• Biographie de Charlotte Brontë

     

     

    Charlotte Brontë était une romancière britannique, née le 21 avril 1816 à Thornton (Yorkshire), morte le 31 mars 1855.

    Elle est considérée aujourd'hui comme l'une des romancières de langue anglaise les plus accomplies.

     



    Elle naît dans un village proche de Haworth, où son père, Patrick Brontë, est pasteur. Sa mère meurt d'un cancer en 1821. Pour assurer l'éducation de ses filles, Patrick Brontë les inscrit dans un pensionnat pour filles de clergymen, Cowan Bridge. Les conditions de vie y sont tellement affreuses que les deux sœurs aînées, Maria et Elizabeth, meurent de tuberculose. Charlotte en reste marquée à vie (elle évoquera ses expériences dans Jane Eyre) et se retrouve l'aînée des quatre enfants survivants. Les autres sont Branwell, Emily et Anne. Désormais, les enfants seront élevés par leur tante maternelle Elizabeth Branwell, figure un peu mystérieuse qui n'aura pas une grande influence sur Charlotte et Emily.

    Charlotte et Branwell entament une collaboration littéraire intense autour d'un pays imaginaire, Angria, produisant une quantité fabuleuse de récits, de pièces de théâtre, de journaux, de poèmes écrits en caractères minuscules. Puis Charlotte, qui doit se préparer à devenir institutrice ou préceptrice, est envoyée une nouvelle fois en pension, mais cette fois dans un établissement de qualité où elle nouera deux amitiés durables, avec Ellen Nussey et Mary Taylor.

    L'entrée dans la vie professionnelle est difficile. Hantée par le besoin d'écrire, elle parvient à peine à remplir ses fonctions d'institutrice dans son ancien pensionnat, puis de préceptrice chez des particuliers. Des tentatives de contact avec d'autres écrivains, notamment Southey qui lui déconseille l'écriture parce qu'elle est une femme, ne portent guère de fruits.

     



    Avec en tête l'idée de créer son propre pensionnat de jeunes filles, elle décide de partir à l'étranger pour parfaire ses connaissances linguistiques. En 1842, Elle se rend à Bruxelles, en compagnie de sa sœur Emily, au Pensionnat Heger dans le quartier Notre-Dame aux Neiges, dirigé par Mme Heger. Elle commence à subir l'ascendant du mari de celle-ci, érudit et pédagogue remarquable, qui n'a que 7 ans de plus qu'elle. La mort de leur tante contraint les deux sœurs à rentrer à Haworth, où Emily décide de se fixer définitivement. Charlotte retourne chez les Heger, qui lui ont proposé un poste de maîtresse d'anglais dans leur établissement. Elle ne tarde pas à se trouver de plus en plus obsédée par M. Heger, connaît une crise psychologique grave, et décide de retourner au Royaume-Uni. De Haworth, elle écrira des lettres passionnées à son "maître", qui après un ou deux échanges prend la décision de cesser la correspondance. Il faudra à Charlotte de longs mois pour s'en remettre.

    Un jour, en 1845, Charlotte découvre par hasard des textes d'Emily. Eblouie par leur qualité, elle propose à ses sœurs de publier un volume collectif qui paraîtra sous le titre Poems by Currer, Ellis and Acton Bell (1846). Les trois sœurs se mettent alors à des romans. Ceux d'Anne et Emily, Agnes Grey et Les Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights), sont acceptés par un éditeur, mais non le récit de Charlotte, The Professor. En revanche, son second roman, Jane Eyre, publié en 1847 sous le pseudonyme de Currer Bell, fait sensation. Héritier de la tradition du roman gothique, ce récit à la première personne scandalise certains par l'affirmation de soi et la détermination de l'héroïne - on est en pleine époque victorienne - mais son style somptueux, à la fois passionné et parfaitement maîtrisé, en fera un immense best-seller. Elle entame alors un troisième roman, Shirley.

     

     

     


    Entre-temps, son frère Branwell est devenu alcoolique et opiomane suite à une déception amoureuse, et meurt de tuberculose à l'automne 1848. Emily en fait autant quelques semaines plus tard après avoir pris froid et refusé de se soigner. Moins rétive aux soins, Anne ne tardera pourtant pas à mourir de la même maladie au printemps 1849.

    Commence alors une période de calvaire pour Charlotte. Elle termine tant bien que mal Shirley tout en luttant contre une dépression atroce. Ses horizons s'élargissent néanmoins à présent qu'elle n'est plus tenue de respecter l'anonymat qu'elle avait juré à Emily. Soutenue par son éditeur George Smith, elle fait la connaissance du Tout-Londres littéraire et noue de solides amitiés avec ses pairs, notamment sa future biographe Elizabeth Gaskell.

     



    Shirley a souffert des conditions dans lesquelles il a été écrit. Les deux héroïnes se transforment en portraits idéalisés des sœurs de Charlotte, et le récit ne cesse de vaciller entre le réalisme social et un romantisme aussi échevelé mais beaucoup moins convaincant que celui de Jane Eyre. Charlotte retrouve la forme avec Villette, publié en 1853, basé sur ses expériences bruxelloises et considéré par certains comme son chef-d'œuvre.

    C'est vers cette époque que le vicaire de son père, Arthur Bell Nicholls, se déclare et la demande en mariage. M. Brontë s'y oppose violemment. Nicholls persiste et obtient gain de cause; Charlotte et lui se marient en 1854 et connaissent un grand bonheur conjugal. De cette époque, il reste des brouillons qui témoignent du fait que Charlotte se cherchait un autre sujet de roman.

    Malheureusement, Charlotte tombe malade de la tuberculose et meurt le 31 mars 1855.

     

     

    Née le : 21 avril 1816 à 14h41
    à : Thornton (Royaume-Uni)
    Soleil : 1°21' Taureau AS : 16°11' Vierge
    Lune : 25°55' Verseau MC : 11°19' Gémeaux
    Dominantes : Sagittaire, Bélier, Verseau
    Uranus, Mercure, Neptune
    Maisons 8, 4, 6 / Feu, Air / Mutable
    Numérologie : chemin de vie 5
    Popularité : 23 861 clics, 893e femme, 2 112e célébrité

     


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     LE SPECTRE DU RAYONNEMENT DES CORPS NOIRS ET LA LOI DE PLANCK STIPULANT L'EXISTENCE DU QUANTA D'ENERGIE.

     

     C'EST UNE RUPTURE THEORIQUE A LA BASE DU DEVELOPPEMENT DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE

     

     LA THÉORIE DES QUANTA DE MAX PLANCK EST LA SEULE A PREDIRE CORRECTEMENT LA COURBE DE RAYONNEMENT DU CORPS NOIR OBSERVEE EXPERIMENTALEMENT

     

     

    Né le 22 avril , Max Planck, physicien , Taureau ascendant Lion

     

    Biographie de Max Planck

    Max Karl Ernst Ludwig Planck (23 avril 1858 - 4 octobre 1947) était un physicien allemand, Prix Nobel de physique en 1918 et lauréat du prix Goethe en 1945.

    Max Planck né le 23 avril 1858 à Kiel, est issu d’une famille nombreuse et bourgeoise. Ses arrière-grand-père et grand-père paternels sont professeurs de théologie, son père professeur de droit (il participa à la rédaction du code civil allemand), tandis que sa mère est issue d'une famille de pasteurs.


    Études et débuts
    Max Planck fait ses études secondaires à Munich où son père enseigne. Il est un bon élève, sans plus.

    Il hésite alors entre se consacrer à la science ou à la musique. En 1874, il entame des études de mathématiques et de physique à l’université. Il obtient son baccalauréat à dix-sept ans et, trois ans plus tard, il conclut son cursus universitaire à Berlin avec Hermann von Helmholtz et Gustav Kirchhoff comme professeurs.

    En 1878, il soutient sa thèse de doctorat sur « le second principe de la thermodynamique » et la notion d'entropie en perpétuelle augmentation. Ses professeurs ne sont guère convaincus. Il passe néanmoins son habilitation l'année suivante (1881) sur « les états d'équilibre des corps isotropes aux différentes températures », aboutissant aux mêmes résultats que ceux obtenus auparavant par l'américain Josiah Willard Gibbs, dont les travaux étaient restés confidentiels.

    Jusqu'en 1885, il recherche un poste d'enseignant en physique théorique, discipline peu à la mode à l'époque. Il obtiendra enfin un poste de professeur adjoint à Kiel en 1885.

    À la mort de Kirchhoff, et sur recommandation de Helmholtz, il est appelé à l’université de Berlin comme professeur adjoint puis titulaire en 1892. Un poste qu'il gardera pour environ quarante ans.


    Recherches
    À Berlin, il poursuit des travaux en thermodynamique, en électromagnétisme et en physique statistique.

    Planck rejette, dans un premier temps, le modèle atomiste des gaz de Maxwell et Boltzmann. Pour lui, la théorie atomique s’effondrera à terme en faveur de l’hypothèse de la matière continue. Il se rallie devant l'évidence à l'atomisme à partir des années 1890.

    A cette même époque Lord Kelvin identifie le rayonnement du corps noir comme l'un des problèmes à résoudre. Jožef Stefan, Ludwig Boltzmann, Wilhelm Wien s'y attaquent ainsi que Otto Richard Lummer, Ernst Pringsheim, Heinrich Rubens, Ferdinand Kurlbaum, Friedrich Paschen et Lord Rayleigh.

    Travaillant à formuler avec exactitude le second principe de la thermodynamique, Planck s’intéresse dès 1894 au rayonnement électromagnétique du corps noir. Il adopte les méthodes statistiques de Boltzmann.

    En 1899, il introduit les constantes de Planck (h) et de Boltzmann (k) en même temps que la notion des quanta.

    En octobre 1900, il détermine la loi de répartition spectrale du rayonnement thermique du corps noir, sans en maîtriser l'interprétation physique.

    C’est à la fin de 1900 qu’il présente sa découverte à la société de physique de Berlin. C’est la naissance de la théorie des quanta, à l'approfondissement de laquelle il participera peu, laissant Einstein l'étayer solidement. Planck a du mal à accepter sa propre hypothèse, rendant la matière « discontinue ». Il devient, par la suite, l'un des premiers soutiens d'Einstein, bien que ce dernier fut très critique vis-à-vis des théories de Planck avant de reconnaître ses positions novatrices.

    Il participe au premier congrès Solvay à Bruxelles en novembre 1911 qui réunit les sommités de la physique de cette époque. Vers la même époque, il s'oppose au positivisme logique d'Ernst Mach.

    Il prend sa retraite universitaire en 1927 mais continue à enseigner par la suite.

     




    Honneurs
    Depuis 1894, il est membre de l'Académie de Prusse dont il est nommé secrétaire perpétuel du comité de physique en 1912, impulsant une certaine dynamique à cette institution. Il y fait notamment admettre Einstein.

    Après avoir échoué deux fois en 1907 et en 1908, il reçoit pour son œuvre le prix Nobel de physique en 1919 (en fait, il s'agit du prix Nobel 1918, non décerné pour raison de guerre, celui de 1919 étant attribué à Johannes Stark, antisémite notoire et proche des idées des nazis par la suite).

    En 1913, il est nommé recteur de l'université de Berlin.

    En 1927, il est lauréat de la Médaille Franklin pour sa notion de quantum d'énergie, puis de la médaille Copley en 1929.

    La médaille « Max Planck » de physique est créée, qui lui est conjointement attribuée avec Einstein en 1929.

    L’année suivante, à la mort de von Harnack, Planck est nommé président de la société KWG (Kaiser Wilhelm Gesellschaft, en l'honneur du kaiser Guillaume) qui deviendra après la Seconde Guerre mondiale la Société Max Planck (Max-Planck-Gesellschaft), l'une des grandes institutions de la recherche allemande.

    Dans le même temps, il rédige des traités de physique théorique, et travaille sur des ouvrages de vulgarisation réputés pour leur accessibilité. Il s'intéresse beaucoup à la pédagogie. Il a été le directeur de thèse de deux "Prix Nobel", Max von Laue en 1903 et Walther Bothe en 1914, mais également du philosophe Moritz Schlick (1904).

    Max Planck meurt le 4 octobre 1947 à Göttingen.

    Planck est reconnu par les plus grands scientifiques, même avant sa mort. Einstein dit de lui qu’il est « un homme à qui il a été donné de doter le monde d’une grande idée créatrice ». Quant à Louis de Broglie, il affirme : « l’œuvre qu’il a accomplie est de celles qui assurent à leur auteur une gloire immortelle et, si quelque cataclysme ne vient pas anéantir notre civilisation, les physiciens des siècles à venir parleront toujours de la constante de Planck et ne cesseront de répéter avec admiration le nom de celui qui a révélé aux hommes l’existence des quanta ».


    La vie privée de Planck
    Il se marie avec Marga en 1887 et devient père de famille dès 1888. Ils s'installent alors à Grunewald, dans la banlieue de Berlin. Il aura au total quatre enfants dont trois moururent lors de la première guerre mondiale, son fils aîné, Karl, devant Verdun en 1916 et ses deux jumelles en 1917 et 1919, lors de suites de couche. Erwin, son cadet, est fait prisonnier en France. Ce dernier est resté très proche de son père durant l'entre-deux-guerres, occupant des fonctions administratives importantes dans le régime de Weimar. Il est arrêté en 1944, accusé de tentative d'assassinat sur Hitler. Erwin est exécuté en février 1945.

    Sa première femme meurt en 1909 et il se remarie avec Marga von Hoesslon, la cousine de cette dernière.

    Planck a toujours conservé de sa jeunesse un attrait marqué pour la musique : il a ainsi composé quelques pièces et maîtrise le piano avec lequel il joue parfois avec le violoniste Joseph Joachim, ou plus tard avec Albert Einstein.


    Défenseur d'une certaine tradition ou progressiste ?
    Planck a toujours été respectueux de la hiérarchie mais n'hésite pas à défendre ses convictions contre les opinions du moment. Il a témoigné à plusieurs reprises de son patriotisme et de son soutien à la monarchie avant et pendant la Première Guerre mondiale.

    Il défend l'universitaire Léo Arons en 1895 dont la seule faute est d'appartenir à un parti d'opposition, et ce, contre l'avis du ministre du Culte et de l'Éducation de l'époque. De même, il favorise l'accès à l'enseignement supérieur aux femmes, dont la plus célèbre reste Lise Meitner.

    En 1914, il signe, avec quatre-vingt treize intellectuels allemands « L'Appel aux peuples civilisés du monde », proclamant sa solidarité avec l'armée allemande. Il réitère à plusieurs reprises des discours patriotiques mais modère dès 1915 son attitude en refusant le boycott des publications britanniques préconisé par Vienne. Il pense alors à l'après-guerre en évoquant la situation désastreuse de la science allemande en cas de défaite et lutte contre toute les tentatives d'isolationnisme en faisant preuve de modération.


    La naissance de la théorie de la gravitation d... par BNF


    Dans l'entre-deux-guerres, il participe activement à la reconstruction de la vie intellectuelle allemande en réussissant à obtenir d'importantes subventions de l'état ou de fondations privées. Politiquement, il reste plutôt conservateur, défendant le pouvoir en place et étant défavorable au suffrage universel. Il refuse toutefois, à plusieurs reprises, de s'exprimer à propos de sujets en dehors de la sphère scientifique. Il plaide fortement en faveur de la recherche fondamentale, s'opposant en cela à Stark dont l'influence grandit avec l'influence des nazis.

    La montée de l'antisémitisme commence à atteindre plusieurs grands savants dont le plus célèbre reste Einstein. En 1933, Hitler devient chancelier du Reich. Planck occupe alors des postes clé dans plusieurs institutions, dont l'institut Kaiser-Wilhem, société savante possédant un certain pouvoir financier. Il pense alors pouvoir modérer la politique du Führer par un certain degré de pragmatisme. Il ne s'oppose donc pas directement au pouvoir en place et prône la discrétion même si plusieurs de ses interventions publiques sont imprégnées de modération. En mars 1933, Einstein, en voyage aux États-unis, annonce qu'il ne retournera pas en Allemagne pour des raisons politiques. Planck manifeste en privé son désaccord avec cette décision, estimant que ses effets risquaient d'être délétères pour les scientifiques juifs encore sur place. Il rencontre en mai 1933 Adolf Hitler pour essayer de défendre ses collègues israélites dans l'intérêt de l'Allemagne, sans succès. Ses discours ultérieurs restent dans la ligne choisie, mêlant une certaine ambiguïté dans l'opposition : il fait ainsi plusieurs éloges sur la relativité sans en citer pourtant l'auteur. Les résultats sont néanmoins positifs dans les premières années : il fait échouer la nomination de Starck à la tête d'un institut important, parvient à obtenir des fonds pour la recherche et à conserver des membres juifs. Sous la pression, la société savante sous la direction de Planck doit cependant s'aligner progressivement sur le pouvoir, le savant étant obligé de discourir en l'honneur du Führer et de faire le salut Nazi. Planck finit par abandonner toute fonction officielle en 1938. Il continue cependant de donner des conférences sur des thèmes sensibles comme "Science et religion" où il avoue croire en Dieu mais pas en celui des chrétiens.

    Sa maison, à Grunewald, est détruite par un bombardement aérien le 15 février 1944 alors qu'il résidait à Rogatz, près de Magdeburg. À plus de 80 ans, il est obligé de fuir les bombardements alliés. À la libération, il réfugie à Göttingen avec sa femme et sa nièce. À la demande des survivants, il devient un temps le président de l'institut Kaiser-Wilhem, transformée en Institut Max Planck le 11 novembre 1946


    Découvertes
    En 1900, Max Planck découvre la loi spectrale du rayonnement d'un corps noir (publiée en 1901) en essayant de réconcilier la loi de Rayleigh-Jeans qui fonctionne aux grandes longueurs d'ondes (basses fréquences) et la loi de Wien qui fonctionne aux petites longueurs d'ondes (hautes fréquences). Il trouve que sa propre fonction correspondait remarquablement bien aux données pour toutes les longueurs d'ondes.

    La correction de la loi de Rayleigh-Jeans est particulièrement importante, car elle est construite sur une base théorique forte : la thermodynamique telle qu'elle était connue à l'époque ; mais souffre d'un défaut majeur aux longueurs d'ondes courtes : la catastrophe ultraviolette. Ce point suggère que la thermodynamique est fausse. Planck essaye donc de produire une nouvelle théorie fondamentale destinée à remplacer la thermodynamique.

    La loi de Rayleigh-Jeans et la loi de Planck utilisent le théorème d'équipartition et font correspondre un oscillateur à chaque fréquence. Rayleigh suppose que tous les oscillateurs sont également excités, sa loi prédit que les oscillateurs de très courtes longueurs d'ondes sont fortement excités même à température ambiante.

    Planck déduit sa loi de façon empirique. Il la justifie en postulant que l'énergie émise ou absorbée par les oscillateurs ne se fait que par petits paquets d'énergie E. Ces paquets seraient directement reliés à la fréquence des oscillations selon la formule qu'il expose le 14 décembre 1900 :

    E = hν
    où,

    h est la constante de Planck
    ν est la fréquence du rayonnement électromagnétique.
    Cette hypothèse permet de limiter l'excitation des oscillateurs aux courtes longueurs d'ondes, puisqu'il ne peuvent absorber qu'une énergie au moins égale à hν.

    Bien qu'il soit facile maintenant d'interpréter cela en terme de quantification de la lumière en photons, Planck ne propose pas cette quantification.

    Cela apparaît clairement dans son article de 1901, dans les références qu'il donne dans cet article sur le travail qu'il a effectué sur le sujet, ainsi que dans son livre Theory of Heat Radiation (Théorie du rayonnement de la chaleur) où il explique que sa constante concerne les oscillateurs.

    À l'époque, cette relation n'est considérée que comme un artifice de calcul mathématique. L'idée de quantification est développée par d'autres, notamment Einstein qui en étudiant l'effet photoélectrique propose un modèle et une équation dans lesquels la lumière est non seulement émise mais aussi absorbée par paquets ou photons ; l'introduction de la nature corpusculaire de la lumière.

    Note
    En 1914, il fut un des signataires du Manifeste des 93.

    Référence
    Planck, la révolution quantique, JL Heilbron, Les génies de la science, 2006, 27, p32-120


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    Né le : 22 avril 1904 à 08h15
    à : New York (NY) (États-Unis)
    Soleil : 1°58' Taureau AS : 27°03' Gémeaux
    Lune : 23°28' Cancer MC : 2°58' Poissons
    Dominantes : Taureau, Cancer, Gémeaux
    Neptune, Uranus, Mercure
    Maisons 11, 12, 1 / Eau, Terre / Mutable
    Astrologie Chinoise : Dragon de Bois
    Numérologie : chemin de vie 22
    Popularité : 27 465 clics, 946e homme, 1 674e célébrité

     

     

     

     

    Robert Oppenheimer

     
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    Julius Robert Oppenheimer
    Portrait photographique en noir et blanc. Visage et épaules d'un homme portant un complet.

    Robert Oppenheimer vers 1944, alors directeur scientifique du projet Manhattannote 1.

    Naissance 22 avril 1904
    New York (États-Unis)
    Décès 18 février 1967 (à 62 ans)
    Princeton (New Jersey) (États-Unis)
    Nationalité Drapeau des États-Unis États-Unis
    Domaines Physique théorique (1) Enseignement universitaire en physique (2) Direction d'un laboratoire scientifique (3) Conseil scientifique (4) Direction d'un institut de recherche fondamentale
    Institutions (1) Berkeley et Caltech (2) Laboratoire national de Los Alamos (3) General Advisory Committee (4) Institute for Advanced Study
    Diplôme Université Harvard (Bachelor of Arts) Université de Göttingen (doctorat en physique)
    Directeur de thèse Max Born
    Étudiants en thèse Samuel W. Alderson1 David Bohm2 Robert F. Christy3 Sidney Dancoff4 Stan Frankel5 Harvey Hall6 Willis Eugene Lamb7 Harold Lewis8 Philip Morrison9 Bernard Peters2 Melba Phillips10 Robert Serber11 Hartland Snyder12 George Volkoff13 Joseph Weinberg2 Siegfried Adolf Wouthuysen14
    Renommé pour Mécanique quantique Physique des particules Physique nucléaire Astrophysique Projet Manhattan Régulation internationale des armes nucléaires Victime du maccarthysme
    Distinctions Médaille présidentielle du mérite (1946)15 Chevalier de la Légion d'honneur (1958) Membre étranger de la Royal Society (1962)16 Prix Enrico Fermi (1963) Doctorats honorifiques

    Compléments

    Frère du physicien Frank Oppenheimer

    Signature

    Signature de Julius Robert Oppenheimer

     

    Julius Robert Oppenheimer (22 avril 1904 à New York18 février 1967 à Princeton, New Jersey, États-Unis) est un physicien américain qui s'est distingué en physique théorique puis comme directeur scientifique du Projet Manhattan. À cause de son rôle éminent, il est régulièrement surnommé le « père de la bombe atomique »17.

     

    Élevé dans une famille fortunée, intellectuelle et libérale, il maîtrise l'allemand, l'anglais et le français au point qu'il peut lire les ouvrages des plus grands chimistes, mathématiciens et physiciens de l'époque dans leur langue maternelle. Profitant des enseignements des meilleurs physiciens européens, il publie des articles importants en mécanique quantique, en physique des particules et en physique nucléaire. Il est également reconnu par la communauté scientifique pour la publication d'une thèse concernant la naissance des trous noirs dans l'Univers. Pendant les années 1930, ses travaux théoriques et son prestige font de l'université de Californie à Berkeley l'un des plus importants centres de recherche en physique.

     

    En février 1943, malgré l'opposition des services de sécurité de l'armée américaine due au passé gauchiste d'Oppenheimer, le général Leslie Richard Groves le nomme directeur scientifique du Projet Manhattan. Sous sa direction efficace, le Laboratoire national de Los Alamos met au point les trois premières bombes atomiques de l'Histoire. Même s'il juge que les États-Unis auraient dû transmettre plus d'avertissements au Japon avant de bombarder Hiroshima et Nagasaki, il reste partisan de l'usage des bombes atomiques. Après la Seconde Guerre mondiale, il est nommé président du General Advisory Committee qui conseille la Commission de l'énergie atomique des États-Unis.

     

    En 1953, pendant le maccarthysme, Oppenheimer voit son habilitation de sécurité révoquée en raison de son opposition au développement des armes thermonucléaires. En 1963, il est réhabilité politiquement lorsque le gouvernement des États-Unis lui décerne le prix Enrico Fermi. Il termine sa carrière à l’Institute for Advanced Study qui devient, sous sa direction, un centre de recherche fondamentale de premier plan.

     

    Sommaire

     

    Jeunesse et formation

    Jeune enfance

    Le 23 mars 1903, l'Allemand Julius Oppenheimer, homme d'affaires prospère établi aux États-Unis, épouse l'Américaine Ella Friedman, femme d'une « grande sensibilité, aux goûts artistiques prononcés »18. Le 22 avril 190419, Ella, installée avec son mari à New York, donne naissance à Julius Robert Oppenheimer20,note 2. Quelques années plus tard naît un autre enfant, Lewis Frank, qui meurt en bas âge. En 1912 naît Frank, qui sera physicien comme Robert18.

     

    Leur mère Ella dirige avec gentillesse et rigueur la maison, où se trouvent plusieurs œuvres d'art acquises par son mari (notamment des toiles de Pablo Picasso, Rembrandt, Auguste Renoir et Vincent van Gogh). Le couple emploie trois bonnes qui demeurent sur place. Après la mort de Lewis Frank et à la suite des fréquentes maladies de l'aîné, Ella devient « très protectrice ». En effet, une nourrice, puis une gouvernante accompagne toujours le jeune Robert. Leur relation est étroite et Robert la vénère. Son père est extraverti et jovial, ce qui heurte les valeurs de sa mère et, par ricochet, de Robert, qui éprouve de la honte de ne pas apprécier suffisamment son père23.

     

    Les parents sont de confession juive, mais ne pratiquent pas. Ils adhèrent à une association agnostique qui gère une école, que Robert commence à fréquenter à partir de septembre 191124. L'association promeut la justice sociale avant l'accroissement des biens personnels. Le jeune Robert est plongé dans un milieu qui prône la recherche indépendante, l'exploration empirique et la pensée libre, valeurs représentatives de la science25.

     

    Études secondaires aux États-Unis

    « À la maison, l'éveil intellectuel du jeune garçon est fortement stimulé. » Par exemple, s'il s'intéresse à un auteur, le père achète toutes ses œuvres. À l'adolescence, Robert démontre un vif intérêt pour les langues et la littérature. Plus tard, quand il travaillera en physique, il écrira encore des poèmes et des nouvelles24. Pendant un voyage en Allemagne, Robert a sept ans, son grand-père paternel lui donne des échantillons minéralogiques. Il s'intéresse tellement aux minéraux qu'il monte une collection « assez remarquable » qu'il offrira au chimiste Linus Pauling, en 192826. Son père est fier des capacités intellectuelles de Robert et de ses « excellents » résultats scolaires, tout en étant étonné des centres d'intérêts de son fils, à propos desquels il ironise. Sa mère éprouve de l'appréhension, car il ne participe pas aux jeux des enfants de son âge26. Il préfère escalader, rechercher des minéraux ou apprendre à naviguer à la voile. À partir de 16 ans, il fait régulièrement des excursions à la voile dans l'océan Atlantique pendant les tempêtes, à la limite de la sécurité27.

