évoque " l'état de rêverie super-naturaliste " qui fut le sien lorsqu'il écrivit les sonnets des Chimères.

    Marcel Proust et René Daumal furent aussi grandement influencés par cette œuvre majeure.

    Antonin Artaud vit en Nerval un suicidé de la société, laquelle fut selon lui "occultement liguée contre sa conscience".

    On peut se demander si Arthur Rimbaud, qui fait référence à la traduction de Faust, a lu Aurélia qui parut dans La Revue des Deux Mondes. Certaines similarités dans le rythme et les images permettent de l'envisager. Par exemple, lorsque Nerval écrit "l'étoile qui chatoyait d'un double éclat tour à tour bleue et rose", Rimbaud écrit un poème qui commence par ce vers : "L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles".


    Un chef-d'œuvre : Sylvie
    C'est une autobiographie déguisée où, derrière un narrateur fictif s'exprimant à la première personne, Nerval recompose des souvenirs d'enfance et sa quête vaine d'un bonheur simple et réconcilié. Un entrefilet dans un journal plonge brutalement le narrateur dans des souvenirs de fêtes villageoises près de Senlis. Il décide de quitter Paris sur l'heure et au cours du trajet qui le mène à Loisy, il se remémore sa jolie compagne d'alors, la brune Sylvie, et la mystérieuse Adrienne, aperçue un soir au milieu d'une ronde de jeunes filles, et jamais oubliée depuis. Les années ont passé, néanmoins, et sitôt arrivé, le narrateur ne peut que constater le naufrage du temps : Sylvie se moque gentiment de ses obsessions et si l'ombre d'Adrienne plane encore non loin de l'abbaye de Châalis, elle est morte depuis longtemps déjà. Seul le narrateur poursuit ses chimères et prétend confondre l'actrice Aurélie dont il est épris avec ce fantôme. Alors peut-être la sage Sylvie le sauverait-elle en lui offrant une vie sans nuages ? Mais elle est gantière et en voie d'épouser un pâtissier. La construction de cette brève nouvelle est très habile, ménageant des ponts incessants entre le passé et le présent. Les thèmes chers à Nerval s'y déploient avec une étonnante concentration : le pouvoir rédempteur de la Femme, assimilée à la Mère trop tôt perdue ; les charmes d'une province oubliée par le temps, parsemée de châteaux magiques et de bois profonds hantés du souvenir de Jean-Jacques Rousseau, qui passa là ses dernières années; les sortilèges du rêve enfin, et de la mémoire, par lesquels le narrateur affirme une formelle défiance à l'égard du monde réel.


    Anecdotes
    On vit un jour Gérard se promener en tenant en laisse un homard dans les galeries du Palais-Royal. Alors qu'on l'interrogeait sur le pourquoi de cet acte, il aurait répondu : " J’ai le goût des homards, qui sont tranquilles, sérieux, savent les secrets de la mer, n’aboient pas… " Les critiques et les biographes voient généralement dans cet épisode un des signes précurseurs de la folie qui allait frapper le poète. Roger Mazelier, dans Gérard de Nerval et l'humour divin, avance une autre hypothèse : il pourrait s'agir d’une volonté d'établir une "parfaite métathèse phonique" pour signifier l' amor (l'amour) ou/et d'une allusion à Omar Ier et à son lieutenant Amrou, que l'on accusa d'être les instigateurs du dernier incendie de la bibliothèque d'Alexandrie. Dans la première lettre d’Angélique, Gérard affirme d'ailleurs vouloir "venger la mémoire de l'illustre calife".

    Alors qu'on l'accusait d'être impie, Gérard s'exclama : "Moi, pas de religion ? J'en ai dix-sept !"
    Au bas d'un portrait photographique de lui, Gérard de Nerval écrivit : "Je suis l'autre".

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    Né le : 22 mai 1808 à 20h00à :Paris (France)Soleil :1°28' GémeauxLune :2°28' TaureauAscendant : 5°46' SagittaireMilieu du Ciel : 0°23' BalanceNumérologie : chemin de vie 8

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