     

    À l'école, Robert est grandement influencé par Augustus Klock, un enseignant de physique-chimie28. Il se lie d'amitié avec son professeur d'anglais Herbert Winslow Smith, qui fera office, entre autres, de père de substitution29. L'influence de Smith est si grande qu'Oppenheimer, en 1945, lui confiera « l'ambivalence de ses sentiments sur la réalisation et l'emploi de l'arme nucléaire »30. Robert se passionne pour la chimie et les mathématiques. Par exemple, il étudie seul le calcul infinitésimal et la géométrie analytique, puis obtient l'« autorisation exceptionnelle » de faire des exposés auprès des élèves31. Il lit les auteurs grecs Homère et Platon dans leur langue, tout comme Virgile et Horace en latin. Lors de sa dernière année scolaire, il obtient la note la plus élevée en allemand, français, grec et latin29.

     

    En 1921-1922, il est victime d'une attaque de dysenterie puis d'une colite, ce qui repousse d'un an son entrée à l'université Harvard. Il profite de cette période pour se rendre au Nouveau-Mexique avec son ancien professeur d'anglais. Il y devient amateur de promenades à cheval ainsi que d'excursions dans les montagnes et sur les plateaux de cette région. Il fait aussi connaissance de Katherine Chaves Page, « une séduisante femme mariée de vingt-huit ans » qui gère un ranch l'été et enseigne à New York le reste de l'année. Robert, « envoûté par Katherine », lui restera attaché sa vie durant32. En effet, pour la première fois de sa vie, il se sent aimé, admiré et recherché. Fort de cette expérience, il continuera à cultiver ses compétences sociales pour obtenir l'admiration de son entourage33. Selon l'historien Richard Rhodes, sa « rencontre avec le monde naturel l'a libéré des entraves d'une vie trop civilisée ; elle s'avère décisive pour lui, une véritable guérison miraculeuse »34.

     

    Études universitaires aux États-Unis

    En septembre 1922, Oppenheimer entre à l'université Harvard. En plus du cursus habituel en chimie, il suit quelques cours supplémentaires : littérature française, mathématiques, sanskrit, etc. Il profite de la Bibliothèque Widener d'Harvard pour augmenter ses connaissances en physique. Il lit les ouvrages scientifiques du Français Henri Poincaré et des Allemands Walther Nernst, Wilhelm Ostwald et Arnold Sommerfeld dans leur langue35.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme portant des lunettes et un complet.
     
    C'est en suivant les cours de Percy Bridgman que Robert Oppenheimer découvre la physique expérimentale selon l'opérationnisme, approche scientifique qui exige de s'appuyer exclusivement sur les phénomènes observables. Bridgman est lauréat du prix Nobel de physique de 1946nobel 1.

     

    Oppenheimer affirme n'avoir suivi aucun cours de physique en première année, seulement avoir demandé à suivre des cours de niveau maîtrise, requête accordée pour sa deuxième année de formation. Percy Bridgman, « l'un des plus prestigieux professeurs de physique de Harvard », lui fait découvrir la physique expérimentale selon l'opérationnisme. Cette approche, qui découle du positivisme, affirme que l'expérience physique n'a de sens que si elle peut être définie en termes d'opérations et que toute connaissance doit se limiter à ce qui est directement observable. Elle « se révélera d'une immense fécondité intellectuelle », car les physiciens théoriciens de Copenhague (Niels Bohr en tête) et de Göttingen (Werner Heisenberg, par exemple) auront recours à cette approche lorsqu'ils poseront les bases de la physique quantique, préférant se confiner aux valeurs calculables, plutôt qu'explorer les conséquences paradoxales des phénomènes observés. Oppenheimer, de par l'enseignement de Bridgman, sera plus sensible aux enseignements qu'il recevra à Göttingen36.

     

    Études

    Pendant ses études à Harvard, Oppenheimer lit au complet l'ouvrage d'Edward Gibbons, The Decline and Fall of the Roman Empire, qui comprend pas moins de 3 000 pages37. Seuls un collègue et lui ont le « courage » de suivre un cours donné par le philosophe mathématicien Alfred North Whitehead pendant lequel ils parcourent ensemble les trois volumes de Principia Mathematica. Oppenheimer mentionnera que l'expérience lui fut plaisante38.

     

    À l'université, il rejoint un club où sont discutées de grandes questions politiques et sociales contemporaines (renaissance du Ku Klux Klan, conséquences du Traité de Versailles, putsch de la Brasserie de 1923, etc.). Même si le club n'a aucune visée gauchiste, des partisans de la révolution bolchevique et du socialisme viennent prononcer des conférences39.

     

    Oppenheimer participe à d'autres activités sociales, mais « reste un solitaire ». Pendant ses études, il n'entretient aucune relation féminine et n'a que deux amis, William Boyd et Frederick Bernheim, qu'il fréquente assidûment. Cet isolement social est la conséquence de plusieurs traits : difficulté à se lier socialement, « intellectualisme compulsif », érudition et gaucherie, lesquels exaspèrent des collègues qui le jugent « arrogant et hautain ». Cependant, des collègues d'études diront qu'il était « extraordinairement [brillant] et [intéressant] », « exceptionnel, doté d'une intelligence remarquable ». Il fait aussi montre d'un large vocabulaire, s'amusant avec les mots en compagnie de collègues40. En 1975, Bernheim dira : « Je le vis briller subitement, de l'éclat d'un immense physicien, alors que moi je peinais à seulement terminer Harvardtrad 1,41. »

     

    Pendant ses deuxième et troisième années à Harvard, tout en poursuivant ses études, il est assistant de laboratoire de Bridgman. À cette époque, il étudie la théorie classique de l'électron et la conduction thermique. Pourtant, à l'université, le physicien John Clarke Slater, avec l'aide de Niels Bohr et Hendrik Anthony Kramers, tente d'établir une théorie qui concilierait la nature particulaire des photons et l'aspect continu du rayonnement électromagnétique. Oppenheimer expliquera son manque d'intérêt pour la recherche de pointe par son désir de connaître ce qui avait déjà été découvert, pas de trouver ce qu'il restait à découvrir. En juin 1925, il est reçu Bachelor of Arts de chimie avec la mention summa cum laude. Il a donc obtenu son diplôme en trois ans, au lieu des quatre années habituelles42.

     

    Au mois d'août 1925, il retourne au Nouveau-Mexique en compagnie de ses parents, qui s'y plaisent. Avec l'historien Paul Horgan et son frère Frank, il fait de longues promenades à cheval. Katherine Chaves Page lui conseille de voyager le plus légèrement possible, ce qu'il fait. Cependant, lors d'une excursion, il vient à manquer d'aliments. Pour calmer les douleurs de la faim, un compagnon lui prête une pipe à tabac. C'est à cette époque qu'il prend l'habitude de fumer la pipe et la cigarette, qu'il conservera toute sa vie43.

     

    Études doctorales en Europe

     

    Façade en pierres d'un immeuble percée d'une imposante entrée.
     
    Porte d'entrée du laboratoire Cavendish à Cambridge en Angleterre. C'est en travaillant dans ce laboratoire qu'Oppenheimer découvre sa vocation de physicien théoricien44.

     

    Avant la fin de ses études, Oppenheimer envoie une demande à Ernest Rutherford pour travailler sous sa supervision au laboratoire Cavendish de l'université de Cambridge en Angleterre. Il a en effet réalisé qu'il préfère la physique à la chimie45. À cette époque, le laboratoire est « mondialement célèbre pour ses recherches en physique atomique et nucléaire ». Les chercheurs qui s'y sont distingués ont surtout fait preuve de talents d'observation et d'analyse, car le laboratoire ne possède pas de coûteux instruments de pointe45. Oppenheimer sait qu'il risque d'être dépassé dans un tel environnement de recherche, où il faut procéder avec minutie et patience pour mettre en évidence un phénomène particulier. Même si Rutherford n'estime pas beaucoup Bridgman et que ce dernier, dans sa lettre de recommandation, précise qu'Oppenheimer est malhabile dans un laboratoire, il demande à Joseph John Thomson de le superviser, ce que l'Anglais accepte46. Le choix de l'Américain peut sembler paradoxal, mais il est probablement influencé par les écrits des grands physiciens anglais et il veut réaliser une grande entreprise : étudier l'interaction des faisceaux électroniques avec les films métalliques, ce qui exige de faire des expériences de laboratoire47.

     

    Robert arrive en Angleterre en septembre 1925 et, après deux semaines, il exprime son désarroi dans une lettre : « Tous [les scientifiques du laboratoire] sont incroyablement adeptes de l'art de souffler du verre et de résoudre des équations différentielles. Le niveau académique ici dépeuplerait Harvard du jour au lendemain. » Relégué au sous-sol du laboratoire, il éprouve beaucoup de difficultés à fabriquer des films de béryllium. Ses difficultés lui font réaliser qu'il n'est pas à la hauteur du défi qu'il s'est lancé. Son abattement est amplifié par la vacuité de sa vie sociale48.

     

    En décembre 1925, Oppenheimer passe les vacances de Noël à Paris avec un ancien collègue de l'université Harvard, Francis Fergusson. Son désarroi est si grand qu'il tente d'étrangler Fergusson, qui parvient à le repousser. Oppenheimer se rend immédiatement auprès d'un psychiatre à Paris. De retour à Cambridge, il consulte régulièrement un psychiatre. Cet état est la conséquence de ses échecs répétés auprès de la gent féminine et de son incapacité à progresser au laboratoire. Plus tard en 1926, son sentiment d'isolement est si prononcé qu'il demande à Bernheim, établi lui aussi à Cambridge, de renoncer à sa fiancée, qui refuse tout en prenant ses distances avec Oppenheimer49,50. En mars 1926, Robert accompagne des amis en Corse. Il montre alors des signes de mythomanie et se dira atteint de schizophrénie. Il affirmera plus tard avoir vécu « l'Amour ». Des amis diront qu'il s'agissait probablement d'une très grande attirance pour une femme mariée qui n'a pas voulu quitter son époux51, mais il peut aussi s'agir d'un amour intellectuel52. À cette époque, il souffre également de dépression, un mal qui l'affectera à plusieurs reprises au cours de sa vie53. Pour tenter de trouver une solution à ses troubles mentaux, il voit un psychiatre londonien lors d'une ultime consultation, mais n'obtient pas satisfaction et préférera s'occuper lui-même de sa santé mentale44.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme souriant légèrement et moustachu portant un complet.
     
    Oppenheimer a décrit Paul Dirac « comme le plus grand théoricien du XXe siècle après Albert Einstein »54. Dirac est colauréat avec Erwin Schrödinger du prix Nobel de physique de 1933nobel 2.

     

    Le passage d'Oppenheimer à Cambridge révèle sa vocation. Il apprend l'existence d'un petit groupe de physiciens théoriciens « particulièrement actifs » menés par Paul Dirac et Ralph H. Fowler. Auparavant, il n'aurait jamais accepté d'être uniquement théoricien car, selon son jugement, leurs travaux dépendent des résultats des expérimentateurs, ce qui en fait donc des suiveurs plutôt que des créateurs, ce qui aurait heurté son éthique déontologique44. Les échanges avec Dirac et Fowler sont déterminants pour la carrière scientifique d'Oppenheimer car ces derniers sont au courant des derniers développements en physique quantique, qui vit une « très grave crise ». En effet, la mécanique newtonienne, macroscopique, postule qu'il existe une causalité entre les phénomènes, ce qui n'est pas le cas en mécanique quantique, microscopique. Les équations newtoniennes ne peuvent donc s'appliquer aux phénomènes quantiques, d'où les incohérences55.

     

    Toujours à Cambridge, Oppenheimer échange avec Niels Bohr et y apprend l'existence des trois articles, le premier publié en septembre 1925 par Werner Heisenberg (Über quantentheoretische…article 1), qui ont fondé la mécanique quantique en termes de mécanique matricielle. En novembre 1925, Dirac donne une formulation algébrique de la théorie de Heisenberg. En janvier 1926, Erwin Schrödinger publie un article qui propose une mécanique quantique ondulatoire (Quantisierung als Eigenwertproblem Iarticle 2). Comparativement à la mécanique newtonienne, la mécanique quantique se révèle à la fois plus proche de l'expérience et plus abstraite, car elle se préoccupe plus de valeurs calculables que de modèles physiques54.

     

    Oppenheimer s'enthousiasme pour cette nouvelle physique ; il suit un cours de mécanique quantique donné par Dirac. Fowler, prenant conscience du potentiel intellectuel de l'étudiant, l'encourage à faire des recherches en s'appuyant sur la méthode algébrique de Dirac. Oppenheimer abandonne l'étude des films de béryllium et maîtrise rapidement le formalisme mathématique de Dirac. Sur les conseils de Fowler, jovial et généreux, il s'attaque à des problèmes de niveaux d'énergie et de transitions d'états dans les atomes. Il publie ses deux premiers articles en mai et juin 1926 (On the Quantum Theory of Vibration-Rotation Bandsarticle 3 et On the Quantum Theory of the Problem of the Two Bodiesarticle 4)56.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme portant un complet.
     
    C'est sous la supervision du physicien Max Born qu'Oppenheimer complète son doctorat en physique à l'université de Göttingen en mai 1927. Born est colauréat du prix Nobel de physique de 1954nobel 3.

     

    Au printemps 1926, il assiste à un séminaire donné à Leyde aux Pays-Bas sous la direction de Paul Ehrenfest. Il y rencontre le physicien George Uhlenbeck, assistant d'Ehrenfest. Les deux se lient immédiatement d'amitié, ce qui réconforte Oppenheimer. Toujours au printemps 1926, il rencontre Max Born, un physicien éclectique qui est aussi un auteur de renom. En 1925-1926, avec l'aide de Heisenberg et de Pascual Jordan, Born a en effet rédigé les deux autres articles qui ont jeté les bases de ce qui sera appelé la « mécanique quantique » (Zur Quantenmechanikarticle 5 et Zur Quantenmechanik IIarticle 6). Percevant le potentiel intellectuel de l'Américain, il l'invite à Göttingen pour y faire son doctorat, offre qu'Oppenheimer accepte sans hésiter57.

     

    Dans la ville allemande, Oppenheimer est en contact avec des scientifiques de premier plan. James Franck est à la tête d'un institut de physique, Max Born dirige un autre institut de physique, alors que David Hilbert et Richard Courant dirigent l'institut de mathématiques « qui jouit d'une renommée mondiale », lequel accueille des mathématiciens renommés : Hermann Weyl, Emmy Noether, Norbert Wiener et John von Neumann. À cette époque, les chercheurs de Göttingen publient régulièrement des résultats en physique théorique, ce qui amènera le physicien Karl Compton à qualifier l'endroit de « fontaine de sagesse quantique »58.

     

    L'antisémitisme est généralisé en Allemagne à cette époque, mais le milieu universitaire de Göttingen est peu sensible à ce courant, car plusieurs des plus éminents scientifiques sur place sont juifs, notamment Franck, Born et Courant. Dans une lettre de novembre 1926 adressée à Fergusson, Oppenheimer écrit : « On y est violemment opposé à la névrose, aux Juifs, aux Prussiens et aux Français. », et croit que la situation ne peut mener qu'à un « terrible drame ». Paul Dirac et lui occupent chacun une chambre dans une maison près de l'université, ce qui renforce leur lien d'amitié. L'Allemagne traverse une sombre période économique, dont profiteront les nazis. Fortuné, Oppenheimer fait montre de largesses autour de lui59. Le physicien Walter M. Elsasser découvre un « aspect inattendu de la personnalité » de l'Américain : une soif de spiritualité sans limites qu'il met à profit pour explorer les textes sacrés de la religion hindoue. Il lit le sanskrit et peut traduire sur-le-champ des versets entiers de la Bhagavad-Gita et des Upanishads60.

     

    textes inscrits dans des cadres colorés
     
    Extraits de la Bhagavad-Gita, ouvrage qu'Oppenheimer lit en sanskrit.

     

    Toujours à Göttingen, Oppenheimer échange avec de grands scientifiques de l'époque : Richard Courant, Werner Heisenberg, Gregor Wentzel et Wolfgang Pauli. Pour lui, c'est un moment important, car il peut avoir des échanges de vues. Ainsi, il acquiert « graduellement un sens de la physique ». Puisque la mécanique quantique est récente, ses créateurs n'ont pas encore découvert toutes ses conséquences. À la fin de l'année 1926, après avoir étudié l'atome d'hydrogène, le jeune chercheur réalise sa première découverte importante61.

     

    À cause de la nature ondulatoire des électrons, Oppenheimer en vient à postuler la possibilité qu'un électron puisse franchir la barrière de potentiel qui entoure le noyau de l'atome et donc déstabiliser l'atome en se logeant dans le noyau. L'effet tunnel permet aussi le passage de particules dans le sens inverse. Découvert empiriquement par Robert Andrews Millikan et Charles Christian Lauritsen, ce phénomène permet d'expliquer l'émission des particules α lors de désintégrations nucléaires. Il est resté inexpliqué depuis sa découverte par Ernest Rutherford en 1898. « Curieusement », Oppenheimer relègue cette importante découverte théorique dans la troisième note d'un article publié en janvier 1928 dans la revue Physical Review (Three Notes on the Quantum Theory of Aperiodic Effectsarticle 7). Il expliquera cette décision par son incapacité à distinguer les bons résultats du reste62. Historiquement, c'est le premier article sur l'effet tunnel63.

     

    Il prend contact avec Percy Bridgman, son ancien professeur à Harvard, pour lui mentionner que la théorie classique de la conduction métallique risque d'être remise en cause à la suite de ses travaux. Impressionné par les explications d'Oppenheimer, Bridgman lui suggère de demander une bourse d'études postdoctorales et de revenir à l'université Harvard64. De son côté, en février 1927, Max Born écrit au président du Massachusetts Institute of Technology à propos des étudiants américains qui travaillent avec lui à Göttinngen : « l'un d'eux est particulièrement brillant, c'est M. Oppenheimer »65.

     

    La même année, Born et Oppenheimer publient un article qui établit solidement la réputation de l'Américain (Zur Quantentheorie der Molekelnarticle 8). Elle représente en effet une percée significative dans la compréhension du comportement des molécules63. En s'appuyant sur les postulats de la mécanique quantique, les deux parviennent à modéliser les mouvements électroniques, vibrationnels et rotationnels des molécules, ce qui permet d'établir une équation d'onde suffisamment précise de celles-ci. L'approximation de Born-Oppenheimer, procédure « extrêmement complexe », est encore utilisée de nos jours en physique66. Plus tôt en 1927, après avoir échangé avec Born sur l'approximation, l'Américain a pris des vacances à l'étranger, d'où il a fait parvenir au physicien allemand quatre-cinq feuillets qui détaille l'approximation. Born, « horrifié », a repris le travail d'Oppenheimer et a rédigé un article de 30 pages. Selon ce dernier, l'article n'ajoute rien à son travail et comporte des « théorèmes assez évidents ». Cette différence de style a causé une brouille entre les deux hommes. Cependant Born intervient en sa faveur lorsqu'il apprend qu'Oppenheimer a omis de s'inscrire officiellement comme étudiant, ce qui a amené les autorités de l'université à vouloir bloquer l'obtention de son doctorat67. Acceptée en mai 1927, Oppenheimer juge négativement sa thèse, dont un abrégé fait pourtant l'objet d'une publication avancée en février 1927 dans Zeitschrift für Physik (Zur Quantentheorie kontinuierlicher Spektrenarticle 9)68.

     

    Obtenue moins de cinq ans après la fin de ses études secondaires (un record69), c'est l'une des premières applications de la mécanique ondulatoire de Schrödinger à un problème de physique atomique et aura d'importantes retombées dans l'étude des étoiles. En 1968, le physicien Hans Bethe écrira que les calculs d'Oppenheimer s'accordaient bien avec les mesures d'absorption des rayons X, mais n'expliquaient pas l'opacité de l'hydrogène dans le Soleil. Au début des années 1930, les astrophysiciens pensent que le Soleil est surtout composé d'éléments chimiques lourds, comme l'oxygène, alors qu'il est surtout composé d'hydrogène. « [Dans les années 1960], l'opacité est calculée essentiellement sur la base de la théorie d'Oppie et elle est l'un des principaux outils pour la compréhension des intérieurs stellaires »70 (« Oppie » est le surnom que ses étudiants anglophones lui donnent71).

     

    Max Born donne la mention « très bien » à la thèse d'Oppenheimer, qu'il soutient en mai 1927. La partie orale de l'examen se déroule en présence de James Franck. Par la suite, un collègue demande à Franck comment s'est déroulée la soutenance et ce dernier répond : « Je suis parti juste à temps. Il commençait à me poser des questions ! » L'embarras de Franck tient probablement au fait que l'Américain s'est hissé à la hauteur des meilleurs scientifiques de Göttingen. En moins d'un an, il a publié sept articles, dont « trois fondamentaux » en mécanique quantique. La même année, le physicien Earle Hesse Kennard écrit que Jordan, Dirac et Oppenheimer sont des « physiciens théoriciens de génie et sont tous trois plus inintelligibles l'un que l'autre ». Göttingen a donc fait éclore son talent ; il peut dorénavant échanger d'égal à égal avec les meilleurs physiciens théoriciens72,73.

     

    Études postdoctorales en Europe

    « Niels Bohr était Dieu et Oppie était son prophètetrad 2,74. »

     

    — Steven Weinberg, commentant les travaux d'Oppenheimer en mécanique quantique

     

    Profitant d'une bourse postdoctorale de la National Research Fellowship, Oppenheimer retourne aux États-Unis en juillet 1927, où il partage son temps entre l'université Harvard à Boston sur la côte Est américaine, et le California Institute of Technology (Caltech), à Pasadena sur la côte Ouest. Son ancienne université lui « paraît provinciale » comparativement à Göttingen. Il publie pourtant quelques articles, dont un sur l'effet Ramsauer-Townsend où il a fait une erreur de calcul. Robert montrera ce travers à plusieurs reprises par la suite75. C'est peut-être la conséquence de sa difficulté à travailler seul et calmement pendant de longues périodes, attitude nécessaire pour compléter de longs calculs complexes, et de son désir d'être dans l'action, à s'intéresser aux problèmes de l'heure plutôt qu'à des thèmes importants, mais éloignés du feu des projecteurs76.

     

    Photo en noir et blanc. Homme souriant qui lève les yeux vers la droite. Devant lui se trouve de petits objets ronds soutenus par des tiges verticales.
     
    À l'université de Göttingen et au Caltech, Oppenheimer échange avec le chimiste Linus Pauling, lauréat du prix Nobel de chimie de 1954 pour ses travaux sur la liaison chimiquenobel 4.

     

    Arrivé au Caltech en janvier 1928, il retrouve le chimiste Linus Pauling qu'il a connu à Göttingen. Il rencontre aussi les physiciens Robert Andrews Millikan, Carl David Anderson, Charles Christian Lauritsen, Paul Sophus Epstein et Richard Tolman. Sur place, Oppenheimer continue ses recherches sur la mécanique quantique tout en suivant les travaux de Millikan, devenu un spécialiste des rayons cosmiques. Ce domaine d'études mènera au développement de la physique des particules, où il se distinguera77.

     

    En 1928, Oppenheimer reçoit ses premières propositions d'emploi. L'université Harvard propose un poste d'instructeur et promet une rapide évolution de sa carrière. Cependant, les propositions du Caltech et de l'université de Californie à Berkeley lui sont plus intéressantes, car il apprécie la vie en Californie et Berkeley lui offre la possibilité de créer une école de physique théorique. Il accepte donc l'offre de Berkeley à deux conditions : repartir étudier un an en Europe et, à son retour, enseigner en parallèle au Caltech. Il craint en effet de ne pouvoir suivre les développements théoriques s'il commence immédiatement à Berkeley, où le seul enseignant de physique théorique est un ancien militaire autodidacte. En outre, il pense que s'il maintient des relations avec les physiciens du Caltech, son travail sera critiqué, ce qui l'incitera à se surpasser78.

     

    Avant de se rendre en Europe, Oppenheimer passe l'été à Ann Arbor au Michigan, où il assiste à un colloque de physique. Ayant attrapé une tuberculose, il se rend au Nouveau-Mexique pour se rétablir. Il embarque pour l'Europe à la fin août 1928 et se rend en premier à Leyde aux Pays-Bas pour y retrouver Paul Ehrenfest, qui lui a fait un accueil cordial en 1926. Ehrenfest vit une « grave » dépression qui l'amènera à se suicider en 1933. L'atmosphère est donc « lugubre » dans le département de physique. L'Américain décide de se rendre à Utrecht pour y passer du temps en compagnie d'Hendrik Anthony Kramers et George Uhlenbeck. Il en profite aussi pour échanger avec Samuel Goudsmit et Hendrik Casimir, tout comme donner quelques séminaires « dans un assez mauvais hollandais » selon ses dires79. C'est pendant cette période que les étudiants néerlandais lui donnent le diminutif « Opje »80, que ses étudiants anglophones changeront en « Oppie »71.

     

    Photo en noir et blanc. Devant un immeuble, plusieurs hommes debout font face à l'appareil-photo.
     
    À Leyde aux Pays-Bas en 1926, au laboratoire de Heike Kamerlingh Onnes.
    À l'avant, de gauche à droite : George Uhlenbeck, Helmut Hönl, Henri Bernard Joseph Florin, (étudiant), Adriaan Fokker, Hendrik Anthony Kramers et Samuel Goudsmit.
    À l'arrière, de gauche à droite et en zigzaguant de l'avant vers l'arrière : Karel Niessen, Paul Dirac, (étudiant), Oppenheimer, Polak, (étudiant), Tatyana Afanasyeva (épouse de Paul Ehrenfest), Paul Ehrenfest et Jan Woltjer81.

     

    Conscient qu'Oppenheimer possède un esprit vif, mais brouillon, Ehrenfest l'oriente vers le physicien autrichien Wolfgang Pauli qui enseigne à l'École polytechnique fédérale de Zurich en Suisse, alors que l'Américain a prévu étudier sous la supervision de Niels Bohr à Copenhague. Selon Oppenheimer, « Bohr, avec son esprit large et généreux, n'était pas le remède dont j'avais besoin [...] Il me fallait un physicien professionnel et méticuleux », c'est-à-dire Pauli. Ehrenfest a aussi jugé que l'Américain, qui souffre d'une toux persistante consécutive à la tuberculose, ne doit pas subir le climat humide de Copenhague. Cependant, rendu à Zurich, Robert tombe à nouveau malade, car la Suisse subit un « froid terrible » durant l'hiver 1928-1929. Il quitte le pays pendant six semaines pour se rétablir82.

     

    De son côté, en 1929, Pauli commence à élaborer, avec Werner Heisenberg, une première version de l'électrodynamique quantique, une « branche fondamentale de la physique » qui attire l'intérêt d'Oppenheimer pendant les années 1930. Les deux physiciens partagent de nombreux traits de caractère. Ils sont notamment « exceptionnellement brillants », supportent mal la médiocrité, qu'ils ne se gênent pas de critiquer durement, et sont malhabiles dans un laboratoire. Selon Pauli, Oppenheimer est tellement déférent à son égard qu'il est incapable de faire preuve d'esprit critique83. L'Américain écrira : « Ce temps passé avec Pauli m'apparut tout simplement parfaittrad 3 »84.

     

    Dans un article publié en mars 1930 dans Physical Review (Note on the Theory of the Interaction of Field and Matterarticle 10), Oppenheimer démontre que la première version de l'électrodynamique quantique, proposée par Pauli et Heisenberg, n'est pas viable. En effet, si l'on traite l'électron comme une charge ponctuelle, les résultats ne correspondent à aucune réalité physique puisque la charge électrique de l'électron est contenue dans une masse ponctuelle (d'une taille infinitésimale). La charge interagit donc avec le champ de rayonnement de l'électron, ce qui en théorie mène à une énergie infinie. Cette interaction produit un « déplacement infini des états quantiques de l'atome », ce qui rend impossible l'application de la théorie aux atomes. C'est seulement en 1948, avec les travaux de Sin-Itiro Tomonaga, Julian Schwinger et Richard Feynman, qu'elle connaîtra un renouveau grâce à la renormalisation qui élimine les infinités perturbatrices. Elle se révélera alors « un outil extrêmement efficace » pour expliquer différents phénomènes physiques : supraconductivité, superfluidité de l'hélium, moment magnétique de l'électron, etc85.

     

    Pendant ses études en Europe, de 1926 à 1929, Oppenheimer a publié pas moins de 16 articles, « une production stupéfiante pour n'importe quel scientifiquetrad 4 ». S'il a manqué la première vague d'éclosion de la mécanique quantique, en 1925-1926, il a largement participé à sa deuxième vague sous la supervision de Pauli. Sa production s'explique par le fait qu'il est le premier physicien à maîtriser la mécanique ondulatoire de Schrödinger84.

     

    Professeur et chercheur aux États-Unis

    Sur la côte Ouest

    « La physique m'est plus nécessaire que des amis.trad 5 »

     

    — Robert Oppenheimer, déclaration faite à son frère Frank à l'automne 192986

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme aux cheveux foncés portant un complet.
     
    Carl David Anderson est colauréat du prix Nobel de physique de 1936 pour sa découverte du positronnobel 5.

     

    De retour aux États-Unis à l'été 1929, Robert Oppenheimer poursuit un but : fonder une grande école de physique théorique sur le sol américain. Cependant, les meilleurs théoriciens travaillent en Europe. La situation change pendant les années 1930 sous la pression du nazisme. Albert Einstein, Enrico Fermi, Hans Bethe, Eugene Wigner, Edward Teller, Samuel Goudsmit et George Uhlenbeck quittent en effet leur pays pour s'établir aux États-Unis. D'autres théoriciens visitent le pays : Niels Bohr, Arnold Sommerfeld et Max Born. Le retard américain en physique est d'autant plus important que l'aspect théorique a pris le pas sur l'expérimentation. En 1910, environ 20 % de la littérature mondiale en physique se compose d'articles théoriques. Avec l'importance grandissante de la physique quantique, la proportion passe à 50 % en 1930. Les grands noms américains de la physique, Millikan, Lauritsen, Anderson et Lawrence, sont surtout connus pour leur talent d'expérimentateurs. À cette époque, la circulation de l'information est plus lente qu'aujourd'hui, ce qui rend ardu les échanges avec les meilleurs centres de recherche, qui se trouvent en Europe. Cet isolement est encore plus prononcé à l'université de Californie à Berkeley comparativement à la côte Est des États-Unis (où se trouve l'université Harvard). Ces facteurs expliquent pourquoi Oppenheimer a pu fixer ses conditions d'emploi à Berkeley87.

     

    Dans les classes où il enseigne, le chercheur surestime le potentiel intellectuel des étudiants, qui se plaignent de ne rien comprendre. Pourtant, des élèves suivent le même cours plusieurs fois, car il sait faire montre de talents oratoires et communique « son enthousiasme pour la beauté formelle de la physique »88. Une coterie se développe autour du jeune professeur et des étudiants l'admirent jusqu'à l'idolâtrie89. Certains étudiants du Caltech, où il donne des cours à l'automne, le suivent à Berkeley pour l'entendre à nouveau au printemps90. Avec les années, Oppenheimer atténuera son intransigeance et ses cours gagneront en clarté pédagogique91.

     

    Photo d'un bâtiment surmonté d'une tour carrée.
     

     

    L'après-midi, après ses cours, il réunit ses étudiants à la maîtrise et au doctorat en groupes de huit-dix ; ceux en études postdoctorales en groupes de six. Ils discutent alors de l'avancement de leurs travaux. Cette approche expose ainsi ses étudiants à différents domaines et va à contre-courant de ce qui se fait en physique à l'époque. Plus tard, Robert Serber écrira : « En un après-midi, les étudiants pouvaient discuter d'électrodynamique, de rayons cosmiques, d'astrophysique et de physique nucléaire92. » Par ailleurs, Oppenheimer ne répugne pas à répondre aux questions des étudiants, même si cela le mène tard dans la nuit. Il étend sa collaboration jusqu'à faire participer ses étudiants à ses recherches et à cosigner des articles à partir de 193193.

     

    Malgré sa charge académique, Robert maintient un important réseau social. Il fréquente des collègues qui travaillent sur la côte Ouest et sort avec des étudiants. Il suit des cours de sanskrit donnés par Arthur W. Ryder à Berkeley94, dont l'influence intellectuelle sur Oppenheimer est perceptible et qui écrira en 1948 que « Ryder sentait, pensait et parlait comme un stoïcien »95.

     

    C'est à cette époque qu'il rencontre Ernest Orlando Lawrence, qui utilise un cyclotron de sa conception pour sonder la matière à la recherche d'une particule hypothétique que Paul Dirac mentionne dans un article paru en 1928 (The Quantum Theory of the Electronarticle 11). Ce dernier a établi un pont théorique entre la relativité restreinte et la mécanique quantique grâce à l'équation de Dirac, dont les deux solutions possibles sont de signes opposés. Puisque l'électron est une particule négativement chargée, Dirac en conclut que le proton — seule autre particule chargée connue à l'époque — pourrait satisfaire son équation96. Dans une lettre aux éditeurs de Physical Review publiée en mars 1930 (On the Theory of Electrons and Protonsarticle 12), Oppenheimer affirme que cette hypothèse est physiquement impossible. Selon lui, il faut rechercher une particule de même masse que l'électron, mais de charge opposée. Wolfgang Pauli et Niels Bohr rejettent avec vigueur l'affirmation d'Oppenheimer, tandis que Dirac éprouve du malaise. Le Britannique reconnaît son erreur en 1931 et, en 1932, Carl David Anderson découvre le positron en étudiant les rayons cosmiques97.

     

    Photo en noir et blanc. Homme aux cheveux foncés portant un veston.
     
    James Chadwick est principalement connu pour la découverte du neutron, particule qui joue un rôle central dans la fission nucléaire, ce qui lui vaut de recevoir le prix Nobel de physique de 1935nobel 6.

     

    Photo en noir et blanc. Torse d'un homme au cheveux noir portant un complet.
     
    Willis Eugene Lamb, élève de Robert Oppenheimer7, est colauréat du prix Nobel de physique de 1955 « pour ses découvertes concernant la structure fine du spectre de l'hydrogène »nobel 7.

     

    En février 1931, en collaboration avec Paul Ehrenfest qui visite Caltech, Oppenheimer publie son premier article de physique nucléaire (Note on the Statistics of Nucleiarticle 13)98. Selon l'astrophysicien Kip Thorne, « à cette époque, le neutron n'avait pas encore été découvert et les noyaux restaient une énigme »99. Selon le physicien Freeman Dyson, vers « la fin des années 1920 [...] personne ne savait de quoi étaient constitué les noyaux ni la façon dont leurs composants étaient agencés »100. Les physiciens pensent que le noyau est seulement constitué de protons et d'électrons. L'article d'Ehrenfest et Oppenheimer montre qu'une telle hypothèse exige de ne plus utiliser la mécanique statistique pour les noyaux d'azote et, donc, que ces noyaux ne contiennent pas d'électrons. L'année suivante, James Chadwick démontrera l'existence des neutrons, ce qui mènera à la théorie moderne des atomes, où les noyaux sont composés de protons et neutrons101.

     

    Même si Oppenheimer connaît de grands succès conceptuels en physique, il fait des erreurs mathématiques notables. Dans l'un de ses articles (Two Notes On the Probability of Radiative Transitionsarticle 14), il omet un facteur 2 \pi. Dans un autre (Relativistic Theory of the Photoelectric Effect…article 15), le calcul s'écarte de la valeur réelle par un facteur 44 / 3. Selon Willis Eugene Lamb : « Ses cours étaient des révélations, mais les équations qu'il écrivait au tableau n'étaient pas toujours fiables. » Pourtant, selon le physicien Hans Bethe, Oppenheimer maîtrise très bien les principaux outils de la physique mathématique. Également, il se trompe parfois lors d'analyses de phénomènes physiques. Par exemple, en octobre 1931, avec J. Franklin Carlson, il avance que les rayons cosmiques primaires sont constitués de neutrinos, des particules neutres, car il croit que ces rayons n'interagissent pas avec le champ magnétique terrestre, ce qui est faux selon certaines observations publiées. Des recherches ultérieures démontreront que ces rayons sont surtout constitués de protons (à 92 %), le reste d'électrons ou de noyaux d'hélium. Néanmoins, la qualité des travaux d'Oppenheimer est reconnue et Berkeley attire de plus en plus des lauréats américains de bourses d'études en physique théorique102.

     

    Une supervision adaptée

    Joseph Weinberg rapporte qu'Oppenheimer peut se montrer rude ou indulgent avec ses étudiants. Par exemple, dans le bureau d'Oppenheimer, Weinberg s'est mis à fouiller parmi des papiers sur une table au centre de la pièce. En lisant le premier paragraphe d'une feuille, il observe à voix haute que c'est un « excellent » sujet de thèse doctorale, qu'il est prêt à explorer. Oppenheimer lui réplique qu'il n'est pas à son intention.

    Plus tard, rapporte Weinberg, un autre étudiant d'Oppenheimer, qui ne parvenait pas à trouver un sujet, explore justement cette proposition. L'étudiant en question, au contraire de ses collègues, est régulièrement « déconcerté, interloqué et mal à l'aisetrad 6 » quand Oppenheimer lui adresse la parole, même s'il est « génial » et convenable. Pourtant, Oppenheimer fait régulièrement montre de rudesse avec ses étudiants.

    Toujours selon Weinberg, Oppie a laissé la feuille bien en vue pour que l'étudiant la trouve et s'en approprie le sujet. Plus tard, il est devenu un physicien à qui l'on doit plusieurs avancées notables en physique expérimentale103. (Weinberg n'a pas révélé le nom de l'étudiant.)

     

    Le décès de sa mère, en octobre 1931, l'affecte profondément. Il surmonte son chagrin en appliquant l'ascétisme et le renoncement, disciplines expliquées dans les textes hindous qu'il a lus. Il se rapproche de son père, qui vient le rejoindre sur la côte Ouest, allant même jusqu'à l'inviter dans son cercle d'amis104. Son détachement lui permet de se concentrer à nouveau sur les avancées de la physique. En juin 1932, John Cockcroft et Ernest Walton provoquent la première désintégration nucléaire artificielle. Ils mesurent également la masse des particules en jeu et vérifient donc expérimentalement la relation E=mc2105. Il manque de découvrir les paires électrons-positrons, ce qu'ont réalisé Patrick Blackett et Giuseppe Occhialini au début de 1933. Selon Abraham Pais, Oppenheimer aurait dû le premier faire cette découverte, car il a régulièrement accès aux résultats expérimentaux de Pasadena, expériences qui recueillent des données sur les rayons cosmiques. En juillet de la même année, avec Milton S. Plesset, il explique correctement le mécanisme de création des paires par la collision de rayons gamma sur des noyaux atomiques (On the Production of the Positive Electronarticle 16). La découverte et l'explication constituent une « percée scientifique majeure ». En effet, ils fournissent une preuve supplémentaire de la validité de la relation E=mc2 et la découverte même remet en cause le concept de particule élémentaire. Selon Werner Heisenberg, c'est l'un « des plus grands changements parmi les grands changements de la physique de notre siècle ». En 1973, Heisenberg écrira que la particule élémentaire est un système composite qui présente la même complexité qu'une molécule106.

     

    En janvier 1934, Frédéric Joliot et Irène Curie induisent pour la première fois la radioactivité artificielle d'un élément chimique. À la suite de leurs travaux, Enrico Fermi bombarde de neutrons différents éléments chimiques, créant ainsi plusieurs éléments artificiellement radioactifs. Bruno Pontecorvo améliore la technique de Fermi en ralentissant les neutrons, ce qui permet de créer des quantités appréciables de substances radioactives107. Lorsque Ernest Orlando Lawrence apprend les travaux réalisés en Europe, il se lance dans la création d'éléments radioactifs, puisqu'il utilise le plus puissant accélérateur de particules de l'époque. Il crée alors un grand nombre d'éléments radioactifs, plusieurs trouvant des applications en médecine nucléaire en tant que traceurs108. En septembre 1935, Oppenheimer et son étudiante Melba Phillips publient un article (Note on the Transmutation Function for Deuteronsarticle 17) qui explique pourquoi certains éléments chimiques deviennent radioactifs lorsqu'ils sont bombardés par des deutérons. Ces paires sont composées d'un proton et d'un neutron. Lorsque ces particules approchent suffisamment près du noyau d'un atome, le proton est repoussé par la barrière coulombienne, auquel le neutron est insensible. Ce dernier peut donc être capturé par le noyau, rendant certains atomes radioactifs. Tous ces travaux trouveront des applications militaires à partir de 1938, lorsqu'Enrico Fermi démontrera la faisabilité de la fission nucléaire artificielle109. Selon le physicien Hans Bethe, le processus Oppenheimer-Phillips est « un outil d'importance dans l'étude des nucléons, tant pour leur niveau d'énergie que leurs propriétéstrad 7,110. »

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme aux cheveux foncés portant un complet.
     
    James Franck, colauréat du prix Nobel de physique de 1927 pour la « découverte des lois régissant la collision d'un électron sur un atomenobel 8 », a fui l'Allemagne nazie à cause de ses origines juives.

     

    À cause de son enviable situation financière (un fonds établi par son père lui assure un niveau de vie confortable), Oppenheimer peut se consacrer à la physique et l'enseignement, tout en négligeant les évènements qui bouleversent le monde. Par exemple, il n'apprend le krach de 1929 qu'à l'automne de la même année, « longtemps après qu'il [s'est] produit ». Ce détachement diminue à partir de 1933, quand Adolf Hitler prend le pouvoir en Allemagne. En effet, deux de ses anciens maîtres à l'université de Göttingen, Max Born et James Franck, ont démissionné de leur poste à cause de leurs origines juives et se sont exilés. Les physiciens Eugene Wigner et Rudolf Ladenburg, qui ont aussi fui l'Allemagne nazie, font un appel à la solidarité en décembre 1933 pour apporter un soutien financier aux scientifiques touchés par ces mesures d'exclusion111.

     

     

    Oppenheimer, qui éprouve une « haine froide » envers le régime, offre 3 % de son revenu annuel (Wigener et Ladenburg ont suggéré entre 2 % et 4 %). Il félicite les deux physiciens de ne pas avoir demandé à tous les physiciens en sol américain, car les universités américaines font parfois montre d'antisémitisme. En cette époque de chômage massif, les emplois qualifiés sont rares et embaucher des étrangers serait vivement critiqué. En effet, plus de treize millions de chômeurs cherchent activement un emploi, car ils vivent « dans des conditions de dénuement effroyables, souffrant de maladies et de malnutrition ». Les effets du New Deal, mis en vigueur en mars 1933 par le président des États-Unis Franklin Delano Roosevelt, sont encore peu ressentis. Oppenheimer observe directement les ravages de la crise économique, car même si la Californie est un État riche, l'aide publique et les organisations caritatives ne suffisent pas à la demande. Il s'engage donc dans la vie politique112.

     

    En 1936, Robert Oppenheimer, « reconnu comme l'un des premiers physiciens américains », est nommé professeur titulaire à la fois à Berkeley et au Caltech. Conséquence de ses efforts, Berkeley est considéré comme le plus important centre de physique théorique américain113,17.

     

    En septembre 1936, il rencontre Jean Tatlock, une militante communiste fille de John Tatlock, un professeur à Berkeley qui discute régulièrement avec Oppenheimer de littérature anglaisenote 3. Elle entretient des liens orageux avec le Parti communiste des États-Unis d'Amérique (PCÉUA), jamais satisfaite des actions entreprises. La relation entre elle et le chercheur a un « caractère passionnel, orageux et intermittent ». Elle lui fait rencontrer des amis qui défendent la cause des républicains espagnols ou des travailleurs espagnols immigrés en Californie. Oppenheimer participe aux collectes de fonds et envoie de l'argent à différentes organisations de gauche poursuivant des visées humanitaires. Même s'il ne sera jamais membre du PCÉUA, il lit des ouvrages de Karl Marx et de Lénine. En 1936, son frère Frank épouse une Canadienne membre du PCÉUA (Frank deviendra plus tard membre du parti). Les trois échangent des idées et des projets, s'influençant mutuellement114,115.

     

    En juin 1937, Oppenheimer et Robert Serber publient un article (Note on the Nature of Cosmic-Ray Particlesarticle 18) dans lequel ils tentent d'identifier une particule, plus tard appelée « méson », à la particule « U » prédite par le physicien japonais Hideki Yukawa en 1935 pour expliquer l'interaction forte dans le noyau atomique. C'est seulement en 1945, après la découverte du pi-méson, aujourd'hui appelé « pion », vecteur de l'interaction forte, que les incohérences entre la théorie de Yukawa et les observations seront éliminées. L'article des Américains a le « grand mérite » d'attirer l'attention de la communauté internationale sur la théorie du Japonais, jugée erronée pendant dix ans, mais qui se révélera d'une « immense portée » sur l'évolution de la physique nucléaire116.

     

    Le méson, particule de discorde

    Découvert en 1936 par Carl David Anderson et Seth Neddermeyer qui étudient les rayons cosmiques dans les chambres à brouillard, l'existence du méson (aujourd'hui appelé « muon ») est confirmée en 1937 par J. C. Street et E. C. Stevenson117. Même si cette découverte permet de concilier l'électrodynamique quantique et l'expérience, Werner Heisenberg est le seul, parmi les grands physiciens de l'époque, à nier l'existence de cette particule118.

    Par exemple, à l'été 1939, lors d'un symposium sur les rayons cosmiques qui se tient à l'université de Chicago, Oppenheimer et Heisenberg s'affrontent verbalement sur l'existence de cette particule. Le côté ironique de la situation apparaîtra plus tard. En effet, Heisenberg sera nommé responsable des recherches atomiques du Troisième Reich alors qu'Oppenheimer sera nommé directeur scientifique du Projet Manhattan, deux programmes visant le développement d'une arme atomique. De plus, c'est à cette université qu'Enrico Fermi réalisera la première réaction en chaîne atomique contrôlée118.

     

    Le père de Robert décède en septembre 1937. En signe de solidarité pour les différentes causes sociales qu'il défend, il lègue sa part de l'héritage paternel à l'université de Californie. Toujours en 1937, il se lie d'amitié avec Haakon Chevalier, un professeur de littérature française à Berkeley. Ce dernier milite pour la défense des droits civiques et syndicaux, tout comme il fréquente des écrivains progressistes californiens, tels John Steinbeck et Lincoln Steffens. Leur rencontre « va s'avérer décisive pour les deux hommes119. »

     

    À la fin de 1937, Oppenheimer joint les rangs d'un syndicat d'enseignants, auquel appartient Chevalier, qui défend le droit des enseignants de s'exprimer librement, car ils sont « victimes des options conservatrices des responsables universitaires américains ». Le syndicat intervient dans les conflits de travail, veut éveiller le sens politique chez ses membres, milite pour les républicains espagnols et soutient, à partir de juin 1941, les victimes de la guerre qui se déroule en Russie. La ferveur militante et l'activisme politique d'Oppenheimer amènent Chevalier à conclure que le chercheur aura un « grand destin national ». La femme de Chevalier croit plutôt qu'il est égoïste et sans scrupule, à cause de sa fortune et de son intelligence. Cette ambivalence peut s'expliquer par un engagement motivé par une « expiation personnelle » plutôt que par une analyse approfondie de la situation politique et sociale américaine. Cependant, après quelques années d'observations, Oppenheimer juge que le modèle socialiste appliqué en URSS est un leurre, qu'il sert à imposer un régime totalitaire. En 1938, après des échanges avec trois physiciens qui ont vécu en URSS, Georges Placzek, Marcel Schein et Victor Weisskopf, il est définitivement convaincu de la justesse de sa position, ce que confirme la signature du pacte germano-soviétique en août 1939120. En décembre 1941, après l'attaque de Pearl Harbor, il cesse de s'intéresser à la cause des républicains espagnols, jugeant que d'autres crises sont plus urgentes121.

     

    En 1940, le FBI met sur écoute des responsables du PCÉUA, sans autorisation d'un juge ou d'un procureur (elles sont donc illégales). Par recoupements, des agents déterminent qu'Oppenheimer est en relation avec le parti. Le FBI ouvre donc un dossier à son nom en mars 1941. Lorsqu'il sera clos, le dossier comprendra plus de 7 000 pages122.

     

    Apports en astrophysique

    Depuis quelques années, des scientifiques publient des articles sur les étoiles à neutrons et autres objets stellaires « exotiques »123. Par exemple, les astronomes Walter Baade et Fritz Zwicky ont émis l'hypothèse en 1934 qu'une supernova est une transition dans le processus qui amène une étoile ordinaire à se transformer en étoile à neutrons, d'un rayon très petit et d'une densité très élevée puisque les neutrons peuvent s'entasser plus étroitement que les protons et les électrons124,123.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme aux cheveux blonds et portant un complet.
     
    Lev Landau est lauréat du prix Nobel de physique de 1962 « pour ses théories pionnières sur l'état condensé de la matière, particulièrement l'hélium liquidenobel 9 ».

     

    En 1938, Oppenheimer se questionne sur la limite supérieure de taille pour les noyaux stellaires neutroniques. En octobre 1938, il publie avec Robert Serber un article (On the Stability of Stellar Neutron Coresarticle 19) qui critique les résultats obtenus en 1938 par le physicien Lev Landau, puis, en février 1939, dans un article rédigé avec George Volkoff (On Massive Neutrons Coresarticle 20), il calcule les conditions d'équilibre entre l'état de la matière dans les étoiles et leur structure macroscopique. Il parvient ainsi à établir que la densité dans un tel type d'étoile est de l'ordre de 1014 à 1016 g/cm3125. Selon ce résultat, qui sera légèrement révisé plus tard, un dé à coudre d'une étoile à neutrons pèse environ un milliard de tonnes. L'existence de telles étoiles sera confirmée en 1967 lorsque les pulsars seront découverts126.

     

    Article détaillé : Limite d'Oppenheimer-Volkoff.

     

    Par la suite, Oppenheimer et son étudiant Hartland Snyder réfléchissent à l'effondrement gravitationnel d'étoiles hyperdenses. Le chercheur américain écrit alors « l'une des pages majeures de l'astrophysique » en complétant la rédaction, en juillet 1939, de l'article On Continued Gravitational Contractionarticle 21 (« De la contraction gravitationnelle continue »13). Les deux, en appliquant les principes de la relativité générale à la structure stellaire, avancent qu'une étoile suffisamment massive s'effondre sur elle-même quand toutes les sources d'énergie thermonucléaire sont épuisées, ce qui provoque une contraction qui se prolonge indéfiniment dans le temps. Le rayon de l'étoile s'approchant asymptomatiquement de son rayon gravitationnel, la lumière de l'astre se décale progressivement vers le rouge et ne peut plus s'échapper que selon un nombre de plus en plus restreint d'angles. Si le rayon d'une étoile de forme sphérique et d'une certaine masse est plus petit que ce rayon gravitationnel, alors aucune lumière ne peut s'en échapper ; l'étoile est devenue un trou noir. Le concept existe depuis les travaux de Karl Schwarzschild (1916), mais est considéré comme une spéculation mathématiquenote 4. Puisqu'ils laissent entendre qu'une telle structure peut exister dans l'Univers, Oppenheimer et Snyder ouvrent la voie à un nouveau champ d'investigation scientifique128,129.

     

    Selon l'historien des sciences Jeremy Bernstein, c'est l'« un des plus importants articles de la physique du XXe siècletrad 8 »130. Pourtant, il attire peu l'attention de la communauté scientifique à l'époque, car il est publié le 1er septembre 1939, jour de l'invasion de la Pologne par les forces armées de l'Allemagne nazie131. L'astronome Werner Israel jugera en 1987 que l'article est « le plus audacieux et le plus singulièrement prophétique » de l'astrophysique13. Selon le physicien et mathématicien Freeman Dyson, la thèse est « la seule et unique contribution scientifique révolutionnaire d'Oppenheimertrad 9 » et, malgré l'importance des trous noirs dans l'évolution de l'Univers, le chercheur ne se penchera plus jamais sur le sujet76.

     

     

    Après coup, les physiciens et les historiens jugent que c'est sa plus importante contribution à la physique, même si elle n'a jamais été prise au sérieux par ses confrères à l'époque132. Le physicien et historien Abraham Pais a demandé à Oppenheimer quelles étaient selon lui ses plus importantes contributions scientifiques ; Oppenheimer a mentionné ses travaux sur les électrons et les positrons, mais pas son travail sur la contraction gravitationnelle133. Oppenheimer a été mis en nomination trois fois pour le prix Nobel de physique, en 1945, 1951 et 1967, mais ne l'a jamais reçu134. Selon le physicien Luis Walter Alvarez en 1987, si Oppenheimer avait été vivant pendant les années 1970, il aurait reçu un prix Nobel de physique pour ces travaux théoriques, puisque l'existence des pulsars ne faisait plus de doute et la recherche pour les trous noirs était bien engagée135.

     

    Projet Manhattan

    Engagement dans les recherches nucléaires

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme chauve portant une chemise et une cravate.
     
    Enrico Fermi est lauréat du prix Nobel de physique de 1938 « pour sa démonstration de l'existence de nouveaux éléments radioactifs produits par bombardements de neutrons, et pour sa découverte des réactions nucléaires créées par les neutrons lentsnobel 10. »

     

    En mars 1934, le physicien italien Enrico Fermi croit avoir créé un élément chimique radioactif plus lourd que l'uranium, car il ne parvient pas à l'identifier parmi les éléments connus, ce qu'il a toujours été capable de faire grâce à un procédé de séparation chimique éprouvé. Selon la théorie de l'époque, le neutron est capturé par le noyau atomique sans le rendre instable. En s'appuyant sur certaines observations expérimentales, Fermi avance que le neutron capturé se divise en deux particules de charges électriques opposées, un proton et une particule β, cette dernière étant expulsée du noyau ; le noyau comprend alors un proton de plus que celui de l'uranium. En septembre, la chimiste allemande Ida Noddack critique vivement son hypothèse et avance plutôt (dans Über das Element 93article 22) que le noyau a éclaté en plusieurs parties et que Fermi n'est pas parvenu à les identifier. À son tour, elle est critiquée, puisqu'Ernest Rutherford a démontré en 1911 que le noyau atomique est « très cohérent ». Les physiciens ne peuvent donc envisager qu'un seul neutron puisse briser un noyau atomique et préfèrent rechercher une confirmation de la thèse de Fermi. En 1935, Otto Hahn et Lise Meitner reprennent les expériences de Fermi et croient avoir créé d'autres éléments chimiques plus lourds que l'uranium. En octobre 1937, Irène Curie et le physicien chimiste serbe Pavle Savić créent un autre élément chimique qui leur semble plus léger que l'uranium, mais refusent de confirmer la thèse de Noddack. Quand Otto Hahn apprend les résultats des deux savants, il entreprend d'autres expériences avec Fritz Strassmann. Le 22 décembre 1938, ils découvrent la fission nucléaire et l'annoncent dans un article qui paraît le 6 janvier 1939 (Über den Nachweis und das Verhalten…article 23). Des vérifications sont organisées dans les principaux laboratoires du monde et, à la fin février 1939, quinze articles confirment les résultats136.

     

    Dans un premier temps, Oppenheimer rejette la découverte de Hahn et Strassmann. Devant des collègues, il tente de démontrer mathématiquement qu'il y a une erreur. Le lendemain, Luis Walter Alvarez reproduit l'expérience en sa présence. En moins d'un quart d'heure, il admet que la réaction est réelle et envisage presque immédiatement que les noyaux ainsi brisés puissent libérer des neutrons qui, à leur tour, vont briser d'autres noyaux. Il fait l'hypothèse que ces fissions puissent générer de l'énergie ou servir à fabriquer des bombes. Selon Alvarez, dans un ouvrage publié en 1987, la rapidité de sa pensée était « incroyable »137. Cependant, le chercheur est probablement au courant des travaux de Leó Szilárd qui a fait l'hypothèse, en 1933, que des atomes puissent libérer deux neutrons après en avoir absorbé un seul et, si ces atomes sont assemblés d'une manière appropriée, il est alors possible de démarrer une réaction en chaîne nucléaire138.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme portant un complet.
     
    Frédéric Joliot et sa femme Irène ont reçu le prix Nobel de chimie de 1935 « en reconnaissance de leur synthèse de nouveaux éléments radioactifsnobel 11 ».

     

    Szilárd, qui a envisagé les applications militaires que pourraient tirer les nazis de la fission nucléaire, est « atterré » lorsque la revue Nature publie deux articles de Hans von Halban, Frédéric Joliot et Lew Kowarski, en mars et en avril 1939 (Liberation of Neutrons in the Nuclear Explosion of Uraniumarticle 24 et Number of Neutrons Liberated in the Nuclear Fission of Uraniumarticle 25), qui détaillent grossièrement la fission nucléaire. Szilárd décide d'alerter le gouvernement américain sur ces travaux. Avec l'aide d'Eugene Wigner, il rédige une lettre qu'il fait signer par Albert Einstein en août 1939 et la fait parvenir au président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt139. L'émissaire de Szilárd la remet seulement en octobre, après l'invasion de la Pologne.

     

    Article détaillé : Lettre Einstein-Szilárd.

     

    Roosevelt est au courant des recherches nucléaires en Allemagne, car les services de renseignements l'ont averti que Siegfried Flügge, un collaborateur d'Otto Hahn, a publié un article dans Naturwissenschaften qui détaille la réaction en chaîne dans l'uranium. De plus, les recherches nucléaires à l'Institut Kaiser-Wilhelm sont dirigées par Werner Heisenberg. Roosevelt crée donc le Comité consultatif pour l'uranium (CCU). Son président, Lyman James Briggs, ne voit pas l'intérêt militaire de l'énergie nucléaire et le comité ne se concentre donc que sur les applications civiles140.

     

    De son côté, Oppenheimer suit l'actualité internationale et s'inquiète vivement de la progression des armées allemandes sur le continent européen. À cette époque, les États-Unis appliquent une politique de non-intervention, position à laquelle est « hostile » le chercheur. En mai 1941, dans une lettre envoyée à un couple d'amis, il croit que les États-Unis ne s'engageront pas dans le conflit avant longtemps. Cependant, le 22 juin 1941, les troupes allemandes envahissent l'URSS. Le chercheur déclare alors que les États-Unis vont entrer en guerre, car de nombreux milieux politiques américains ont cru que le communisme et le fascisme sont deux facettes du totalitarisme. Il est dès lors possible d'envisager une action concertée des forces communistes et démocratiques141.

     

    À cette époque, différentes recherches semblent démontrer qu'il est impossible de fabriquer une bombe atomique qui puisse être transportée par un aéronef. Par exemple, Frédéric Joliot et ses collaborateurs ont déposé le 4 mai 1939 une demande de brevet pour un explosif nucléaire dans lequel ils évaluent la masse critique à quelques dizaines de tonnes. Cependant, tous leurs calculs s'appuient sur l'hypothèse que l'explosif doit être composé d'un mélange d'uranium 231, 235 et 238, car il n'existe pas de méthode efficace de séparation isotopique. Pendant l'hiver 1940, Rudolf Peierls et Otto Frisch, qui ont trouvé refuge en Grande-Bretagne, se demandent ce qui se passerait s'ils étaient en présence d'une « quantité d'uranium 235 pur », l'isotope principalement responsable de la fission nucléaire. Leurs calculs démontrent la faisabilité d'une bombe atomique maniable, puisqu'il ne faut plus que 5 kilogrammes de cette substance pour déclencher une explosion nucléaire142.

     

    Photo en noir et blanc. Homme portant des lunettes.
     
    Ernest Orlando Lawrence est lauréat du prix Nobel de physique de 1939 « pour l'invention et le développement du cyclotron et pour les résultats obtenus, particulièrement les éléments radioactifs artificielsnobel 12 ».

     

    Après l'étude du mémorandum de Frisch et Peierls, la commission MAUD remet un rapport qui valide les thèses de deux scientifiques. Cependant, la Grande-Bretagne, engagée dans la guerre, ne peut consacrer des ressources significatives au développement d'un explosif nucléaire. Les responsables britanniques font parvenir, en octobre 1940, le rapport MAUD aux autorités américaines. En août 1941, le gouvernement britannique envoie le physicien Marcus Oliphant évaluer la progression des recherches américaines. Ce dernier découvre que le président du CCU n'a pas transmis le rapport MAUD aux autres membres du comité. Oliphant se lance alors dans une campagne de sensibilisation, sans considération d'étiquette ou de diplomatie. Les responsables américains décident alors de former d'autres comités et de rassembler les meilleurs physiciens sur la fission lors d'une séance extraordinaire de l'Académie nationale des sciences américaine, qui se tiendra les 21 et 22 octobre 1941143. Ernest Orlando Lawrence insiste auprès du physicien Arthur Compton pour qu'il invite Oppenheimer, qui a « d'importantes idées nouvelles », tout en le rassurant sur sa loyauté144.

     

    Même si Oppenheimer ne suit plus de près les travaux sur la fission nucléaire depuis trois ans, il reste préoccupé de leurs conséquences. Le National Defense Research Committee (NDRC) ayant mis en branle plusieurs programmes de recherche pour soutenir l'effort de guerre américain, le département de physique à Berkeley s'est dégarni et le professeur-chercheur a vu sa charge administrative augmenter. Il a aussi rencontré Katherine Puening Harrison en juin 1939diff 1, une jeune femme intelligente et « pleine de tempérament »145. Née le 8 août 1910, Kitty (son surnom) est la fille unique d'un métallurgiste allemand qui vit confortablement de son métier en Pennsylvanie aux États-Unis. Jeune, elle affirme régulièrement appartenir à une famille princière, mais son père lui interdit de le mentionner. En effet, les Allemands sont mal vus aux États-Unis à l'époque de la Première Guerre mondiale. Malgré une vie mouvementée, elle obtient un Bachelor of Arts en juin 1939. En novembre 1940, quelques semaines après avoir divorcé de son deuxième mari, elle épouse Oppenheimer. Selon son « bon ami » John Tileston Edsall, qui rend visite au couple en janvier 1941, Oppenheimer est « beaucoup plus solide », ses crises sont une chose du passé et il fait montre d'une « grande résolution intérieure »146. Le couple mène une « vie extrêmement active » à Berkeley ; en plus de leur emploi, les deux participent à toutes sortes d'activités militantes. Leur premier enfant, Peter, naît en mai 1941. Néanmoins, le chercheur éprouve le sentiment d'être inutile, puisque des collègues ont rejoint des laboratoires militaires pour soutenir l'effort de guerre. La réunion d'octobre changera complètement sa situation. Par ailleurs, son frère, pour avoir tenu des propos communistes, est renvoyé de Stanford. Robert convainc Lawrence d'embaucher Frank au Radiation Laboratory de Berkeley à la condition que ce dernier s'abstienne de tout activisme politique147.

     

    Photo sépia. Deux hommes en veston souriants légèrement font face à l'appareil-photo.
     
    Arthur Compton et Werner Heisenberg à Chicago en 1929.
    Arthur Compton est colauréat du prix Nobel de physique de 1927 « pour la découverte de l'effet nommé en son nomnobel 13 ».
    Werner Heisenberg est lauréat du prix Nobel de physique de 1932 « pour la création de la mécanique quantique, dont l'application a mené, entre autres, à la « découverte des variétés allotropiques de l'hydrogène »nobel 14 ».

     

    Pendant la réunion extraordinaire, Oppenheimer intervient régulièrement et avance même qu'il est possible de fabriquer une bombe avec 100 kilogrammes d'uranium 235 pur. Arthur Compton est si impressionné par ses capacités de synthèse qu'il l'invite à devenir conseiller officieux à la recherche sur les armes nucléaires. Le physicien commence à créer des modèles de bombes et à effectuer des calculs d'efficacité selon les matériaux fissiles et leur degré de pureté. Également, il apporte son aide à Lawrence qui a mis au point le calutron, un appareil de séparation isotopique de l'uranium. Lawrence applique un principe simple en apparence dont la réalisation est ardue. Oppenheimer fera des suggestions qui augmenteront des deux tiers la capacité de production des calutrons utilisés au Y-12 National Security Complex148.

     

    Entre-temps, les travaux sur un explosif nucléaire se poursuivent de façon indépendante dans plusieurs universités américaines (Cornell dans l'État de New York, Princeton au New Jersey, Purdue en Indiana, etc.), ce qui, entre autres, freine les échanges entre les scientifiques et entraîne des désaccords sur certains résultats149. Après l'attaque de Pearl Harbor en décembre 1941, les États-Unis entrent officiellement en guerre. Le 3 janvier 1942, Oppenheimer suggère à Compton, membre du CCU, de rassembler dans un seul laboratoire toutes les recherches sur la bombe. Un mois plus tard, Compton opère un premier regroupement en fondant le Metallurgical Laboratory qui a pour objectif de créer un système capable d'amorcer une réaction en chaîne avec de l'uranium 235 ou du plutonium 239149.

     

    Le physicien Gregory Breit fédère les recherches sur la bombe. Cependant, il est très soucieux de sécurité et exige des scientifiques sous ses ordres de transmettre le moins d'informations possible. Compton a demandé à plusieurs reprises à Breit de lui transmettre les calculs qui donneraient une idée du potentiel destructeur d'une bombe à fission, ce que ce dernier refuse pour des raisons de sécurité. Breit se retire le 18 mai 1942 après des désaccords sur la sécurité. Compton demande à Oppenheimer d'accepter cette responsabilité, car il entretient d'« excellents rapports » avec lui et le juge « extrêmement capable ». Le physicien, se souvenant de ses difficultés au laboratoire Cavendish, demande l'assistance d'un expérimentateur ; il veut aussi poursuivre ses recherches théoriques à Berkeley. Compton accepte et engage John H. Manley, qui se montre d'abord réticent. En effet, Manley a assisté à une conférence d'Oppenheimer quelques années plus tôt et l'a trouvé plutôt abstrait ; il doute qu'ils puissent s'entendre. Pourtant, le tandem va bien fonctionner dans les mois suivants, car Oppenheimer apprécie à sa juste valeur les travaux de laboratoire et, pour lui, la mise au point de la bombe est un problème de physique appliquée150.

     

    À cause de la tradition universitaire allemande, le programme de recherches atomiques allemand est mené sous la responsabilité d'un théoricien, Werner Heisenberg, duquel émane la plupart des idées importantes. Pour cette raison, le programme nazi, lancé en août 1939, est exécuté selon une approche « purement théoricienne », ce qui occasionne une « série d'erreurs » telles une conception de pile atomique irréaliste et des fautes de calculs en ce qui concerne les neutrons secondaires et la diffusion neutronique dans le graphite. À l'opposé, l'Américain préfère une approche ouverte basée sur les faits. « L'intrication des aspects théoriques et expérimentaux [est] parfaitement maîtrisée sous l'influence d'Oppenheimer et naturelle pour tous ceux qui [travaillent] avec lui151. » Selon l'historien des sciences Gerald Holton, son approche a joué pour beaucoup dans le succès du programme américain152.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme avec un grand front et souriant portant un veston.
     
    Hans Bethe a reçu le prix Nobel de physique de 1967 « pour ses contributions à la théorie des réactions nucléaires, particulièrement ses découvertes concernant l'énergie produite dans les étoilesnobel 15 ».

     

    Oppenheimer « sait parfaitement » que les nazis ont démarré leur programme voici trois ans5. En septembre 1941, Heisenberg a en effet rendu visite à Niels Bohr à Copenhague pour échanger sur les difficultés techniques de réalisation d'une bombe atomique153. Bohr, « terrifié par les conséquences », a transmis l'information aux services secrets anglais, qui l'ont à leur tour transmise aux Américains. Oppenheimer se voit donc obligé d'agir rapidement en faisant le point sur ce qui est déjà accompli. En juillet 1942, il réunit, à huis clos, plusieurs physiciens à Berkeley : Hans Bethe (l'un des meilleurs spécialistes de physique nucléaire aux États-Unis), Robert Serber, Edward Teller (concepteur de la future bombe H), Félix Bloch, John Hasbrouck van Vleck, Emil Konopinski, ainsi qu'Eldred C. Nelson et Stan Frankel (deux étudiants à Berkeley qui ont créé le premier modèle valable de la diffusion neutronique dans une masse critique). Le groupe reçoit la tâche d'étudier les travaux expérimentaux et théoriques américains et anglais, puis d'évaluer de manière indépendante la faisabilité d'une bombe atomique. Pendant plusieurs semaines, les membres travaillent à leur rapport, puis les soumettent à une « critique serrée ». Selon Oppenheimer, c'est la première fois que les Américains s'attaquent de façon concertée au problème des bombes et des explosifs atomiques. Pendant ces échanges, Teller mentionne la possibilité d'amorcer une fusion nucléaire à l'aide d'une explosion atomique, ce qui permettrait de fabriquer des bombes encore plus puissantes ; son idée est jugée suffisamment réaliste pour lancer un programme de développement. À la fin d'août 1942, le groupe en vient à la conclusion que le seul obstacle théorique majeur à la mise au point d'une bombe atomique est l'impossibilité de créer une réaction en chaîne. Cependant, du côté technique, la situation est difficile. La mise au point d'un tel engin explosif est très complexe et Oppenheimer pense que les efforts de recherche doivent être regroupés dans un laboratoire central, un lieu où les spécialistes pourront parler librement, où la théorie enrichira l'expérimentation et vice-versa, où il y aura moins de gâchis, de frustrations et d'erreurs causés par des recherches compartimentées ; où seront résolus les problèmes de chimie, de métallurgie, d'ingénierie et d'artillerie (auxquels personne ne s'est encore attaqué). Pour des raisons de sécurité, les chercheurs éloignés doivent communiquer en code, ce qui rend plus difficiles les échanges. Autre difficulté, Oppenheimer voyage régulièrement entre Berkeley et Chicago pour donner des nouvelles et connaître les résultats des différents laboratoires154.

     

    En parallèle, l'administration américaine exige que la recherche progresse plus vigoureusement. Elle est donc prête à subventionner cinq filières de production de matériaux fissiles. L'armée américaine reçoit comme mission de s'engager elle aussi dans la création d'une bombe atomique, en premier lieu en fondant un département de génie qui sera renommé « Manhattan Project ». Trois mois plus tard, jugeant que les efforts ne sont pas suffisamment vigoureux, Vannevar Bush insiste pour que le responsable soit remplacé par un soldat plus énergique. Le 17 septembre 1942, le chef d'état-major George Marshall nomme Leslie Richard Groves responsable du projet Manhattan. Ce dernier vient de superviser la construction du Pentagone, « le plus important immeuble [de] bureaux au monde », et bien qu'il montre des défauts importants, « imbu de lui-même, brusque à l'extrême dans ses manières et dans ses propos », il sait se montrer à la hauteur des tâches difficiles, est tenace, intelligent et capable de travailler de façon autonome155.

     

    Los Alamos

    « Oppenheimer était avant tout un bon soldat. C'est pourquoi il travailla si bien avec le général Groves, et c'est pour cette raison que Groves lui fit confiancetrad 10,76. »

     

    — Freeman Dyson en 2013, ancien chercheur à l’Institute for Advanced Study

     

    Photo en noir et blanc. Deux hommes debout, un habillé d'un uniforme, l'autre d'un complet, discutent près d'une table.
     
    Le général Leslie Richard Groves et Robert Oppenheimer à l'époque du programme de recherche à Los Alamos.

     

    Le général Groves, convaincu qu'il faut lancer immédiatement les travaux sur la bombe sans attendre la réussite expérimentale d'une réaction en chaîne, ni le démarrage de la production des matériaux fissiles, rencontre Oppenheimer à Berkeley le 8 octobre 1942. L'officier accepte de créer un laboratoire central, ce « qui va contribuer de façon décisive au succès du projet »156,157.

     

    Groves assigne la recherche d'un site pour le nouveau laboratoire à un lieutenant-colonel qui propose trois endroits, mais aucun ne répond aux exigences. Le site doit en effet accueillir des centaines de travailleurs dans un lieu facile à contrôler tout en étant isolé du reste du pays. Oppenheimer propose, à proximité de son ranch au Nouveau-Mexique, la mesa de Pajarito. Plate et longue de 4 kilomètres, elle est entourée de canyons et de mesas, qui pourront servir aux tests. Après examen des lieux comprenant des bâtiments susceptibles d'accueillir les premiers chercheurs, Groves ordonne l'achat des 4 500 hectares de terrain158,159.

     

    Entre-temps, la Chicago Pile-1, conçue par Enrico Fermi, démontre la faisabilité d'une réaction en chaîne nucléaire contrôlée. Sur recommandation d'un comité scientifique, le président Roosevelt autorise la construction de deux unités de séparation isotopique, une à Oak Ridge et l'autre à Hanford. Pour superviser l'ensemble des travaux de recherche, Groves envisage de nommer Fermi, mais le savant est citoyen d'un pays contre lequel les États-Unis sont en guerre. Le militaire refuse dans un premier temps de demander à Oppenheimer car, même s'il admire ses capacités intellectuelles et sait qu'il est un physicien compétent, il n'a aucune expérience administrative et n'est pas lauréat d'un prix Nobel. En effet, les scientifiques avec lesquels Groves a échangé laissent entendre que seul un lauréat peut occuper un tel poste, mais tous les lauréats compétents occupent déjà des postes de responsabilité essentiels à l'effort de guerre. Bien que le physicien est un théoricien et qu'il a un passé militant, Groves nomme Oppenheimer directeur scientifique du projet Manhattan le 25 février 1943160.

     

    Article connexe : Projet Manhattan.

     

    Le 12 octobre 1942, conscient qu'il sera difficile de recruter du personnel scientifique compétent, Oppenheimer a écrit à Manley qu'ils doivent se lancer dans une « campagne agressive de recrutement ». La plupart des scientifiques sont en effet affectés à des programmes de recherche prioritaire, tels le radar, le sonar et les torpilles. En 1954, Oppenheimer écrira que « la réputation du projet uranium n'était pas bonne parmi les savants directement engagés dans la recherche militaire », car le projet piétinait et il était fort possible qu'il n'ait aucune incidence sur le cours de la guerre. Même Hans Bethe, pourtant au courant des dernières recherches dans le domaine et de la puissance théorique de la bombe atomique, refuse dans un premier temps d'assister à la conférence de juillet 1942 à Berkeley. Oppenheimer doit donc faire montre de beaucoup de séduction pour attirer les meilleurs cerveaux au futur site de Los Alamos. Il profite de sa grande réputation et de son vaste réseau de relations. Lorsqu'il parle aux scientifiques, il sait faire montre d'un « talent de persuasion hors pair », car il les informe qu'ils seront isolés du reste du monde pendant une période indéterminée, mais qu'ils participeront à une grande entreprise qui pourrait décider de l'issue de la guerre. Selon l'un des assistants de Robert Rathbun Wilson, Oppenheimer les aurait interpellés « avec une sorte de ferveur mystique ». Pour obtenir la collaboration des plus grands spécialistes de physique, il sillonne le pays entre fin 1942 et fin 1943 à bord d'un train (pour des raisons de sécurité personnelle, Groves lui interdit de prendre l'avion). Grâce à l'aide de John H. Manley, Edwin McMillan, Leslie Richard Groves, ainsi que de James F. Conant qui, en tant que directeur du NDRC, a tout pouvoir pour libérer les scientifiques de leurs autres tâches, Oppenheimer obtient la collaboration de « théoriciens de premier plan » (Hans Bethe, Félix Bloch, Edward Condon, Enrico Fermi, Richard Feynman, Joseph W. Kennedy, Emilio Gino Segrè, Robert Serber, Edward Teller, John Hasbrouck van Vleck et Victor Weisskopf) et d'« expérimentateurs renommés » (Robert Bacher, Donald William Kerst, Seth Neddermeyer, Robert Rathbun Wilson et Bruno Rossi). Par la suite, Hans Bethe et Robert Bacher l'épauleront dans ses efforts de recrutement. Pourtant, Oppenheimer ne parvient pas à recruter Isidor Isaac Rabi qui ne peut accepter de voir « trois siècles de recherches en physique [culminer] dans la fabrication d'une arme de destruction massive ». Oppenheimer réplique que les nazis ne laissent d'autre choix que de mener à terme la fabrication d'une bombe atomique161. Il tente aussi d'obtenir la collaboration de Linus Pauling en lui proposant la direction du département de chimie, mais ce dernier refuse en invoquant son pacifisme162.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme portant des lunettes et un complet.
     
    Isidor Isaac Rabi est lauréat du prix Nobel de physique de 1944 « pour sa méthode de résonance servant à enregistrer les propriétés magnétiques du noyau atomiquenobel 16 ».

     

    Puisque la bombe servira à des fins militaires, Leslie Groves souhaite que tous les scientifiques à Los Alamos soient de facto enrôlés dans l'armée et donc soumis à la hiérarchie militaire. Oppenheimer n'y voit pas d'inconvénient, mais plusieurs collègues s'y opposent. En effet, lors d'une réunion à Washington, D.C., les scientifiques Rabi, Bacher, Alvarez et McMillan expriment « leur franche hostilité ». Selon eux, le laboratoire doit être démilitarisé, sinon il y aura des conflits causés par des clivages sociaux (puisque les scientifiques auront des grades militaires), mais acceptent que la sécurité du projet relève des militaires, à quelques réserves près pour les chercheurs. Dans une lettre adressée à Groves le 1er février 1943, Oppenheimer ajoute que les physiciens doivent être solidaires pour assurer le succès du programme de recherche ; une telle mesure minerait le moral du personnel et pourrait inciter des gens à revenir sur leur engagement. Conant et Groves proposent une solution inhabituelle : pendant le développement de l'arme, les scientifiques seront des civils ; lors de la phase de tests, ils seront intégrés à l'armée (Groves n'imposera jamais ce changement). Par ailleurs, Groves souhaite que les personnels viennent sans leur famille. Oppenheimer fait valoir que cette politique risque de « fortement compromettre ses chances de recruter des physiciens de valeur ». Groves cédera. Par ailleurs, Oppenheimer est placé sous l'autorité de Groves, qui supervise aussi la sécurité du site et le personnel militaire163,164.

     

    Il est prévu que la production des matériaux fissiles à Hanford et Oak Ridge prenne deux ans, qui est donc le temps dont dispose Los Alamos pour concevoir la bombe, sinon chaque délai supplémentaire serait perdu pour l'effort de guerre américain. « Oppenheimer a une conscience aiguë de l'extrême gravité de la situation. » En effet, les savants allemands ont, en apparence, déjà acquis une avance considérable. Oppenheimer écrira plus tard : « Nous fûmes dès le début soumis à une pression intense qui ne se relâcha jamais165. »

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme portant des lunettes.
     
    Le physicien Robert Serber a rassemblé les notes qui constituent le Los Alamos Primer, un précis technique remis aux nouveaux chercheurs à Los Alamos à l'époque du Projet Manhattan166. Dès 1934, lui et Oppenheimer commencent une amitié qui durera toute leur vie167.

     

    En mars 1943, l'armée s'affaire à construire à la hâte les installations de Los Alamos. Le premier groupe de scientifiques, une cinquantaine, est réparti dans les ranchs de la région. Le 15 avril, même si les installations ne sont pas achevées, se tient une première conférence, qui dure trois semaines. Robert Serber a réuni dans un seul document, le Los Alamos Primer, les « données fondamentales » du programme de recherche. Son contenu est discuté en profondeur. Les participants en viennent à la conclusion, puisque les matériaux fissiles sont difficiles à produire, qu'il n'y aura qu'un ou deux tests préliminaires de la bombe. Ils devront donc s'appuyer sur les données et la théorie pour concevoir chacun des composants, qui seront testés individuellement. Plusieurs informations essentielles à la réussite du programme sont encore inconnues. Les gens sur place doivent donc concevoir de nouveaux instruments et étudier plusieurs aspects de la future bombe168,169.

     

    En mai 1943, Oppenheimer, à la suggestion d'Enrico Fermi, envisage d'empoisonner les ressources alimentaires des Allemands à l'aide de substances radioactives170,171. Selon Michel Rival, le chercheur américain est aveuglé par l'aspect sanglant de la guerre. Toujours selon Rival, le programme de recherche sur la bombe se déroulant bien, il n'y aura jamais d'étude approfondie de l'utilisation de ces poisons radioactifs171. Bird et Sherwin rapportent plutôt que le projet a été abandonné parce qu'aucune méthode efficace d'empoisonnement massif n'est apparue170.

     

    Le programme de recherche est si complexe (protection des travailleurs, neutronique naissante, métallurgie exploratoire de l'uranium et du plutonium, artillerie de nouveaux types de bombe, détonation de nouveaux matériaux explosifs, hydrodynamique des explosions nucléaires) qu'Oppenheimer, malgré sa polyvalence scientifique, forme un conseil pour l'aider dans ses décisions, qu'il appellera son « cabinet ». À la suggestion d'Hans Bethe, il souhaite créer un forum de discussions dans le but d'augmenter la fluidité des échanges d'informations entre les membres des équipes. Groves, pour des raisons de sécurité, s'oppose à ce que tout le personnel ait une vue d'ensemble des travaux. Le physicien obtient l'accord du militaire en adoptant une formule où les membres des différentes divisions peuvent échanger s'ils ont le même rang ou la même expérience. Puisqu'Oppenheimer relève directement de la hiérarchie militaire et qu'il est directeur scientifique du programme, il est soumis à une enquête de sécurité. Après étude de son passé militant, les services de renseignements de l'armée refusent son habilitation. Groves, conscient que le physicien est essentiel à la réussite du programme et ne jugeant pas que le militantisme passé d'Oppenheimer soit un obstacle sérieux, ordonne son habilitation dans un mémorandum rédigé le 20 juillet 1943172.

     

    Photo en noir et blanc. Homme portant lunettes et un complet.
     
    Robert Bacher, un proche collaborateur d'Oppenheimer pendant le projet Manhattan.

     

    L'intervention de Groves soulage Oppenheimer d'un fardeau et pèse probablement dans sa décision de continuer en tant que directeur scientifique. Il est en effet soumis à une pression triple : (1) lancement du laboratoire, (2) recrutement du personnel et (3) harcèlement des services de sécurité173. Le scientifique est continuellement épié : il est sur écoute téléphonique au travail et à la maison, son courrier est ouvert et ses rencontres sont observées. Le FBI et les services de sécurité de l'armée le font parfois conjointement ou parallèlement174. Sans l'insistance de Robert Bacher, Oppenheimer aurait probablement démissionné au début de l'été 1943173,175. Alors que la situation s'est éclaircie pour lui à la fin de juillet, il prend une initiative qui remet en question son habilitation. L'hiver précédent, son ami Haakon Chevalier a été contacté par George Eltenton, un sympathisant communiste, qui a suggéré que, puisque les États-Unis et l'URSS sont devenus alliés, il y ait partage d'informations scientifiques et que Chevalier pourrait contacter Oppenheimer pour lui suggérer de collaborer. Quelques semaines plus tard, Chevalier a rapporté cette conversation à son ami, qui a « violemment » réagi, refusant de transmettre des informations confidentielles aux Soviétiques. En juillet, Oppenheimer, se sachant toujours surveillé par le service de contre-espionnage de l'armée, réalise qu'il aurait dû rapporter l'incident. Il conseille plutôt de faire surveiller Eltenton qui, selon ses dires, aurait utilisé les services d'un intermédiaire qui aurait contacté trois collaborateurs à Los Alamos. Les gens du contre-espionnage souhaitent connaître le nom de l'intermédiaire, mais Oppenheimer ne peut évidemment leur donner de nom. Devant son mutisme, Groves conclut qu'il s'agit de son frère Frank. Lors d'un interrogatoire en septembre 1943, Oppenheimer mentionne le nom de plusieurs sympathisants communistes, mais l'officier militaire insiste pour connaître le nom de l'intermédiaire176. C'est finalement en décembre que Groves ordonne à Oppenheimer de lui révéler le nom de l'intermédiaire ; le physicien lui raconte alors toute l'histoire en révélant le nom de Chevalier177. L'épisode est officiellement clos, mais le chercheur, pour protéger sa réputation, est devenu délateur en mentionnant les noms de sympathisants. Son comportement peut s'expliquer par sa difficulté à reconnaître les réalités de l'existence. « [Le] plus surprenant dans toute l'affaire », c'est qu'il maintient son sang-froid malgré la pression. Chevalier apprendra la dénonciation en 1947 et, vingt ans plus tard, il écrira qu'Oppenheimer, à cause de sa position dans le programme de recherches nucléaires, est devenu « prisonnier de ses supérieurs »178.

     

    Au départ, Oppenheimer estime que la conception et la fabrication des prototypes de la bombe exigent une centaine de scientifiques et quelques spécialistes de l'armée. D'après ses calculs, la communauté doit donc comprendre de 500 à 600 personnes. À la fin de la guerre, elle comptera 1 100 chercheurs et plus de 5 000 habitants. À cause de la croissance soutenue, les infrastructures peinent à répondre aux besoins de la communauté. Oppenheimer et son « cabinet » sont constamment préoccupés par ce sujet, car la venue des nouveaux chercheurs à Los Alamos dépend de la capacité à les accueillir. En attente d'un directeur adjoint, Oppenheimer est aussi responsable d'une équipe administrative qui s'occupe du classement des documents, des demandes de brevets et de fournitures de matériel, tout comme de la gestion de l'hôpital, de l'école, de la bibliothèque et de la maintenance des locaux179.

     

    Los Alamos, une ville qui n'existe pas

    Officiellement, pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville de Los Alamos n'existe pas. Les actes de naissance des enfants nés sur place mentionnent l'adresse d'une boîte postale dans le comté de Sandoval180. L'âge moyen de la population est de 25 ans et très peu de personnes dépassent 50 ans, ce qui est une « anomalie ». Les permis de conduire ne comportent aucun nom, les détenteurs sont seulement identifiés par un numéro181. Le matériel commandé, des instruments techniques et scientifiques, doit régulièrement emprunter des circuits compliqués pour égarer la vigilance des espions. Les délais en sont d'autant plus longs, situation qui peut empirer lorsque la commande est mal enregistrée, que ce soit à Chicago, Los Angeles ou New York180.

    Une forêt se trouve à l'avant-plan et des montagnes se trouvent en arrière-plan. Une élévation au sommet relativement horizontal sépare les deux.
     
    Les installations du Laboratoire national de Los Alamos se trouvent à la gauche en haut sur la photo. Photo prise en novembre 2005.

     

    À Los Alamos, la journée de travail commence par le lever à sept heures. Les chercheurs travaillent régulièrement six jours par semaine, mais ne sont pas astreints à la disciplinaire militaire. Pour se détendre, certains font des randonnées ou s'intéressent à la culture indienne locale. À la suite de la création d'une piste de ski par des travailleurs sur place, ce sport devient une activité populaire. La famille Oppenheimer organise des réceptions officielles pour accueillir les visiteurs de marque. Cependant, le physicien prend peu de congés. Souvent levé avant sept heures, ses journées se terminent après minuit, peu importe le moment de la semaine. La porte de son bureau reste toujours ouverte aux scientifiques qui veulent discuter d'une idée, qu'Oppenheimer peut critiquer avec sarcasme s'il la juge impraticable. Grâce à « la rapidité de sa pensée et sa puissance de synthèse », il suit facilement l'évolution des travaux de recherche. Il fait de temps à autre des suggestions, mais son influence est surtout liée à sa personnalité, car il sait faire montre de présence et d'intensité lorsqu'il discute avec les chercheurs. Selon Hans Bethe, les recherches auraient pu aboutir sans Oppenheimer, mais moins rapidement et dans une atmosphère plus tendue et moins enthousiaste. Selon Edward Teller en 1980, il savait « diriger sans en avoir l'air [...] L'incroyable succès de Los Alamos est à mettre au compte de la direction brillante, enthousiaste et charismatique d'Oppenheimer182. »

     

    Entre juin 1943 et août 1944, le programme obtient plusieurs succès qui laissent présager la réalisation d'une bombe atomique. Par exemple, les résultats de l'équipe d'Emilio Gino Segrè permettent de concevoir une bombe dont la masse et la longueur autorisent son emport par un bombardier B-29. Cependant, en avril 1944, la production d'uranium enrichi à Oak Ridge éprouve de sérieuses difficultés. Oppenheimer se tourne alors vers un procédé d'enrichissement de l'uranium mis au point par Philip Abelson pour le compte de l’US Navy. Selon le chercheur, même s'il a étudié avec attention le procédé d'Abelson en janvier 1943, il n'a pas estimé qu'il soit valable (erreur qu'il juge sévèrement). Groves ordonne alors la construction d'une usine qui exploitera cette technologie ; elle est terminée en 90 jours183.

     

    En septembre 1943, Oppenheimer plaide auprès de James Bryant Conant et Vannevar Bush que les travaux à Los Alamos sont en retard sur les autres programmes du Projet Manhattan et souhaite avoir recours à des experts britanniques ; sa demande est acceptée. En plus du savant danois Niels Bohr, la délégation britannique comprend James L. Tuck, James Chadwick, Geoffrey Ingram Taylor, Otto Frisch, Rudolf Peierls et Klaus Fuchs. Bohr, qu'Oppenheimer admire depuis leurs discussions à Cambridge, apporte des conseils et plaide en faveur d'une coopération internationale pour le contrôle des armements nucléaires. Le Danois rencontrera Churchill en mai 1944 et Roosevelt en août 1944 pour les inviter à révéler le Projet Manhattan, mais sa proposition sera écartée. Oppenheimer épouse les vues de Bohr, et les fera valoir après la guerre184.

     

    En janvier 1944, son ancienne maîtresse Jean Tatlock se suicide. À Los Alamos, la femme d'Oppenheimer, incapable de soutenir la tension omniprésente, boit trop et refuse de servir d'hôtesse pour les réceptions officielles. Elle mettra au monde leur deuxième enfant en décembre 1944, ce qui apaisera les tensions du couple185.

     

    Les chercheurs du laboratoire travaillent dans les faits à la conception de deux modèles de bombe186 :

     

    1. de type canon (ou insertion) : deux masses de matériau fissile sont réunies à très grande vitesse, formant ainsi une masse critique engendrant une explosion atomique si elle est soumise à un bombardement intensif de neutrons (modèle utilisé pour Little Boy).
    2. à implosion : une masse de matériau sous-critique est compressée en une boule uniforme à l'aide d'explosifs. Après l'implosion, à cause du rapprochement des atomes, la masse devient critique (modèle utilisé pour Fat Man).

     

    Au lancement du programme de recherches atomiques, les scientifiques ont envisagé d'utiliser le modèle de type canon à la fois pour l'uranium 235 et le plutonium 239 (239Pu). Cependant, le plutonium produit (en petites quantités) par le réacteur nucléaire d'Oak Ridge présente un taux de fission trop élevé pour assembler une masse critique à l'aide d'un canon. Plus précisément, la proportion de 240Pu, matériau qui présente un taux de fission cinq fois supérieur au 239Pu, est suffisamment élevée pour provoquer une fission spontanée, ce qui pourrait provoquer une réaction en chaîne accidentelle. Pour assurer le succès du programme de recherches, les deux modèles sont donc étudiés. En effet, si l'un des deux était abandonné, l'autre devrait absolument réussir, « une situation totalement inacceptable aux yeux des responsables du Projet Manhattan »187.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme portant un complet.
     
    George Kistiakowsky, spécialiste des explosifs, travaille à Los Alamos sur l'implosion d'une masse de plutonium, même s'il croit qu'Oppenheimer est « cinglé de penser qu'un projet aussi absurde pourrait marcher »188.

     

    L'implosion est étudiée depuis plusieurs mois, mais les essais menés sous la supervision du spécialiste George Kistiakowsky ne sont pas concluants. Oppenheimer réorganise le laboratoire pour une étude concertée de l'implosion qui vise à former une boule de plutonium uniformément dense en comprimant une masse de plutonium sous-critique. Les scientifiques conçoivent des lentilles explosives pour concentrer les ondes de l'explosion, dont la seule mise au point demande 20 000 essais. Le plutonium est l'un des matériaux les plus difficiles à travailler, car il présente six variétés allotropiques sous sa forme métallique. Pourtant, les métallurgistes parviennent à mouler une masse de plutonium de façon à ce qu'elle puisse retenir les lentilles explosives. La mise à feu des lentilles doit être déclenchée de façon synchronisée par un courant électrique, domaine inconnu à l'époque. Les premiers essais d'implosion, avec une boule de plutonium creuse, sont des échecs malgré plusieurs calculs. Robert F. Christy suggère d'utiliser des boules pleines, en faisant l'hypothèse que les explosifs seront capables de les comprimer suffisamment. Les essais des 7 et 14 février 1945 démontrent qu'elles sont uniformément comprimées189.

     

    Le 28 février 1945, Groves, Oppenheimer, James Bryant Conant, Richard Tolman et d'autres scientifiques prennent plusieurs décisions sur la future bombe au plutonium. À leurs yeux, la probabilité de succès de la bombe à l'uranium (de type canon) est grande, au contraire de celle au plutonium (à implosion). Pour cette raison, Oppenheimer organise un tir d'essai à Jornada del Muerto, à l'intérieur d'un champ de tir de l'armée de l'air américaine près d'Alamogordo au Nouveau-Mexique190.

     

    Bombardements atomiques

    « Maintenant je suis la Mort, le destructeur des mondestrad 11. »

     

    — Robert Oppenheimer, mots empruntés de la Bhagavad-Gita qu'il s'est remémorés quelque temps après l'essai atomique Trinity de juillet 1945191

     

    À Los Alamos, des savants tentent de faire entendre leur voix sur les conséquences de l'usage des armes atomiques, mais Oppenheimer s'y oppose, faisant entre autres valoir qu'ils sont isolés et tenus au secret. Leó Szilárd, qui milite toujours pour un contrôle international des armements nucléaires, obtient un rendez-vous avec le président des États-Unis, Roosevelt, qui est inquiet des conséquences de l'usage des armes atomiques. Cependant, le 12 avril 1945, Roosevelt meurt d'une crise cardiaque. La nouvelle ébranle les chercheurs à Los Alamos, car il est admiré pour la sagesse de ses décisions ; Oppenheimer organise une cérémonie d'hommage le 15 avril où il souligne les compétences du défunt192.

     

    Même si le Troisième Reich capitule le 8 mai 1945, les recherches se poursuivent activement à Los Alamos, car l'armée américaine rencontre une résistance de plus en plus acharnée des Japonais au fur et à mesure qu'elle se rapproche du Japon. Par exemple, la bataille d'Iwo Jima, terminée le 27 mars 1945, coûte la vie à plus de 4 550 marines et 360 marins, les pertes américaines les plus sévères pour une seule bataille, où les Japonais perdent 18 000 soldats. À Okinawa, archipel conquis le 2 juillet, 12 500 soldats américains perdent la vie, mais les Japonais comptent 110 000 soldats morts et des pertes parmi les 75 000 civils sur place193. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, plus de 300 bombardiers B-29 lancent contre Tokyo des centaines de bombes incendiaires, détruisant le quart de la ville (construite en bois) et tuant plus de 100 000 personnes194,195. D'autres bombardements massifs sont planifiés196.

     

     

    Photo en noir et blanc. Photo du torse d'un homme qui porte un veston et des lunettes.
     
    En 1945, le président des États-Unis Harry S. Truman ordonne les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

     

    C'est dans ce contexte de « carnage » qu'Harry S. Truman, qui succède à Roosevelt, apprend l'existence du Projet Manhattan. Le 2 mai 1945, il autorise la création d'un comité consultatif sur l'usage des armes atomiques qui convie des experts à exposer leur point de vue. Lors d'une rencontre du 31 mai, Oppenheimer recommande que, une fois la guerre terminée, les chercheurs retournent dans leur université et leur laboratoire, où ils pourraient continuer à étudier l'énergie nucléaire. Il conseille également de partager avec les Soviétiques les informations sur l'usage des atomes. James F. Byrnes, représentant de Truman, préfère que les États-Unis maintiennent le secret sur leurs recherches pour avoir un meilleur rapport de forces avec l'URSS. Ensuite, Oppenheimer prédit que 20 000 personnes seront tuées à la suite de l'explosion d'une bombe atomique (une sous-estimation évidente a posteriori). Le comité rejette l'idée de faire une démonstration de la bombe atomique et recherche plutôt une cible japonaise constituée d'une usine militaire entourée de logements ouvriers, où la bombe devra être lâchée sans avertissement197.

     

    À Chicago, des savants sont tenus au courant des derniers développements et, sous la conduite de James Franck, un comité rédige un rapport dans lequel il souligne que l'usage par surprise de la bombe atomique contre le Japon ne pourrait mener qu'à la perte du « soutien de l'opinion publique à travers le monde ». Le comité consultatif demande alors à Compton, Fermi, Lawrence et Oppenheimer de rédiger un rapport sur la possibilité de faire une démonstration. Fermi et Oppenheimer concluent les premiers que cette option n'est pas réaliste pour plusieurs raisons. Les deux modèles de bombes n'ont jamais été testés, elles risquent donc de faire long feu et la démonstration n'influencerait pas les observateurs japonais. Par ailleurs, un tir réussi dans le désert, pour éviter des pertes inutiles, ne crée aucune destruction notable. Finalement, les quatre sont conscients des pertes américaines à venir dans le conflit du Pacifique et souhaitent que la guerre se termine au plus tôt. Les quatre savants ne voient « aucune alternative acceptable à l'emploi militaire direct »198.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme s'appuyant sur un appareil.
     
    Igor Kourtchatov, chef du projet de la bombe atomique soviétique, alors qu'il travaille à l'Institut du radium soviétique dans les années 1930.

     

    En prévision de sa rencontre avec Joseph Staline à Potsdam, Truman demande que l'essai atomique à Jornada del Muerto soit réalisé autour du 15 juillet. Il pourra ainsi utiliser cette information comme levier auprès du dirigeant soviétique. Même si Trinity est un « succès complet », Joseph Staline ne montre aucune surprise lorsque le président américain lui annonce l'existence d'une arme aussi puissante et conseille Truman d'en faire bon usage contre le Japon. Le Soviétique est en effet au courant des recherches américaines grâce à son réseau d'espions et ordonne à ses aides de pousser Igor Kourtchatov, chef du projet de la bombe atomique soviétique, à accélérer le programme de recherches atomiques soviétique. Le 26 juillet 1945, le président américain rend publique la déclaration de Potsdam et exige une reddition inconditionnelle du Japon assortie de diverses obligations et sanctions199.

     

    Après le rejet officiel de la demande de capitulation par le baron Kantarō Suzuki, Truman ordonne au général Carl A. Spaatz de procéder au bombardement atomique de l'une des quatre villes japonaises retenues par un comité : Hiroshima, Kokura, Niigata ou Nagasaki. Le 6 août 1945, le bombardier Enola Gay largue Little Boy au-dessus d'Hiroshima, tuant sur le coup 130 000 habitants200.

     

     

    Oppenheimer apprend la nouvelle par télétype et la transmet aux collègues de Los Alamos la journée même. L'après-midi, Groves l'appelle pour le féliciter : « Je suis très fier de vous et de vos hommes [...] l'une des choses les plus judicieuses que j'ai faites a été de vous sélectionner comme directeur de Los Alamos ». Oppenheimer, cependant, doute du bien-fondé de cette décision201.

     

    Photo en noir et blanc. Photo du torse d'un homme souriant qui porte un veston et des lunettes.
     
    Le physicien Luis Walter Alvarez est lauréat du prix Nobel de physique de 1961 pour des travaux sur les particules élémentairesnobel 17.

     

    Le 9 août 1945, le bombardier Bockscar largue Fat Man au-dessus de Nagasaki, tuant plus de 70 000 civils. Selon plusieurs observateurs, le délai entre les deux bombardements aurait été trop court pour donner l'occasion aux autorités japonaises d'évaluer l'étendue des dégâts provoqués par Little Boy. Les stratèges américains ont préféré un court délai pour suggérer aux Japonais qu'ils ont de nombreuses bombes atomiques en réserve. Même si Oppenheimer estime que l'usage des armes atomiques a été nécessaire, le coût humain lui semble trop élevé. George Kistiakowsky fera remarquer que des informations émanant des services de renseignements américains laissaient présager qu'il y aurait une recrudescence de bombardements incendiaires pendant l'été, ce qui aurait causé plus de morts que les deux bombes atomiques. Pour Luis Walter Alvarez en 1987, la situation ressemblait à un incendie se propageant à travers une ville. Le seul recours pour arrêter sa progression était de dynamiter les maisons à proximité. Les bombes auraient tenu, avant la capitulation du Japon, le rôle de la dynamite en arrêtant les feux consécutifs aux bombardements incendiaires. En 1962, Oppenheimer justifiera l'usage des armes atomiques en mentionnant que, selon les estimations de l'époque, l'invasion américaine aurait au minimum coûté la vie à 500 000 Américains et à 1 000 000 de Japonais. Toutefois, il ajoutera qu'il aurait dû y avoir « plus d'avertissements et moins de tueries gratuites ». À cette époque, les généraux américains excluent une victoire à l'aide des seules attaques aériennes et planifient une invasion terrestre. En effet, le président Truman a donné son accord à un plan du général George Marshall : dans un premier temps, débarquement de 760 000 hommes sur l'île de Kyūshū en novembre 1945, suivi d'une invasion du Japon au complet avec l'intervention de 1 500 000 soldats. Les Japonais auraient probablement opposé une « féroce résistance », ce qui aurait mené à des pertes énormes dans les deux camps202. Le géopoliticologue français Barthélemy Courmont doute cependant du bien-fondé de l'usage de l'arme atomique pour mettre fin à la guerre : « Les forces japonaises étaient considérablement réduites et totalement dispersées, les capacités industrielles ne permettaient plus de produire des armes en quantité suffisante, et les diplomates japonais étaient engagés dans des pourparlers pour une capitulation honorable. » Néanmoins, ajoute-t-il, le contexte de la politique américaine de l'époque rendait l'usage de la bombe atomique « inévitable » pour plusieurs raisons : le président Truman voulait « imposer son style », justifier les « dépenses pharaoniques du projet Manhattan » et renforcer la position présidentielle face au Congrès des États-Unis en ce qui concerne la politique extérieure du pays ; de son côté, l'US Air Force cherchait à augmenter son influence en démontrant la valeur de la guerre aérienne203.

     

    Le Japon capitule le 14 août 1945. À Los Alamos, des fêtes sont organisées pour souligner la fin de la guerre. Des chercheurs sont cependant angoissés des conséquences des nouvelles armes, y compris Oppenheimer. Il envoie des lettres à des parents et des amis pour exprimer ses sentiments intérieurs, qui apprennent alors son rôle clé dans la conception des bombes atomiques américaines. Dans une lettre adressée au secrétaire à la Guerre, Henry Lewis Stimson, il affirme que sera bientôt conçue une « superbombe » (la future bombe H) et souligne qu'il n'existe aucune contre-mesure contre les armes atomiques. Il lui conseille donc de recourir à d'autres mesures pour assurer la sécurité du pays204.

     

    Oppenheimer demande à être libéré de ses responsabilités à Los Alamos. Le physicien Norris Bradbury le remplace officiellement à partir du 16 octobre 1945. Le chercheur doute de ses capacités à faire à nouveau de la recherche car, dans une lettre adressée à Pauli, il écrit : « Ces quatre dernières années, je n'ai eu que des pensées classées "confidentiel-défense". » Néanmoins, son rôle à Los Alamos fait de lui un « héros national » et les universités du pays souhaitent s'attacher ses services. Il choisit un poste à Caltech, où se trouvent des amis, puis rejoint Berkeley en août 1946205.

     

    Contrôle des armes nucléaires

    Même si la guerre est terminée et qu'Oppenheimer ne dirige plus le Laboratoire national de Los Alamos, les responsables politiques le sollicitent régulièrement sur des questions nucléaires. Il est favorable à deux projets de lois qui visent à réguler les activités touchant le nucléaire. Le premier est cependant rejeté, car il impose un contrôle militaire sur tout ce qui touche de près ou de loin à l'énergie nucléaire. Le 1er août 1946, le gouvernement fédéral américain, en adoptant l’Atomic Energy Act, crée, à la satisfaction de la communauté scientifique américaine, la Commission de l'énergie atomique des États-Unis, uniquement composée de civils206.

     

    Photo en noir et blanc. Un homme debout, portant un veston, sourit.
     
    David E. Lilienthal occupe le poste de président de la Commission de l'énergie atomique des États-Unis du 28 octobre 1946 au 15 février 1950.

     

    Au niveau international, le Département d'État des États-Unis souhaite obtenir un accord de contrôle avec la Grande-Bretagne et l'Union soviétique. Le comité responsable est supervisé par le sous-secrétaire d'État Dean Acheson, qui nomme David E. Lilienthal responsable d'un groupe de consultants. Ce dernier rencontre Oppenheimer pour la première fois en janvier 1946. Même s'il est frappé par la qualité et la rapidité de la pensée du physicien, il ne peut s'empêcher d'observer ses tics (il a un débit saccadé et se déplace nerveusement en murmurant des phrases disjointes). Rédigé au printemps 1946, le rapport Acheson-Lilienthal propose un contrôle des installations nucléaires, leur exploitation sous l'autorité d'une entité internationale, la réduction graduelle des capacités de fabrication des bombes atomiques et le partage public des connaissances accumulées. Tous les usages non militaires demeureront sous le contrôle des pays. L'idée d'avoir recours à une autorité internationale pour le contrôle de la technologie atomique émane d'Oppenheimer. Pour cette raison, ce document est souvent appelé « rapport Oppenheimer »note 5. Cependant, le délégué américain à l'ONU, Bernard Baruch, juge le rapport trop audacieux car il croit que les armes atomiques sont décisives et que les États-Unis ne doivent pas renoncer à leur contrôle. Il apporte donc des amendements au rapport qui autorisent des mesures répressives pouvant aller jusqu'à une attaque atomique. À l'ONU, la délégation soviétique rejette la proposition américaine, car cela revient à « lever le rideau de fer », situation intolérable pour le gouvernement totalitaire de Staline. Les deux pays ne s'entendront jamais sur cette question207.

     

    Bouleversé par le refus d'une entente, Oppenheimer demande à rencontrer le président des États-Unis. Introduit par le sous-secrétaire d'État Dean Acheson, il déclare : « Monsieur le Président, j'ai du sang sur les mains. » Truman balaie cette remarque avec désinvolture et, une fois le physicien parti, ordonne à Acheson de ne plus jamais le ramener devant lui : « Après tout, il a simplement fabriqué la bombe, c'est moi qui ai donné l'ordre de l'utiliser208. » La même année, le chercheur reçoit la médaille présidentielle du mérite des mains du président américain pour souligner son travail au Labratoire national de Los Alamos15.

     

    La Commission de l'énergie atomique des États-Unis (AEC) se voit confier la responsabilité d'un « gigantesque empire » : armes, laboratoires, usines de fabrication, etc. Pour mener à bien sa mission, elle a recours au General Advisory Committee (GAC, « Comité consultatif général »209) qui doit lui apporter des conseils techniques et scientifiques. Le président de la commission, David E. Lilienthal, recommande Oppenheimer comme membre du GAC. Le 3 janvier 1947, il est nommé président du GAC, poste qui influencera notablement l'orientation nucléaire des États-Unis. En effet, si l'AEC est composé de novices en matière nucléaire, ce n'est pas le cas du GAC qui comprend des personnalités qui ont joué un rôle important dans le Projet Manhattan : James Bryant Conant, Enrico Fermi, Glenn Theodore Seaborg et Oppenheimer. L'influence du physicien aurait pu chuter sévèrement en mars 1947 lorsque Lilienthal reçoit un rapport du FBI qui indique ses liens avec Haakon Chevalier, ses activités d'« extrême gauche » d'avant la guerre, tout comme les liens de sa femme et de son frère Frank avec le PCÉUA. Les craintes des membres de l'AEC s'atténueront à la suite des témoignages de Vannevar Bush et James Bryant Conant, d'un entretien avec J. Edgar Hoover, ainsi que de lettres du général Groves et du secrétaire à la Guerre Robert P. Patterson. Le Sénat des États-Unis confirme la nomination d'Oppenheimer au poste de président du GAC en mars 1947210.

     

    Oppenheimer, conséquence de sa participation éminente au Projet Manhattan, joue un rôle de premier plan dans la défense des États-Unis. Il est en effet membre de différents comités qui se penchent sur les applications civiles et militaires de l'énergie nucléaire. Au GAC, il dirige les débats sans toutefois imposer son point de vue, sans censurer les membres dont l'opinion diverge de ses positions et met à contribution son esprit de synthèse. Pour ces raisons, il est régulièrement réélu président du GAC211.

     

    L'armée soviétique d'après-guerre compte de 3 à 4 millions de soldats, alors que les États-Unis n'en comptent plus que 1,5 million après la démobilisation. L'AEC étudie prioritairement le programme d'armement nucléaire, car le stock d'armes nucléaires ne peut compenser la faiblesse relative des forces armées américaines. Oppenheimer conseille à l'AEC de transformer le Laboratoire national de Los Alamos (LANL), où le moral du personnel est bas, en un centre de recherche actif sur l'armement nucléaire en créant une importante division théorique et en facilitant le recrutement de consultants de talent. En avril 1947, lors d'une visite du laboratoire, les membres du GAC réitèrent l'urgence de développer les armes nucléaires de façon quantitative et qualitative. Cependant, pour eux et au contraire d'Edward Teller, le développement de la bombe H passe après celle des armes atomiques. Par ailleurs, le GAC tente d'organiser le programme de tests nucléaires dans l'océan Pacifique en aidant le LANL à obtenir les autorisations nécessaires. Il veut également décharger le LANL des tâches de fabrication, en encourageant le développement des Laboratoires Sandia qui se spécialisent dans l'intégration des têtes nucléaires dans les différents vecteurs (aéronefs, missiles, sous-marins)212.

     

    Le GAC fait aussi la promotion du nucléaire pour la propulsion et la production d'énergie. Dans ce cas, le comité poursuit un but politique : démontrer que les États-Unis soutiennent activement l'utilisation civile du nucléaire. En juillet 1947, Oppenheimer et John H. Manley signent un rapport où ils affirment que la fabrication des réacteurs nucléaires dans un avenir rapproché est « utopique ». De leur côté, Enrico Fermi et Cyril Stanley Smith avancent au contraire, dans un rapport publié en novembre 1947, que d'ici quelques années, les réacteurs nucléaires devraient fournir de l'énergie. Glenn Theodore Seaborg écrira, en 1969, que comme la plupart des spécialistes du nucléaire, Oppenheimer était « trop pessimiste » quant au développement de la production d'énergie nucléaire. Néanmoins, Oppenheimer demande que l'AEC soutienne les institutions, ce qui donnera l'impulsion à l'« incroyable croissance » de la science nucléaire aux États-Unis selon Seaborg213.

     

    Photo en noir et blanc. Un homme avec cheveux blancs est assis derrière un bureau recouvert de papiers. Portant veston et lunettes, il regarde en direction de l'appareil-photo.
     
    Lewis Strauss s'oppose régulièrement à Oppenheimer, à partir de 1948, sur le partage des connaissances nucléaires.

     

    Oppenheimer promeut une science du nucléaire ouverte dès 1947. Il se fait le champion du partage des informations fondamentales et de la distribution de matériaux fissiles qui ne peuvent être utilisés à des fins militaires. Cependant, Lewis Strauss, membre « influent » de l'AEC, s'y oppose à partir de 1948. En effet, les relations internationales se sont dégradées à la suite de l'invasion de la Tchécoslovaquie par le Pacte de Varsovie, du blocus de Berlin et des victoires militaires de Mao Zedong pendant la guerre civile chinoise. L'anticommunisme prend donc de l'ampleur aux États-Unis. Oppenheimer, en juin 1949, est appelé à témoigner devant le House Un-American Activities Committee (HUAC) sur le rôle politiques de plusieurs étudiants d'avant-guerre. Il y est traité avec déférence, mais est questionné sur son passé et ses relations (dont son frère). Le comité conclut qu'il n'est pas un sympathisant communiste214.

     

    Oppenheimer témoigne sur les activités de Bernard Peters, un Allemand qui a lutté aux côtés de communistes contre Adolf Hitler et qui a ensuite été interné au camp de concentration de Dachau, d'où il s'est enfui pour rejoindre les États-Unis en compagnie de sa femme. Ami et étudiant d'Oppenheimer à Berkeley avant la guerre, l'Américain a déclaré aux services de contre-espionnage en 1943 que Peters était un authentique communiste. Ce témoignage secret, révélé par un journal américain, suscite la colère de son frère et d'amis communs. Quelques jours plus tard, Oppenheimer envoie une lettre ouverte à un autre journal où il admet que Peters s'est exprimé de manière enflammée pendant sa jeunesse, mais qu'il n'est pas déloyal envers son pays d'adoption. Ce changement lui vaudra plus tard l'accusation d'être influençable215.

     

    Le 9 septembre 1949, un avion de reconnaissance américain détecte des résidus radioactifs dans l'atmosphère au-dessus de l'Alaska. Après étude des rapports, Oppenheimer en conclut qu'il s'agit probablement de résidus consécutifs à l'explosion d'une bombe atomique. L'URSS est donc elle aussi parvenue à développer une arme atomique, ce que le président américain Truman a cru impossible (la bombe atomique soviétique ne sera vraiment opérationnelle qu'à partir de 1950, tout en présentant encore des défauts majeurs). Devant cette menace, Edward Teller demande à Oppenheimer ce qu'il peut faire. Ce dernier lui réplique qu'il faut rester calme. De son côté, l'AEC envisage d'accélérer les efforts de recherche nucléaire216.

     

    Au LANL, Teller et ses collègues ne parviennent pas à surmonter des problèmes cruciaux dans la conception de la bombe H, notamment de disposer de grandes quantités de tritium et de l'impossibilité de la transporter par la voie des airs à cause de son poids. Pourtant, plusieurs responsables américains croient que la bombe H est « le seul moyen de contrer le défi soviétique ». Ernest Orlando Lawrence et Luis Walter Alvarez se rendent à Washington, D.C. en octobre 1949, et proposent de faire construire un réacteur capable de produire du tritium, en affirmant que c'est la première étape qui mène à la mise au point de l'arme thermonucléaire. Un certain nombre de militaires et de membres du Congrès des États-Unis font un accueil enthousiaste à cette proposition, mais David E. Lilienthal, président de l'AEC, juge « profondément [choquant] » le désir des deux savants de vouloir fabriquer une autre arme de destruction massive217.

     

    Photo en noir et blanc. Visage d'un homme.
     
    Le mathématicien John von Neumann travaille au Laboratoire national de Los Alamos à titre de consultant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, à cause de son expertise dans les explosifs218,219.

     

    Oppenheimer, de son côté, étudie les options sur cette arme. Il consulte John von Neumann, Norris Bradbury et John H. Manley, puis écrit à James Bryant Conant. Dans sa lettre, il fait part qu'il se sent peu concerné par les difficultés du programme de recherche thermonucléaire, car il ne croit pas qu'elle fonctionnera, ni que le problème de poids sera résolu. Il ajoute que cette arme capte l'imagination des militaires et des membres du Congrès car elle serait, à leurs yeux, le seul moyen de sauver les États-Unis et la paix220. Son opinion est partagée par une majorité de membres du GAC. À la suite de débats les 29 et 30 octobre 1949, le GAC publie une déclaration dans laquelle il exprime son opposition au développement d'une bombe H, qualifiée d'« arme de génocide »221. Le GAC anticipe que continuer à fournir des efforts de recherche ne pourrait mener qu'à une nouvelle course aux armements. Les membres de l'AEC partagent cette opinion, sauf Gordon Dean et Lewis Strauss qui estiment que les États-Unis doivent recouvrer leur supériorité militaire en mettant au point la bombe H. Lilienthal présente donc deux options contradictoires au président des États-Unis. Le 31 janvier 1950, Harry S. Truman réclame officiellement la mise au point de la bombe thermonucléaire220.

     

    Pour Oppenheimer, c'est une catastrophe. Il envisage de démissionner de son poste au GAC, mais le sous-secrétaire d'État lui demande de ne pas démissionner, ni de faire de déclarations publiques. En 1967, il confiera à Rudolf Peierls qu'il aurait dû démissionner pour demeurer cohérent, mais il croyait qu'en continuant, le GAC ne prendrait pas de mauvaise décision. L'opposition du GAC n'est pas seulement d'ordre moral. Les bombes H, de par leur puissance, ne peuvent servir qu'à détruire de très grandes cibles (Moscou et Leningrad, par exemple), d'où leur intérêt militaire limité. Selon Oppenheimer, les armes atomiques, qui servent à des fins défensives et tactiques, suffisent amplement à s'opposer aux avancées soviétiques. D'ailleurs, il est en faveur de la croissance du stock d'armes atomiques. Cependant, les « faucons » américains trouvent intolérable que seule l'URSS détienne une arme de cette puissance222.

     

    Partisan des armes nucléaires tactiques

    En 1951, Oppenheimer se rend en Europe pour convaincre le général Eisenhower que l'armée de terre américaine doit recourir aux armes nucléaires tactiques pour s'opposer à une invasion soviétique de l'Europe de l'Ouest. Quelques années plus tard, Freeman Dyson lui demandera pourquoi :

    « Pour comprendre mes raisons de faire la promotion des armes tactiques, vous auriez dû voir le plan de guerre de l'armée de l'air que nous avions à l'époque. C'est la chose la plus damnée de Dieu que je n'ai jamais vue. C'était une stupide oblitération des villes et des populations. N'importe quoi, même une guerre terrestre majeure utilisant des armes nucléairesnote 6, était mieux que ce plantrad 12,76. »

     

    À titre de président du GAC et donc soumis aux ordres du président des États-Unis, Oppenheimer se voit contraint d'autoriser des recherches sur l'arme thermonucléaire. Cependant, il n'encourage guère un développement vigoureux du programme, ce qui équivaut, aux yeux de responsables américains, à désobéir. Selon l'un des chercheurs à Los Alamos, le manque de réaction d'Oppenheimer devant la décision du président américain est pareil à mettre un éteignoir sur le programme de recherche. En effet, il maintient un très grand réseau de chercheurs et peut inciter les plus éminents à y participer, mais ne le fait pas223. En décembre 1950, il signe un rapport du GAC à l'intention d'un conseil de recherche sur la prospective militaire, où il laisse entendre que le développement de l'arme thermonucléaire entrave le développement des armes atomiques. Edward Teller est « furieux » et avance qu'Oppenheimer ralentit le programme de recherche thermonucléaire au point de mener à son arrêt224.

     

    Au cours de l'année 1951, Stanislaw Ulam et Teller réalisent la percée qui permet de mettre au point la bombe H américaine225. En mai 1951, les essais de l'opération Greenhouse démontrent que leur principe est valide. Les 16 et 17 juin, les membres de l'AEC, du GAC, des scientifiques de Los Alamos et quelques autres concernés par le développement de l'arme thermonucléaire se réunissent à l’Institute for Advanced Study. Oppenheimer ne peut s'empêcher de souligner l'ingéniosité technique de l'architecture Teller-Ulam. Dès lors, il est en faveur du développement d'une arme thermonucléaire, à la grande joie de Teller. Selon Max Born en 1967, les scrupules moraux d'Oppenheimer étaient plutôt faibles pour qu'il change aussi facilement d'avis226. Oppenheimer s'expliquera : « Le programme que nous avions en 1949 [...] était une chose torturée à propos de laquelle on pouvait arguer qu'elle n'avait guère de sens technique. Il était donc possible de prétendre que vous n'en vouliez pas même si vous pouviez l'avoir. Le programme de [1951] [...] était si beau techniquement que vous ne pouviez plus le prétendre. La question devenait purement politique, militaire et humaine : qu'en faire une fois qu'on l'aurait227 ? » À partir de mars 1952, Teller convainc les responsables américains de mettre en place un laboratoire uniquement consacré à la conception des armes thermonucléaires. Le Laboratoire national de Lawrence Livermore est créé en novembre 1952228.

     

    De son côté, Oppenheimer est soumis à un nombre croissant d'attaques de la part de l’United States Air Force, car il privilégie l'emploi tactique des armes nucléaires et insiste sur une défense aérienne intégrée (plutôt que sur le développement d'armes nucléaires offensives). À l'été 1952, il suggère que le rôle de dissuasion des bombardiers du Strategic Air Command (SAC) soit réduit et que le budget du SAC soit diminué pour permettre la mise en place d'un système de défense intégré229.

     

    En novembre 1952, Dwight D. Eisenhower est élu président des États-Unis. L'un des éléments de son programme électoral est le « nettoyage » des institutions gouvernementales des agents subversifs. Le 7 novembre 1953230, le directeur du FBI J. Edgar Hoover reçoit une note du Joint Committee on Atomic Energy qui accuse Oppenheimer : « Tout porte à croire que J. Robert Oppenheimer est un agent de l'Union soviétique231. ». L'accusateur rappelle le militantisme passé d'Oppenheimer, tout comme les liens qu'entretiennent son frère Frank et son épouse avec le PCÉUA, l'embauche de sympathisants communistes à l'époque du Projet Manhattan et son obstruction au développement d'une arme thermonucléaire232.

     

    Audition de sécurité

    « Le pays lui demanda de faire quelque chose et il l'accomplit brillamment ; pour cet extraordinaire accomplissement, ils le récompensèrent en le brisanttrad 13,233. »

     

    — Marvin Leonard Goldberger, scientifique à Los Alamos et ancien directeur de l’Institute for Advanced Study234

     

    Photo en noir et blanc du buste d'un homme regardant droit vers la caméra.
     
    Joseph McCarthy, figure emblématique du maccarthysme.

     

    Les accusations contre Oppenheimer sont émises en plein maccarthysme235, une « chasse » aux communistes commencée en 1950 avec l'arrivée sur le devant de la scène politique de Joseph McCarthy et terminée en 1954 après un vote de censure contre McCarthy236. Le 21 décembre 1953, Lewis Strauss informe Oppenheimer des charges qui pèsent contre lui. Le scientifique peut alors démissionner ou se défendre, option qu'il choisit après avoir consulté deux avocats. Le président Eisenhower exige que soit érigé un « mur opaque » entre les recherches nucléaires secrètes et Oppenheimer. En attendant le verdict d'un comité, son contrat de conseiller est suspendu237.

     

    L'audition de sécurité débute le 12 avril 1954 devant un comité de trois personnes. Le défendeur et le plaignant sont tous deux représentés par un avocat. Selon l'historien Michel Rival, l'audition « n'est qu'un procès déguisé » malgré les dénégations de son président, Gordon Gray. Le comité a consulté le dossier d'Oppenheimer une semaine avant l'audition, au contraire du défendeur. Les trois membres du comité ont été « guidés » dans leur lecture par l'avocat du demandeur, Roger Robb. L'avocat d'Oppenheimer ne peut prendre connaissance des documents classés secret défense. Dès lors, pendant l'audition, il doit quitter la salle à chaque fois qu'un tel document est lu à voix haute, ce qui laisse l'accusé seul face à Robb. À leur insu, les conversations d'Oppenheimer et de son avocat font régulièrement l'objet d'écoute électronique238.

     

    L'audition commence par la lecture de la lettre d'accusation, puis des réponses d'Oppenheimer. Robb le soumet ensuite à un interrogatoire qui met en relief ses activités les plus condamnables. S'ensuivent des interrogatoires et des témoignages. La plupart des témoins s'expriment favorablement envers l'accusé. Ceux qui lui sont hostiles sont en faveur du développement de l'arme thermonucléaire ou sont des militaires. L'audition se termine le 6 mai 1954. Trois semaines plus tard, le comité rend son verdict : Oppenheimer est loyal, mais il recommande de ne pas restituer son habilitation. Le physicien demande à la Commission de l'énergie atomique des États-Unis de confirmer ce verdict. Le 29 juin 1954, elle est d'avis qu'Oppenheimer montre de « graves insuffisances de « caractère » » et n'est donc plus apte à recevoir à nouveau son habilitation239.

     

    La décision affecte durement Oppenheimer et indigne la communauté scientifique internationale, qui fait parvenir des messages aux autorités politiques américaines. Des scientifiques travaillant dans des laboratoires publics menacent de démissionner. Le chercheur préfère se concentrer sur ses activités à l’Institute for Advanced Study, où il est unanimement réélu directeur le 1er octobre de la même année240.

     

     

    Retour à la vie civile

    Institute for Advanced Study

     

    Deux hommes sont assis face à des papiers sur une table. Celui à gauche porte une moustache et a les cheveux blancs, celui à la droite est souriant et a des cheveux noirs.
     

     

    En avril 1947, à l'époque où il est président du GAC, il reçoit l'offre de devenir directeur de l’Institute for Advanced Study qui accueille les « plus éminents chercheurs ». Oppenheimer, qui succède à Albert Einstein, retourne donc à la recherche, ce qui est plus en phase avec sa personnalité, mentionnant à Thomas Samuel Kuhn en 1963 qu'il était sans cesse distrait par d'autres choses que l'enseignement depuis la fin de la guerre. Sous sa direction, l'institut devient le « centre de la nouvelle physique aux États-Unis ». Il fait venir les Chinois Tsung-Dao Lee et Chen Ning Yang, l'Anglais Freeman Dyson et l'Hollandais Abraham Pais, tous de jeunes chercheurs prometteurs241. À l'institut, il présente avec passion l'actualité de la physique contemporaine et donne aux chercheurs l'impression de participer à une grande aventure. Pourtant, les travers de ses jeunes années de professeur apparaissent, car il se montre à l'occasion « cinglant » à l'égard des travaux dont il n'est pas satisfait242.

     

    Oppenheimer participe aussi activement à l'évolution de la physique aux États-Unis. Par exemple, il profite de conférences à New York de 1947 à 1949 pour orienter les recherches sur le problème de l'absorption du méson ainsi que sur l'hypothèse d'Hideki Yukawa que les mésons sont les vecteurs de l'interaction forte. Ses questions perspicaces amènent le physicien Robert Marshak à faire l'hypothèse qu'il existe deux types de mésons : les pions et les muons. Ces recherches inspirent Cecil Frank Powell à mettre au point des méthodes photographiques qui lui vaudront le prix Nobel de physique de 1950 pour la découverte du pion243. Au printemps 1948, sous l'impulsion d'Oppenheimer, se tiennent deux conférences sur la renormalisation, que présente ses découvreurs, Richard Feynman et Julian Schwinger. Le physicien Sin-Itiro Tomonaga y partage aussi ses idées. Les conférences permettent aux trois physiciens d'élaborer la théorie moderne de la renormalisation, ce qui leur vaudra le prix Nobel de physique de 1965. Également, aux conférences où il se trouve, les participants laissent régulièrement Oppenheimer conclure en raison de son esprit de synthèse242.

     

    Après l'audition de sécurité, Oppenheimer poursuit son travail à l'institut et, selon Freeman Dyson, il devient plus attentif aux problèmes des gens à l'institut. Il participe à des colloques, ainsi qu'à des manifestations scientifiques et culturelles244. En 1964, il est président du Congrès Solvay de physique qui se tient sous le thème « La Structure et l'évolution des galaxies »245. En 1966, pour des raisons de santé, il démissionne de son poste de directeur de l’Institute for Advanced Study, mais continue d'enseigner235.

     

    Dernières années

    À partir de 1954, Oppenheimer passe plusieurs mois par année à Saint-John, l'une des Îles Vierges des États-Unis. En 1957, il acquiert un terrain sur l'île, où il construit une maison spartiate246. Il fait régulièrement de la voile avec sa fille Toni et sa femme Kitty247.

     

    Plage tropicale avec sable, surf et arbres. Quelques personnes se baignent.
     

     

    De plus en plus soucieux des dangers potentiels issus des découvertes scientifiques, Oppenheimer rejoint Albert Einstein, Bertrand Russell, Józef Rotblat et d'autres universitaires et scientifiques renommés pour fonder en 1960 ce qui sera appelé la World Academy of Art and Science. Après son audition, il refuse de signer les manifestes contre les armes nucléaires, y compris le manifeste Russell-Einstein en 1955. Même s'il est invité, il ne participe pas à la première conférence du mouvement Pugwash en 1957248.

     

    Dans ses conférences et ses lettres ouvertes, Oppenheimer met régulièrement de l'avant les difficultés de jongler avec la puissance de la science dans un monde où la recherche scientifique est conditionnée par la politique. En 1955, il publie The Open Mind, une série de huit conférences qu'il donne depuis 1946 sur les armes nucléaires. Il rejette la diplomatie de la canonnière nucléaire : « Les buts de ce pays dans le champ de la politique étrangère ne peuvent de façon réaliste ou durable s'accomplir par la contraintetrad 14. » En 1957, les départements de philosophie et psychologie de l'université Harvard invitent Oppenheimer à prononcer des conférences à titre de penseur du XXe siècle (William James Lectures). Un groupe d'anciens étudiants d'Harvard influents protestent contre cette décision249, mais près de 1 200 personnes écouteront les six allocutions du scientifique248.

     

    Photo en noir et blanc. Groupe d'hommes assis portant costumes, uniformes ou vêtements d'apparat.
     
    Le 5 juin 1947, l'université Harvard remet des diplômes honorifiques au physicien Robert Oppenheimer (à la gauche), au général George Marshall (troisième de la gauche), au général Omar Bradley (cinquième de la gauche), ainsi qu'au poète et dramaturge T. S. Eliot (deuxième à partir de la droite). Le président de l'université, James Bryant Conant, se tient entre Marshall et Bradley.

     

    Sans pouvoirs et responsabilités politiques depuis l'audition, Oppenheimer prononce des conférences, rédige des ouvrages et poursuit ses recherches en physique. Il fait des tournées en Europe et au Japon, prononçant des discours sur l'histoire et le rôle de la science, ainsi que sur la nature de l'Univers250. En 1958, il est fait chevalier de la Légion d'honneur244. Le 3 mai 1962, il est élu fellow étranger de la Royal Society251. Il devient membre de plusieurs académies des sciences. Des universités lui décernent le titre de docteur honoris causa244, dont l'université de Princeton252. Il est membre de la National Academy of Sciences depuis 1941253.

     

    À la suite de pressions d'amis occupant des postes politiques importants, le président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy lui remet officiellement le prix Enrico Fermi en 1963 en signe de réhabilitation. Edward Teller l'a également recommandé dans un but de réconciliation254. Une semaine après l'assassinat de John F. Kennedy, le président Lyndon B. Johnson présente le prix, « l'une des plus hautes distinctions scientifiques américaines »244, à Oppenheimer pour souligner « ses contributions à la physique théorique en tant qu'enseignant et créateur d'idées, et pour sa direction du Laboratoire de Los Alamos et pendant les années critiques du programme d'énergie atomiquetrad 15,255. » La veuve de Kennedy, Jacqueline Kennedy-Onassis, insiste pour rencontrer Oppenheimer dans le but de lui dire combien son défunt mari a souhaité qu'il reçoive le prix256. En tant que sénateur en 1959, Kennedy joue un rôle clé lors d'un vote qui bloque la nomination de Lewis Strauss, ennemi d'Oppenheimer, au poste convoité de Secrétaire du Commerce, ce qui de facto met un terme à sa carrière politique. Cette décision de s'opposer est en partie due aux pressions de la communauté scientifique selon Strauss257.

     

    Gros fumeur depuis longtemps258,259 (1925 plus précisément), Oppenheimer reçoit un diagnostic de cancer de la gorge à la fin 1965 et, après une chirurgie ratée, suit une radiothérapie puis une chimiothérapie en 1966260. Il meurt à sa résidence de Princeton au New Jersey le 18 février 1967. Un rite funéraire est tenu à l'université de Princeton une semaine plus tard, à laquelle participent 600 proches : sa famille, des militaires, des hommes politiques et des scientifiques261. Sa femme Kitty versera ses cendres dans l'océan à proximité de leur résidence sur l'île Saint-John262.

     

    Ses étudiants et ses collègues se souviennent d'Oppenheimer comme d'un chercheur brillant, un professeur enthousiaste et le fondateur de la physique théorique moderne aux États-Unis263. En tant que conseiller militaire et en affaires publiques, il est un meneur technocrate ; il participe au mouvement qui fait naître la Big Science. Oppenheimer, un physicien théoricien, intellectuel et cultivé, démontre qu'il est possible de s'engager dans la recherche tout en tenant compte d'exigences pratiques. Par exemple, la mise au point de la bombe atomique, exercice de physique appliquée, a été rendue possible grâce aux recherches théoriques264.

     

    Quand Oppenheimer voit son pouvoir politique diminuer radicalement en 1954 à la suite de l'audition de sécurité, il est vu comme le symbole de l'extravagance des scientifiques qui croient pouvoir contrôler le fruit de leurs travaux. Il est aussi le symbole des dilemmes des scientifiques face à leur responsabilité morale dans un monde nucléarisé264. L'audition est à la fois la conséquence de ses positions politiques, entre autres parce qu'il est perçu comme une créature de la précédente administration gouvernementale américaine, et de l'hostilité de Lewis Strauss265. Son opposition au développement de la bombe thermonucléaire est à la fois de nature morale et technique. Lorsqu'Edward Teller et Stanislaw Ulam résolvent les problèmes posés par ce nouvel engin explosif, il apporte son soutien au projet parce qu'il juge que les Soviétiques sont aussi capables de mettre au point une bombe thermonucléaire266. Plutôt que de s'opposer systématiquement aux partisans du maccarthysme à partir de la fin des années 1940 et au début des années 1950, Oppenheimer préfère témoigner contre d'anciens collègues et étudiants, avant et pendant l'audition. Des historiens interprètent son témoignage comme une tentative de plaire à ses collègues à l'emploi du gouvernement et peut-être une tentative de cacher en partie son passé gauchiste, tout comme celui de son frère Frank267.

     

    Dans la culture

    Oppenheimer, qui retrace la vie du physicien entre 1938 et 1953, est une série télévisée en 7 parties de la BBC diffusée au Royaume-Uni à partir d'octobre 1980 et aux États-Unis à partir de mai 1982. Elle a reçu trois BAFTA Awards268,269,270. The Day After Trinity, un documentaire de 1981, se penche sur la vie d'Oppenheimer et la fabrication de la bombe atomique. Il a été mis en nomination pour l'Oscar du meilleur film documentaire et a obtenu un Peabody Award271,272,273. Le cinéaste Roland Joffé sort Les Maîtres de l'ombre en 1989, un film qui porte principalement sur les conflits entre le général Leslie Richard Groves et Oppenheimer à l'époque du Projet Manhattan274. Le téléfilm Day One, sorti en 1989, raconte la création de la première bombe atomique par une équipe dirigée par Oppenheimer. Il est récompensé d'un Emmy Award275. En 2009, le réseau américain PBS diffuse The Trials of J. Robert Oppenheimer (que l'on peut traduire par « Les Procès/Essais/Épreuves/Tribulations276 de J. Robert Oppenheimer »), un téléfilm de 2 heures qui retrace le parcours du scientifique au travers d'entrevues et de courtes représentations277.

     

    Oppenheimer fait l'objet de plusieurs biographies. Hans Bethe rédige l'article nécrologique J. Robert Oppenheimer que la Royal Society publie en 1968278. En 1995, Michel Rival publie Robert Oppenheimer chez Flammarion279. Dix ans plus tard, Jeremy Bernstein publie Oppenheimer: Portrait of an Enigma280. La même année, David C. Cassidy publie J. Robert Oppenheimer and the American Century281. Toujours en 2005, Kai Bird et Martin J. Sherwin publient American Prometheus: The Triumph and Tragedy of J. Robert Oppenheimer, ouvrage pour lequel ils reçoivent le prix Pulitzer de la biographie ou de l'autobiographie en 2006282. En 2013, Ray Monk publie Robert Oppenheimer: A Life Inside the Center283. D'autres ouvrages ont été publiés, surtout dans les années 2000284,285,286,287 (probablement à cause du centenaire de sa naissance).

     

    En 2004, une conférence et une exposition à l'université de Californie à Berkeley soulignent le centième anniversaire de naissance d'Oppenheimer288 ; transcrite, la conférence est publiée en 2005 sous le titre Reappraising Oppenheimer: Centennial Studies and Reflections289. Le 1er octobre 2005, le San Francisco Opera joue Doctor Atomic, un opéra qui met en scène Oppenheimer au moment de l'essai atomique Trinity290. L'astéroïde (67085) Oppenheimer est nommé en son honneur291, tout comme le cratère lunaire Oppenheimer292.

     

    Publications

    Hans Bethe a rédigé la liste complète des publications scientifiques d'Oppenheimer293,294. La Bibliothèque du Congrès conserve 74 000 documents de Robert Oppenheimer, lesquels peuvent être consultés par les chercheurs295. Pour des informations bibliographiques supplémentaires, consulter :

     

     

    Articles scientifiques

    Cette section comporte une liste d'articles scientifiques, mais n'est pas exhaustive.

     

     

    Livres

     

    Notes et références

    Différences

    1. Bird et Sherwin 2006, p. 154, affirment que leur première rencontre a lieu en août 1939.

     

    Citations originales

    1. (en) « I had visions of him suddenly bursting forth as a great physicist, and here I was just trying to get through Harvard. »
    2. (en) « Niels Bohr was God, and Oppie was his prophet. »
    3. (en) « The time with Pauli seemed just very, very good indeed. »
    4. (en) « an astonishing output for any scientist »
    5. (en) « I need physics more than friends. »
    6. (en) « baffled and nonplussed and ill at ease »
    7. (en) « an important tool in the study of nucleon energy levels and their properties »
    8. (en) « one of the great papers in twentieth-century physics »
    9. (en) « Oppenheimer's one and only revolutionary contribution to science »
    10. (en) « Oppenheimer was above all a good soldier. That is why he worked so well with General Groves, and that is why Groves trusted him. »
    11. (en) « Now I am become Death, destroyer of worlds. »
    12. (en) « To understand why I advocated tactical weapons, you would have to see the Air Force war plan that we had then. That was the God-damnedest thing I ever saw. It was a mindless obliteration of cities and populations. Anything, even a major ground war fought with nuclear weapons, was better than that. »
    13. (en) « The country asked him to do something and he did it brilliantly, and they repaid him for the tremendous job he did by breaking him. »
    14. (en) « The purposes of this country in the field of foreign policy cannot in any real or enduring way be achieved by coercion. »
    15. (en) « for contributions to theoretical physics as a teacher and originator of ideas, and for leadership of the Los Alamos Laboratory and the atomic energy program during critical years. »

     

    Notes

    1. Cette photo provient d'un livre imprimé. Il s'agit très probablement d'un extrait retouché de la photo officielle prise pour le compte du Projet Manhattan. La photo officielle [archive] est publiée sur le site du National Archives and Records Administration (NARA).
    2. Le père de Robert est un juif allemand, très probablement un ashkénaze. À cette époque, ajouter le prénom d'un parent vivant est contraire à la tradition juive ashkénaze21 (Cependant, Bird et Sherwin 2006, p. 11 et Thorpe 2006, p. 304 mentionnent « tradition juive européenne ».) Sur l'acte de naissance, le prénom « Julius » apparaît. Aux États-Unis, il est courant de n'utiliser qu'un prénom, les autres étant indirectement mentionnés par une seule lettre majuscule, comme dans « J. Robert Oppenheimer ». Robert a toujours affirmé que le « J. » ne signifie rien22.
    3. Selon Rival 1995, p. 83-84, Jean s'oppose aux valeurs de son père qui est un « réactionnaire et antisémite notoire ». Cependant, Bird et Sherwin 2006 ne mentionnent ni ce comportement, ni ces traits de caractère.
    4. « Dans les mois qui suivent [la publication de l'article d'Albert Einstein et Marcel Grossmann‌], le physicien Karl Schwarzschild s'empare des équations de la [relativité générale] et remarque qu'elles ouvrent la possibilité d'objets dont la densité est tellement grande que le champ gravitationnel y serait... infini. C'est amusant mathématiquement, mais un tel objet est absolument inconcevable dans la nature127. »
    5. Selon Bird et Sherwin 2006, p. xii, la conception et la rédaction du rapport sont surtout l'œuvre d'Oppenheimer.
    6. Dans la terminologie moderne, le terme « nucléaire » peut renvoyer aux armes atomiques ou thermonucléaires. Il est probable qu'Oppenheimer veut dire « armes atomiques » puisqu'il s'oppose à l'usage des armes thermonucléaires.

     

    Références

    Articles scientifiques

     

    1. (de) Werner Heisenberg, « Über quantentheoretische Umdeutung kinematischer und mechanischer Beziehungen », Zeitschrift für Physik, vol. 33, no 1,‎ décembre 1925, p. 879-893 (DOI 10.1007/BF01328377) 
      Titre en français : « Réinterprétation des relations cinématique et mécanique dans le cadre de la théorie quantique ». Article traduit en anglais dans (en) B. L. van der Waerden (dir.), Sources of Quantum Mechanics, Dover Publications, 1968 (ISBN 0-486-61881-1, lire en ligne [archive]), p. 261-276  sous le titre Quantum-Theoretical Re-interpretation of Kinematic and Mechanical Relations.
    2. (de) E. Schrödinger, « Quantisierung als Eigenwertproblem I », Annalen der Physik, vol. 384, no 4,‎ 27 janvier 1926, p. 361–376 (DOI 10.1002/andp.19263840404, lire en ligne [archive] [PDF]) .
    3. Oppenheimer 1926a.
    4. Oppenheimer 1926b.
    5. (de) M. Born et P. Jordan, « Zur Quantenmechanik », Zeitschrift für Physik, vol. 34,‎ 1925, p. 858-888 
      Titre en français : « Sur la mécanique quantique ». Article traduit en anglais dans (en) B. L. van der Waerden (dir.), Sources of Quantum Mechanics, Dover Publications, 1968 (ISBN 0-486-61881-1, lire en ligne [archive]), p. 277-305  sous le titre On Quantum Mechanics.
    6. (de) M. Born, W. Heisenberg et P. Jordan, « Zur Quantenmechanik II », Zeitschrift für Physik, vol. 35,‎ 1925, p. 557-615 
      Titre en français : « Sur la mécanique quantique II ». Article traduit en anglais dans (en) B. L. van der Waerden (dir.), Sources of Quantum Mechanics, Dover Publications, 1968 (ISBN 0-486-61881-1, lire en ligne [archive]), p. 321-386  sous le titre On Quantum Mechanics II.
    7. Oppenheimer 1928.
    8. Born et Oppenheimer 1927.
    9. Oppenheimer 1927.
    10. Oppenheimer 1930.
    11. (en) P. A. M. Dirac, « The Quantum Theory of the Electron », Proceedings of the Royal Society A: Mathematical, Physical and Engineering Sciences, vol. 117, no 778,‎ 1928, p. 610-624 (DOI 10.1098/rspa.1928.0023, lire en ligne [archive] [PDF]) .
    12. Oppenheimer 1930a.
    13. Ehrenfest et Oppenheimer 1931.
    14. Oppenheimer 1930b.
    15. Hall et Oppenheimer 1931.
    16. Oppenheimer et Plesset 1933.
    17. Oppenheimer et Phillips 1935.
    18. Oppenheimer et Serber 1937.
    19. Oppenheimer et Serber 1938.
    20. Oppenheimer et Volkoff 1939.
    21. Oppenheimer et Snyder 1939.
    22. (de) Ida Noddack, « Über das Element 93 », Zeitschrift für Angewandte Chemie, vol. 47, no 37,‎ 15 septembre 1934, p. 653 (DOI 10.1002/ange.19340473707) .
    23. (de) Otto Hahn et Fritz Strassmann, « Über den Nachweis und das Verhalten der bei der Bestrahlung des Urans mittels Neutronen entstehenden Erdalkalimetalle », Naturwissenschaften, vol. 27, no 1,‎ janvier 1939, p. 11-15 (DOI 10.1007/BF01488241) 
      La traduction du titre en français pourrait être De la détection et des caractéristiques des métaux alcalino-terreux créés à la suite de l'irradiation de l'uranium par des neutrons
    24. (en) H. von Halban, F. Joliot et L. Kowarski, « Liberation of Neutrons in the Nuclear Explosion of Uranium », Nature, vol. 143,‎ 18 mars 1939, p. 470-471 (DOI 10.1038/143470a0, présentation en ligne [archive]) .
    25. (en) H. von Halban, F. Joliot et L. Kowarski, « Number of Neutrons Liberated in the Nuclear Fission of Uranium », Nature, vol. 143,‎ 22 avril 1939, p. 680-680 (DOI 10.1038/143680a0, présentation en ligne [archive]) .

     

    Fondation Nobel

     

    1. (en) « for the invention of an apparatus to produce extremely high pressures, and for the discoveries he made therewith in the field of high pressure physics » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1946 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    2. (en) « for the discovery of new productive forms of atomic theory » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1933 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    3. (en) « for his fundamental research in quantum mechanics, especially for his statistical interpretation of the wavefunction » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1954 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    4. (en) « or his research into the nature of the chemical bond and its application to the elucidation of the structure of complex substances » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Chemistry 1954 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 18 août 2010.
    5. (en) « for his discovery of the positron » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1936 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    6. (en) « for the discovery of the neutron » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1935 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    7. (en) « for his discoveries concerning the fine structure of the hydrogen spectrum » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1955 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 16 juin 2010.
    8. (en) « for their discovery of the laws governing the impact of an electron upon an atom » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1925 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    9. (en) « for his pioneering theories for condensed matter, especially liquid helium » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1962 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 17 juin 2010.
    10. (en) « for his demonstrations of the existence of new radioactive elements produced by neutron irradiation, and for his related discovery of nuclear reactions brought about by slow neutrons » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1938 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    11. (en) « in recognition of their synthesis of new radioactive elements » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Chemistry 1935 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 12 août 2010.
    12. (en) « for the invention and development of the cyclotron and for results obtained with it, especially with regard to artificial radioactive elements » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1939 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    13. (en) « for his discovery of the effect named after him » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1927 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    14. (en) « for the creation of quantum mechanics, the application of which has, inter alia, led to the discovery of the allotropic forms of hydrogen » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1932 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    15. (en) « or his contributions to the theory of nuclear reactions, especially his discoveries concerning the energy production in stars » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1967 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 18 juin 2010.
    16. (en) « for his resonance method for recording the magnetic properties of atomic nuclei » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1944 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 15 juin 2010.
    17. (en) « for his decisive contributions to elementary particle physics, in particular the discovery of a large number of resonance states, made possible through his development of the technique of using hydrogen bubble chamber and data analysis » in Fondation Nobel, « The Nobel Prize in Physics 1968 [archive] », Fondation Nobel, 2010. Consulté le 18 juin 2010.

     

    Divers

     

    1. (en) Randy Alfred, « Feb. 11, 2005: This Guy’s No Dummy », Wired,‎ 11 février 2011 (lire en ligne [archive]) .
    2. a, b et c (en) Silvan S. Schweber, « A Puzzle of a Man » [archive], American Scientist,‎ 2013 (consulté le 14 septembre 2013).
    3. (en) Kathy Svitil, « Noted Physicist Robert F. Christy Dies » [archive], Caltech,‎ 2013 (consulté le 15 septembre 2013).
    4. (en) Patricia Lowry, « He wrote the law on risk-taking, yet theoretical physicist Sidney Dancoff couldn't save his own life », Pittsburgh Post-Gazette, Pittsburgh, PA,‎ 10 avril 2011 (lire en ligne [archive]) .
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    265. Cassidy 2005, p. 305-308.
    266. Cassidy 2005, p. 293–298.
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    271. (en) TMDb, « The Day After Trinity (1981) » [archive], The Movie Database,‎ 2013 (consulté le 7 décembre 2013).
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    286. Michel André, « Oppenheimer : une science « humaine, trop humaine » », Alliage, no 68,‎ octobre 2008 (lire en ligne [archive]) .
    287. Exemples : .
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    289. [PDF] (en) Cathryn Carson (dir.) et David A. Hollinger (dir.), Reappraising Oppenheimer – Centennial Studies and Reflections, vol. 21, Office for History of Science and Technology, University of California, Berkeley, coll. « Berkeley Papers in History of Science » (lire en ligne [archive]) .
    290. Reibel 2008, p. 257-259.
    291. (en) « Small-Body Database Browser 67085 Oppenheimer (2000 AG42) » [archive], Jet Propulsion Laboratory (consulté le 27 février 2011).
    292. Anderson et Whitaker 1982, p. 54.
    293. Peierls 2008.
    294. Bethe 1968, p. 209-218.
    295. (en) LoC, « J. Robert Oppenheimer papers, 1799-1980 » [archive], Library of Congress,‎ 2013 (consulté le 21 août 2013)
      Correspondance, pense-bêtes, discours, conférences, écrits, ouvrages, déclarations, notes scientifiques et photographies qui proviennent principalement de la collection personnelle d'Oppenheimer alors qu'il est directeur de l’Institute for Advanced Study (mais très peu sur son travail administratif). Les sujets portent sur la physique théorique, la mise au point de la bombe atomique, la relation entre le gouvernement et la science, l'énergie nucléaire, la sécurité et la loyauté envers le pays.
    296. Wolverton 2008, p. 227-228.

     

    Annexes

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    Bibliographie

    Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

     

     

    Lire à ce sujet : Laure Helms-Maulpoix, « La musique au défi du mythe : Faust », Acta fabula, vol. 10, no 3, Notes de lecture,‎ 2009 (lire en ligne [archive]) 

     

     

    Filmographie

     

    Articles connexes

     

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    Ne le 22 avril 1722 Emmanuel Kant Taureau ascendant Taureau


    L'autonomie de la volonté est le principe unique de toutes les lois morales et des devoirs qui y sont conformes.

    Critique de la raison pratique (1788) de

    Emmanuel Kant

     

    Né le : 22 avril 1724 à 05h00
    à : Königsberg (now Kaliningrad, Russia) (Allemagne)
    Soleil : 2°08' Taureau AS : 9°31' Taureau
    Lune : 14°29' Bélier MC : 14°09' Capricorne
    Dominantes : Taureau, Capricorne, Bélier
    Saturne, Vénus, Soleil
    Maisons 12, 9, 2 / Terre, Eau / Cardinal
    Numérologie : chemin de vie 22
    Popularité : 39 777 clics, 514e homme, 923e célébrité

     

     

    Biographie

    Emmanuel Kant (Immanuel en allemand) est un philosophe allemand. Il est né le 22 avril 1724 à Königsberg, capitale de la Prusse orientale (birth time source: Astrodatabank), et y est mort le 12 février 1804.

    Emmanuel Kant naît en 1724 à Königsberg en Prusse orientale (actuellement Kaliningrad en Russie) dans un milieu modeste et particulièrement pieux. Il fréquente tout d’abord un collège dirigé par un pasteur piétiste puis entame des études universitaires. Il étudie la physique, les sciences naturelles, les mathématiques et la philosophie.



    En 1747, la mort de son père l’oblige à interrompre ses études pour s’engager comme précepteur. Dès 1755, il commence à enseigner à l’université de Königsberg, tout d’abord en tant que « Privatdozent » (enseignant payé par ses élèves), puis, à partir de 1770, en tant que professeur titulaire. Kant fut le premier grand philosophe à donner un enseignement universitaire régulier. Ses cours, tout comme ses publications à cette période, sont très diversifiés : mathématiques, logique, géographie, théologie, pédagogie, droit, anthropologie, métaphysique...

    On a peu de renseignements précis sur la vie de Kant, sinon qu’il la consacra tout entière à l’étude et à l'enseignement : « Je suis par goût un chercheur », écrit-il, « je ressens toute la soif de connaître et l’avide inquiétude de progresser. »

    En 1781 paraît la première édition de la Critique de la raison pure. Cet ouvrage, fruit de onze années de travail, ne rencontre pas le succès espéré par son auteur. Une seconde édition verra le jour en 1787. En 1788 est publiée la Critique de la raison pratique et, en 1790, la Critique de la faculté de juger. Toutes ses autres œuvres majeures (Fondements de la métaphysique des mœurs et Vers la paix perpétuelle entre autres) sont écrites à cette période.

    Sa légendaire sédentarité (il ne quitta presque jamais sa ville) ne l’empêcha toutefois pas d’être attentif aux mouvements du monde, comme en témoignent ses nombreuses publications qui traitent de sujets variés et contemporains de son époque. Il recevait également très souvent de nombreux amis à dîner.

    Professeur devenu célèbre, même s’il ne fut pas toujours compris de ses contemporains, il meurt en 1804 à Königsberg.

    Une anecdote raconte que sa promenade quotidienne ne fut, durant toute sa vie, troublée que deux fois : la première lorsqu’il découvrit Du contrat social de Jean-Jacques Rousseau ; la seconde, lorsqu’il alla au-devant du courrier portant des nouvelles de la Révolution française.

    Postérité
    L’influence de Kant concerne approximativement trois groupes de philosophes :

    l’ Idéalisme allemand (Fichte, Schelling, Hegel et Schopenhauer)
    le Néo-kantisme (Cohen, Natorp, Cassirer)
    les philosophes contemporains (Habermas, Rawls, Paul Ricœur entre autres).

     

     


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    Né le 24 avril 1575, Jacob Bohme, Taureau, Lune Scorpion

    Biographie de Jakob Böhme

    Jakob Böhme (né à Alt-Seidenberg en 1575, mort le 17 novembre 1624 à Görlitz) fut un théosophe illuminé allemand, un des principaux représentant du mysticisme moderne. Il était surnommé « Philosophus teutonicus ».

    Vie

    Böhme est est né en 1575 à Alt-Seidenberg, un petit bourg près de Görlitz. Ses parents étaient de simples paysans ; il reçut quelques leçons à l'école du village, puis fut mis en apprentissage chez un coordonnier; on dit qu'il exerça cette profession jusqu'à la fin de sa vie, cependant il vendit son établi en 1613 et se consacra tout entier à son œuvre. Il dira « Je n'ai lu que dans un seul livre, dans mon propre livre, dans moi-même ». En 1599, il épousa la fille d'un boucher, et s'établit maître coordonnier à la porte de Neisse, derrière les remparts. De bonne heure il avait eu des expériences mystiques illuminatrices. La première illumination qu'il mentionne date de 1600, mais il ne la considérait que comme un premier germe, car son illumination décisive n'eut lieu qu'une dizaine d'années plus tard. Il était religieux, mais sans être vraiment catholique, car il avait le papisme en horreur, ni protestant, car il se refusait à croire à la prédestination. Il fut persécuté par les autorités religieuses. Toutefois, il parvint à leur tenir tête. Il est mort à Görlitz en 1624.

    Né le 24 avril 1575, Jacob Bohme, Taureau, Lune Scorpion


    Théosophie
    La théosophie de Jakob Böhme manifeste des connaissances astrologiques profondes et l'influence certaine de l'alchimie. Toutefois, c'est d'abord et avant toute chose une théosophie chrétienne dans laquelle est exposé le mythe fondamental de la gnose chrétienne moderne. Ce mythe fondateur forme la base de tous les grands traités rosi-cruciens et de l'école martiniste. Les grands thèmes de cette gnose sont :


    La doctrine de L'Ungrund
    La théosophie de Böhme est une métaphysique dans le sens où elle tente de penser le passage du non-être à l'être. Selon Böhme, l'Ungrund (le sans-fond) est un néant inconscient et ténébreux, mais le propre du néant est de manquer de tout. Une racine de désir germe donc au fond du néant, racine qui aspire à être. Il y a donc une racine de désir qui s'allume comme une étincelle et fait jaillir l'être du non-être, et la lumière des ténèbres.


    Le mythe gnostique

    Les Trois Principes et les sept Esprits

    La Sophia et l'Androgyne célestes
    La Sophia représenta pour Böhme l'homme dans sa pureté, sa virginité et sa chasteté antérieure au pêché originel. Elle n'est pas séparable de sa conception de l' Androgyne, l'humanité pré-adamique intègre et intégrale des origines. Böhme affirme que la Sophia est incréée, elle est la sagesse divine en l'homme. Cette âme sophianique renvoit à la préexistence céleste de l'homme terrestre. La chute de l'homme est la perte de sa sophianité, de sa pureté, de sa virginité. À la perte de la Sophia céleste correspond la naissance de l' Eve terrestre, la féminité. La Vierge Marie représente particulièrement la Sophia et la sophianité de la Vierge renvoit à l'androgynie du Christ. Il y a donc une double polarité Vierge/Eve et Christ/Adam. Mais Böhme échappe à tout dualisme, car pour lui, « Christ vit en Adam et celui-ci dans le Christ ».

    D'autre part, la sophianité rend fondamentale la naissance du Christ de la Vierge. Sur ce point, Böhme se distingue nettement de ses origines protestantes. La Mère de Dieu signifie rien moins que le retour sur terre de la Vierge-Sophia. La Vierge n'est pas vierge par Eve, mais par la descente de la Sophia qui s'incarne en Marie. Il y a donc une correspondance profonde entre la descente du Saint-Esprit et l' Incarnation du Christ et la descente de la Sophia en la Vierge Marie. En fait, la descente de la Vierge divine en Marie est l'action du Saint-Esprit. Il est donc primordial que Jésus naisse d'elle et de nulle autre. Ainsi, la naissance de Jésus d'une Vierge transfigure aussi la nature féminine en la libérant de la féminité négative. Chez Böhme, l'affranchissement de la sexualité terrestre implique le rétablissement de l'androgynie primitive. Cette doctrine de l'Androgyne céleste lui permet d'éviter les tentations ascétiques qui, dans le chritianisme, marquent fortement les conceptions négatives de la sexualité. À l'impureté sexuelle, Böhme n'oppose pas l' ascétisme qui tend vers l'asexué, mais l'androgynie intégrale et originelle. Chez lui, la mystique sophianique est solidaire d'une anthropologie spirituelle qui renvoit dos à dos puritains et libertins.


    Influence
    Chose étrange chez un homme si peu instruit, on trouve dans les écrits de Böhme de nombreuses analogies avec les théories philosophiques de l'Allemagne du XIXe siècle, et il peut être considéré comme un précurseur de Spinoza, de Schelling, de Hegel et son influence a été grande sur la pensée allemande et en particulier sur Franz von Baader et les romantiques. Hegel appelait Jakob Böhme « le premier philosophe allemand ». Il a eu aussi une grande influence en Angleterre notamment sur George Fox, le fondateur du quakerisme, Milton et Newton. Il a été révélé en France par Louis-Claude de Saint-Martin au XVIIIe siècle, un autre illuminé, qui traduisit cinq de ses ouvrages, notamment L'Aurore à son lever, la Triple Vie et ses Trois Principes. Il était devenu un disciple de Böhme en 1788. Nicolas Berdiaeff tenait Jakob Böhme pour l'un des plus grands gnostiques chrétiens. Böhme eût aussi un influence considérable sur Raoul Vaneigem


    Notes
    ↑ Ne pas confondre cette théosophie avec la théosophie moderne orientalisante de Mme Blavatsky.
    ↑ Franz von Baader (1765-1841)
    ↑ Vaneigem: Voir Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, Folio Actuel 1992, Gallimard, page 133 ou il parle du "langage sensuel", sensualische Sprache.

     



    Œuvres
    Ces écrits furent interdits par l'Église. Il rédigea sa première œuvre en 1610 :

    Aurora, écrit qui fut condamné par le clergé ; le pasteur Gregorius Richter prononça un sermon contre lui, le traitant publiquement d'hérétique et d'insurgé. Puis il fit successivement paraître :
    Description des trois principes de l'essence divine (1619) ;
    De la triple vie de l'homme, réponse aux quarante questions de l'âme (1620);
    De l'incarnation du Christ, de sa passion, de sa mort et de sa résurrection, et de l'arbre de la foi (1620);
    Du mystère céleste et terrestre (1620) ;
    De l'empreinte des choses (De signatura rerum, 1621);
    De la vraie repentance (1622) ;
    De la Providence et du choix de la grâce (1623) ;
    Le Grand Mystère (Mystérium Magnum, équivalent de Les Arcanes Majeures, 1623). Il s'agit d'un commentaire de la Genèse précédé de l'exposition du mythe qui a conduit à la création du monde;
    De la contemplation divine (1623);
    De Vita mentali (1624);
    Theoscopia (1624).

    Bibliographie
    Alexandrian, Histoire de la philosophie occulte, Petite Bibliothèque Payot, 1994.
    Collectif, Jacob Boehme ou l'obscure lumière de la connaissance mystique, Librairie Philosophique J. Vrin, 1979.
    Faivre Antoine, Accès de l'ésotérisme occidental, 2 tomes, Bibliothèque des Sciences Humaines, Editions Gallimard, 1996.
    Alexandre Koyré, La philosophie de Jacob Boehme. Étude sur les origines de la métaphysique allemande; 3e éd. Paris: J. Vrin, 1979. (Bibliothèque d'histoire de la philosophie). xvii-526p. ISBN 2-7116-0445-4.
    Nicolas Berdiaev, deux études sur J. B. introduisant sa traduction française en 2 vol. du Mysterium Magnum, Aubier-Montaigne, 1945. Réed. 1978, 4 vol.
    Franz von Baader :
    Conférences sur la théologie et la philosophie de J.Boehme, œuvres complètes, vol. 3, 1852.
    Conférences et commentaires de la doctrine de J.B., id., vol. 13, 1855.
    Émile Boutroux, Le philosophe allemand J.B.
    Basarab Nicolescu, L'homme et le sens de l'univers. Essai sur Jakob Böhme, Le Félin - Philippe Lebaud, Paris, 1988, 2e édition 1995 (ISBN 2-86645-211-9)
    Jean-Marc Vivenza, "Qui suis-je ?" Boehme, Pardès, 2005.

     


    Jacob Boehme

    Quarante questions sur l'origine, l'essence, l'être, la nature
       et la propriété de l'âme

    livre

    Quarante questions sur l'origine, l'essence, l'être, la nature et la propriété de l'âme et sur ce qu'elle est d'éternité en éternité.

    Texte traduit par Louis-Claude de Saint-Martin. Jacob Boehme s'attache à répondre aux questions concernant l'âme, son origine, sa nature et ses propriétés. D'où est provenue l'âme au commencement du monde ? Telle est la première d'entre elles. Qu'est-ce que l'âme ?

    Boehme nous répond : L'âme est l'œil de Dieu. Et d'ajouter : De plus, vous trouvez dans le feu une image de l'âme : l'âme est un feu essentiel… Elle contient, recèle, embrasse tout. Après avoir élucidé les origines et la nature de l'âme, il soulève d'autres questions : peut-on aider les âmes en souffrance ? Qu'en est-il de ceux qui ne sont ni tout à fait bons, ni tout à fait mauvais ? Les morts s'occupent-ils de nous ? Qu'est-ce que le paradis et où est-il ?

     

    " Vous savez par la raison, que toutes choses sont provenues et dérivées de l'éternité; et l'Ecriture vous dit aussi : toutes choses sont dans Dieu, nous vivons et nous nous mouvons en lui, et nous sommes sa race.

    Et quoique nous ne puissions pas dire de Dieu, que la pure divinité soit la nature, mais la majesté dans le Ternaire, nous devons cependant dire que Dieu est la nature. Quoique la nature ne le saisisse, ni ne le comprenne pas plus que l'air ne saisit l'éclat du soleil, nous devons néanmoins convenir qu'elle est engendrée dans sa volonté, et qu'elle est un attract de l'éternité ; car où il n'y a aucune volonté, il n'y a aucun desir.

    Mais dans Dieu il y a une éternelle volonté (qui est lui-même) d'engendrer son cœur ou son fils; et cette même volonté opère l'émotion et l'expansion du cœur hors de la volonté, ce qui est un esprit. En sorte que l'éternité consiste en trois formes éternelles, qui sont nommées personnes f comme nous l'avons soigneusement expliqué dans le troisième livre.

    Or, si nous voyons et si nous savons qu'elle n'est pas seulement lumière et majesté, mais aussi ténèbres, comme cela est évident, alors nous devons également savoir d'où proviennent les ténèbres ; car dans l'éternité, au-delà de la nature il ne peut point y avoir de ténèbres, attendu qu'il n'y a rien qui les engendre. Nous ne devons (donc) regarder que dans la volonté et dans le désir. Car un désir est attirant ; et dans l'éternité cependant il n'a rien que lui-même qui s'attire dans la volonté, et qui donne à la volonté la plénitude. Ce sont là ses ténèbres. Autrement si là il n'étoit pas desirant, il ne seroit rien, mais un éternel repos, et non un être. "

    (Extrait de la première question, n°3 à 6)

     

    Il ne saurait être question, dans le cadre restreint dont nous disposons ici, de faire une étude de la vie et de la doctrine de Jacob Boehme ; il y faudrait un volume. Nous désirons simplement donner à nos lecteurs un aperçu des principaux traits de cette existence extraordinaire et leur montrer quelle concordance profonde il y a entre les illuminations éblouissantes dont ce cordonnier génial a été gratifié et les enseignements de Sédir, fondateur de notre mouvement.

     

    Celui que le philosophe Boutroux appelle « un des plus puissants génies de l’humanité, un précurseur étrange et un des plus grands écrivains de son temps » est né en 1575, d’une famille de pauvres paysans, dans le petit village d’Alt Seidenberg, près de Goerlitz, en Silésie. Rien n’a

    distingué son enfance de celle des autres garçons de son âge qui allaient avec lui garder les troupeaux, sauf un caractère profondément méditatif et certains faits mystérieux comme la vision qu’il eut un jour sur la montagne de Kandeskrone et qui préludait aux futures extases de cette nature privilégiée.

     

    Il n’a reçu d’autre instruction que celle que l’on donnait à l’école de son village où il a seulement appris à lire, à écrire et à compter. Comme il était débile et jugé inapte aux durs travaux de la terre, on l’a mis, à l’âge de quatorze ans, comme apprenti chez un maître-cordonnier, métier qu’il exerça pendant une longue période de son existence.

     

    A dix-huit ans, cet étrange ouvrier écoute beaucoup, parle peu, s’instruit, rencontre les représentants de nombreuses sectes, et puis... se met à évangéliser, de telle sorte qu’un jour son patron le met à la porte, « n’ayant, dit-il, nul besoin d’un prophète chez lui ! »

    Encore apprenti, Boehme rencontre un noble étranger, qui lui révèle un magnifique avenir fait d’épreuves matérielles et de bénédictions spirituelles. Nous allons voir comment les unes et les autres se sont réalisées.

     

    Devenu compagnon, il a eu une illumination qui dura une semaine, mais il n’en a rien dit, à cette époque-là.

     

    De son temps, autour de lui, ce n’était que disputes entre pasteurs, entre fidèles. Luthériens, catholiques, schwenkfeldiens, paracelsistes, alchimistes, mages et astrologues agitaient les plus grands problèmes et clamaient chacun leur système. Boehme en souffrait, car il cherchait

    passionnément la Vérité, c’est-à-dire l’explication de tout le mal qu’il y a dans le monde et le moyen d’en sortir.

    Il devinait que la véritable religion ne pouvait être dans ces querelles théologiques, ces imprécations et ces excommunications. Il ne trouvait pas la Vérité non plus dans son intelligence.

     

    C’est à cette époque que, plusieurs fois, il fut transporté en esprit dans le monde céleste.

     

    Une joie indicible, une certitude qu’il ne pouvait encore exprimer, le ravit et demeura tout au fond de lui, comme une faible lueur, et si douce !

    Mais à des périodes d’illumination toujours relativement courtes et qui n’étaient qu’un encouragement à persévérer dans la voie, succédaient de longues nuits spirituelles comme en ont eu tous les vrais mystiques. Elles approfondissaient son humilité et creusaient en lui ces cavernes

    mystérieuses de l’âme destinées à être inondées, plus tard, de la lumière divine.

     

    Pendant ces « nuits », son esprit traversait un désert et son coeur était dans l’angoisse. Il voulait comprendre l’homme, l’univers, le mal qui pullule en eux et ce Dieu lointain, inaccessible. Il s’efforçait de trouver un sens à toutes ces belles choses qui l’entouraient, à la vie puissante où luttent sans trêve les forces opposées. Il cherchait une explication à cette universelle bataille qu’il sentait tragique en lui comme dans la Nature.

    Ni les théologiens ni les Ecritures ni ses propres méditations ne parvenaient à l’éclairer. Et il en souffrait.

     

    Pourtant il savait déjà, par expérience personnelle, grâce aux radieuses extases qu’il avait eues, et dont il se souvenait dans sa détresse, que Dieu n’est pas une abstraction, ni un despote capricieux, mais un Etre vivant et la Source inépuisable d’amour ! Comment alors justifier ce monde parfois atroce, cet égoïsme, cette cruauté dont nous sommes pétris ?

     

    De temps en temps il apercevrait une lueur : ce mal, qui l’angoisse, ne serait-il pas indispensable à la réalisation d’un plus grand bien ? Ne serait-il pas une image renversée, le creux du moule où se formera ensuite la vivante réalité ?

     

    Dieu, bien suprême, présent dans tous les êtres et notamment dans l’homme, n’agirait-Il pas comme un feu secret qui dévore le mal, purifie les créatures et les rend ainsi capables d’une plus grande béatitude ?

     

    Une joie intense pénétrait alors un instant notre philosophe, pour le laisser ensuite retomber dans une indescriptible mélancolie et lui faire ainsi expérimenter le néant de toutes les choses, si on les vide de la Présence divine.

     

    Enfin ce long travail fut couronné par l’illumination prodigieuse de 1612 à la suite de laquelle il a écrit L’AURORE NAISSANTE où il a pu exprimer l’intuition fulgurante qu’il avait reçue.

     

    « Ah ! dit-il, si nous pouvions parler la langue des anges, peut-être alors décririons-nous ceque j’ai vu ! »

     

    Et il a caché son manuscrit ; mais un jour quelqu’un l’aperçut et demanda à le lire. Surpris, l’auteur ne put refuser et la plaquette commença à circuler.

     

    C’est ainsi qu’on apprit dans la petite ville de Goerlitz que le cordonnier écrivait des livres ; ô chose étrange, ô scandale ! Et ce fut pour notre héros le commencement de tribulations qui durèrent jusqu’au terme de son existence en 1624. Douze ans d’épreuves !

     

    Les gens se sont émus, se sont passionnés, l’ont critiqué. En chaire, le pasteur grégorien Richter, qui sera jusqu’au bout son ennemi, a stigmatisé en termes violents « cet ouvrier qui se mêle de théologie, ce misérable hérétique » ! Il a soulevé contre lui les fidèles du pays, l’a fait passer pour possédé et l’a persécuté jusqu’à la mort.

     

    Une assemblée de pasteurs, ayant examiné l’ouvrage incriminé, n’y a rien trouvé de condamnable.

     

    Mais l’échevin a fait une enquête personnelle sur les troubles occasionnés par l’événement, a fait saisir le livre par un agent de police et a cité son auteur devant le Tribunal, en lui défendant désormais d’écrire.

     

    La vie de Boehme a été dès lors un véritable martyre. Par là il a subi le sort commun à tous les serviteurs de l’Idéal qui s’attirent et acceptent les persécutions et les souffrances, ce qui ne doit guère nous étonner, le sacrifice étant la force céleste qui permet à cet Idéal de descendre sur la terre.

     

    Malgré une existence rendue presque impossible à Goerlitz, notre missionné dit ce qu’il a reçu de son Maître l’ordre de dire et répand la lumière qui lui a été confiée.

     

    Outre L’AURORE NAISSANTE, il écrit : DESCRIPTION DES TROIS PRINCIPES DE L’ESSENCE DIVINE, DE LA TRIPLE VIE DE L’HOMME, DU MYSTÈRE CÉLESTE ET TERRESTRE, DE L’EMPREINTE DES CHOSES (DE SIGNATURA RERUM), LE GRAND MYSTÈRE, DE LA CONTEMPLATION DIVINE, DE LA VIE SUPERSENSUELLE, etc…

     

    Pour éviter la guerre, il ne fait rien de public ; ses manuscrits copiés et recopiés ne circulent que dans des cercles hermétiquement fermés. Ils sont même ignorés du pasteur Richter et ceci montre à quel point les disciples de Boehme savent garder le secret pour éviter de nouvelles

    tracasseries à leur guide vénéré.

     

    Imaginez ces hommes, presque tous appartenant à des professions libérales et d’un rang social plus élevé que le sien, dans l’échoppe du cordonnier, leur chef spirituel ! Ils lui sont un réconfort en face des calomnies et des attaques venimeuses ; ils forment une communauté, une

    famille qui s’accroît peu à peu de nouveaux disciples.

     

    Ceux-ci se multiplient à tel point qu’on cite un Christian Bernhard qui arrive à gagner sa vie rien qu’à copier les oeuvres du philosophe et que celui-ci se voit obligé de voyager fréquemment pour visiter ces néophytes, non seulement en Silésie, mais en Saxe, en Bohème. L’apostolat finit par occuper toute sa vie. Alors, il n’hésite pas à abandonner son métier et à choisir une profession s’accordant mieux avec ses nombreux déplacements. C’est ainsi que nous le trouverons à la foire de Prague en 1620 ; il y vend des gants de laine achetés en Lusace.

     

    Quel exemple que cet homme qui a toujours tenu à gagner sa vie par son travail et qui, en dehors des moyens habituels de publicité (ni sermons ni livres imprimés), a exercé l’influence la plus profonde et la plus étendue !

     

    Ecoutons-le raconter son « expérience mystique » : « Ce que je ne puis ni dire ni écrire affirme-t-il, c’est cette joie triomphante de l’esprit et je ne puis la comparer à rien sinon à la naissance de la vie au milieu de la mort, à la résurrection ! » Il fut, en effet, par excellence, le philosophe de la joie, de cette joie sereine, candide et radieuse des grands mystiques, fruit d’une vie toute passée dans l’intimité de Celui qui a dit à Ses disciples : « Gardez mes commandements afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. » (Jean XV, 11) « Dans cette lumière, poursuit-il, mon esprit, à travers toutes choses, dans l’herbe même, dans tout ce qui se meut, a tout de suite vu, a reconnu Dieu et quelle est Sa Volonté. » Car, pour Boehme, comme pour Sédir, tout est vivant, actif, en correspondance et en rapport organique avec le reste du monde. Des lignes de forces traversent l’univers, lignes jalonnées par des « signatures » que les yeux illuminés par l’Esprit peuvent lire. (D’où son livre DE

    SIGNATURA RERUM, traduit par Sédir.)

     

    Non seulement chaque être, grand on petit, est vivant et a une personnalité, mais Dieu Luimême, l’Etre des êtres, est la Vie, la Personnalité par excellence ; Il est le Vivant et Celui qui donne la Vie. Il n’est pas un principe abstrait.

     

    Une philosophie nouvelle, celle du « devenir », a surgi et Boehme en est le pionnier. Dès lors, c’est « la personnalité vivante » qui sera l’objet des pensées humaines. De là vient peut-être cet enthousiasme qui possède le monde moderne, ce dynamisme, ce désir de vivre intensément.

     

    Si cela n’a pas amené plus de paix ni de plus de bonheur sur la terre (on pourrait même opiner le contraire, hélas !) c’est parce que les hommes, pressés de vivre et de jouir, n’ont pas cherché la satisfaction de leur légitime aspiration au bonheur en l’appuyant sur son fondement indispensable : l’amour-sacrifice, la croix de Jésus-Christ, ainsi que Boehme l’a amplement expliqué. Ils ont désiré avoir tout de suite « la joie » et Ils ont négligé la condition essentielle énoncée par Jésus dans le verset cité plus haut, pour posséder cette joie : « Garder d’abord les commandements », vaincre complètement en soi le péché.

     

    En vue de donner à Ses enfants un plus grand pouvoir de béatitude, Dieu en effet a voulu, dans Sa Sagesse insondable, dit en substance Boehme, qu’en face des forces positives du bien, il y ait partout l’Adversaire, les résistances négatives du mal. De là la lutte indispensable et c’est du triomphe final du bien que naîtra la joie éternelle, non seulement pour les êtres qui auront combattu pour ce triomphe, mais aussi pour les agents de l’Adversaire eux-mêmes qui auront été, par ce combat, amenés à leur tour à la Lumière. Car il s’agit d’une lutte où le vainqueur non seulement n’écrase ni ne détruit son ennemi, mais, agit sur lui, se l’assimile et le spiritualise. L’amour ne détruit pas, mais sauve ceux même qui le crucifient, à l’exemple du Grand Supplicié.

     

    La souffrance des formes qui, par leur résistance, arrêtent le jaillissement continu de la Lumière vivante, n’est donc que temporaire ; elle s’évanouira et se transformera en joie surabondante lorsque ces formes auront accepté définitivement la Vie.

     

    Ces résistances ne sont là que pour nous offrir l’occasion de déployer notre énergie ; l’Adversaire, les tentations ne sont là que pour exercer nos forces et nous conduire au bonheur éternel.

     

    Cette vérité contient tout ; elle explique la création des anges, des démons, des hommes et de tous les êtres, la chute et la rédemption ; elle donne les règles de la vie.

     

    *

     

    Si c’est à juste titre que Boehme est considéré comme le père de la philosophie allemande, à cause de la profonde influence qu’il a exercée sur les penseurs d’outre-Rhin, il y a lieu toutefois de rectifier et de préciser, à son honneur, que ce qui doit lui être attribué, c’est seulement la partie positive et vraie de cette philosophie ; celle qui a trait au « devenir » et à la formation de la « personnalité vivante ».

     

    Or, profondément chrétien, notre mystique rapportait le mérite de cette transformation, de ce « devenir », à une Personnalité suprême, transcendant toutes les formes et dont la grâce opère notre régénération avec le concours de notre libre arbitre. Il n’évoque pas Dieu au moyen de la volonté, ce qui serait de la magie, ni même au moyen de la simple dévotion ; mais, comme l’Evangile l’enseigne, par l’humilité, le renoncement, la pénitence : voilà quels seront les seuls talismans.

     

    « Il faut, écrit-il, chercher la trace de Dieu au plus profond de nous-mêmes, creuser, déblayer, arracher l’égoïsme et tout désir personnel. Alors, dans l’agonie de cette mort intérieure, le Maître parle et le disciple écoute. »

     

    Notre auteur ajoute : « Si tu veux atteindre la vie surnaturelle, il te faut trois choses : 1º tourner ta volonté vers Dieu, faire le silence, le vide en toi ; 2º haïr ta volonté propre et ne rien faire de ce à quoi elle te pousse ; 3º te soumettre à ta croix pour vaincre les tentations. »

     

    Le salut, ce n’est pas la créature qui l’opère ; il n’est pas dans les possibilités humaines de s’emparer du Ciel ; mais lorsque l’homme, renonçant à sa volonté égoïste, fait en tout la volonté du Père, le Ciel descend en lui, l’illumine et le régénère. C’est ainsi que notre voyant écrit : « J’ai appris en un quart d’heure plus que je n’aurais pu le faire en de longues années d’études. »

     

       

      Né le : 24 avril 1575 à 12h00 (inconnue) (cal. julien)
    à : Alt-Seidenberg (Pologne)
    Soleil : 13°08' Taureau    
    Lune : 6°39' Scorpion    
    Dominantes : Taureau, Cancer, Scorpion
    Vénus, Jupiter, Soleil
    Terre, Eau / Fixe
    Numérologie : chemin de vie 1
    Popularité : 9 698 clics, 4 841e homme, 8 054e célébrité

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  • « Plus je m'occupe de mes besoins, moins j'ai besoin de nourrir mes manques. »

    Jacques SALOME

    PLEINE LUNE DU 22 AVRIL 2016 GREENWICH, CARTES DU CIEL HELIO ET GEO

     

     

     

    Cette phrase de Jacques Salomé illustre bien le message astral de la Pleine Lune du 22 avril 2016 qui nous appele à une transcendance de nos desirs venusiens par une connaissance de nos besoins réels

     

    Jupiter en Vierge amplifie la fonction vierge qui resonne avec la sobriété heureuse à laquelle nous sommes tous conviés

     

    CARTE DU CIEL HELIOCENTRIQUE

     

     

    PLEINE LUNE DU 22 AVRIL 2016 GREENWICH, CARTES DU CIEL HELIO ET GEO

    Lors de cette pleine Lune, l'univers donne une puissance particuliere à Jupiter en Vierge tant en astro hélio qu'en astro  Géocentrique avec, en hélio, une conjonction de Jupiter à Mercure ....qui se transforme en géo en un trigone de Terre de Mercure Taureau à Jupiter Vierge ...

    Concretement , l'intention helio qu'un bond de conscience mentale purifiée et spiritualisée de l'humanité doit s'opèrer sur Terre  pour lui permettre de s' elever   en geo ...par une purification consciente de la maniere dont nous materialisons nos desirs

     

    CARTE DU CIEL GEOCENTRIQUE

     

    Le Soleil éclaire  le 2 degré du Taureau : UN ORAGE AUX ECLAIRS SPECTACULAIRES

     

    William Turner est né avec le Soleil sur ce degré

    la puissance des orages à fait exploser en lui les limites jusqu alors etablies en peinture pour ouvrir l'art à la fluidité lumineuse qui  permet de montrer l'interconnexion de tous les éléments de l'univers ; il ouvrira ainsi la voie à l'impressonnisme .


    Cette image nous rappelle que l'Energie cosmique est capable de transformer l'existence naturelle dans son contenu.

    Cette puissance céleste contraint la personnalité emprisonnée dans sa forme terrestre à accepter sous l'effet de la peur les potentialités spirituelles propres à cette destinée cosmique supérieure

    Cette expérience peut illuminer ou détruire selon que l'être touché transcende sa crainte ou reste prisonnier de sa peur .

    Seul la confiance entière et inconditionnelle à l'amour divin permet cette transcendance .

    Barbara avait son chemin de vie sur ce degré et tout son théme aspirait à cette merveilleuse transcendance qu'elle communiqua par ces poesies ,

    sa voix et sa musique en suscitant amour et respect ..

    Après avoir souffert de l'orage qui s abbatit sur elle par l'acte de viol de son père , elle transforma peurs et douleurs en musique de l'âme.

     

    La Lune reflète,en messagère de son union avec le soleil à la nouvelle Lune , cette puissance solaire au 2 degré Scorpion

    UN JOLI FLACON BRISE D'OU EMANENT LES EFFLUVES D'UN PARFUM DELICAT

    Ce degré souligne le caractère fortuit des circonstances qui nous poussent à rompre avec un passé dont le souvenir douloureux nous étreint encore .

    Il nous parle de la difficulté d'aborder son passé lorsque l'on rentre dans un nouvel univers émotionnel et sentimental . A l'excitation, la joie, la curiosité que peuvent apporter les nouveautés,repondent les souvenirs de la grâce passée que l'on a perdue ou abandonnée

    La nouvelle Lune d'avant la naissance de Dostoievsky éclaire ce degré

    http://happybirthdaysoleil.eklablog.com/#!/ne-un-11-novembre-dostoievsky-a3705605

     

     

     

     

     

     

     

     

    PLEINE LUNE DU 22 AVRIL 2016 GREENWICH, CARTES DU CIEL HELIO ET GEO


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  • L'Asteroide Conscience , découvert le 25 Avril 1998

    L'asteroide (12524) Conscience se situe en Gémeaux et en Maison 6 lors de sa découverte ,le domicile de la Vierge , celui justement ou nous developpons notre capacité à prendre du recul avec nous même , et ou nous créons notre observatoire de conscience , là ou pouvons nous observer en train de nous servir de notre mental

     

     

    L'Asteroide Conscience , découvert le 25 Avril 1998

     

     

    " Science sans Conscience n'est que ruine de l'âme"

     

    Rabelais

     

     

     

     


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  • Découvert le 25 avril 1998, l'asteroide 12524 Conscience, entre le 30 degré Scorpion et le 1er degré Sagittaire au regard du yi king astrologique

    Élévation de la conscience au dessus des contingences matérielles

    Béatrix Viard

    Vie Art Photographie

     

    Ps : Photo prise à Biot dans les reflets d'une vitrine d'artiste en verre soufflé

     

     

    Science sans conscience n'est que ruine de l'âme

    Rabelais

     

    La position de conscience dans le ciel astral  le jour de sa découverte est très rabelaisienne...

    Victor Hugo disait en effet de rabelais :

    Rabelais que nul ne comprit
    Il berce Adam pour qu'il s'endorme
    Et son éclat de rire énorme
    Est un des gouffres de l'esprit.

    Victor HUGO

     

    Sur un degré de fête et de plaisanterie enfantine, Conscience nous est livrée comme Rabelais nous la livrait :

     

    Ici n’entrez pas, hypocrites, bigots, 
    Vieux matagots, marmiteux, boursouflés, 
    Torcols, badauds, plus que n’étaient les Goths,
    Ou les Ostrogoths, précurseurs des magots, 
    Porteurs de haires, cagots, cafards empantouflés. 
    Gueux emmitouflés, frappards écorniflés, 
    Bafoués, enflés, qui allumez les fureurs; 
    Filez ailleurs vendre vos erreurs.

    Ces erreurs de méchants 
    Empliraient mes champs 
    De méchanceté 
    Et par fausseté 
    Troubleraient mes chants, 
    Ces erreurs de méchants.

    Ici n’entrez pas, juristes mâchefoins, 
    Clercs, basochiens, qui le peuple mangez, 
    Juges d’officialité, scribes et pharisiens, 
    Juges anciens qui les bons paroissiens
    Ainsi que des chiens jetez au charnier; 
    Votre salaire est au gibet. 
    Allez-y braire; ici, il n’y a nul excès 
    Qui puisse en vos cours susciter un procès.

    Pour procès et débats, 
    Il n’y a guère de lieu d’ébat 
    Ici où l’on vient s’ébattre; 
    Pour votre soûl débattre, 
    Puissiez-vous avoir plein cabas 
    De procès et débats.

     

    12524 Conscience

    Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
    Conscience
    Nombre 12524
    Date de découverte 25 avril de 1998
    Découvert par Eric Elst
    Catégorie Ceinture principale
    Éléments orbitaux
    arbre d'essieu plus élevées 2.3190673 UA
    Perélio 1.8669663 UA
    Aphélie 2.7711683 UA
    Excentricité 0.1949495
    Période orbitale 289,92 1 d (3,53 en )
    Vitesse orbitale 19.55852391 km / s
    Inclination 0,74415º

    Conscience (astéroïde 12524) est un astéroïde de la ceinture principale , le 1,8669663 UA . Il a une excentricité de 0.1949495 et période orbitale de 1 289,92 jours (3,53 ans ).

    Conscience a une vitesse orbitale moyenne de 19.55852391 km / s et une pente de 0,74415º. [1]

    Cet astéroïde a été découvert le 25 Avril de 1998 par Eric Elst .

    Icône de bout Cet article d' astéroïdes est un croquis . Vous pouvez aider Wikipedia en le développant .

    Voir aussi

    Liens externes

     

    Rare 12522 | | 12524 Conscience | | 12526 de Coninck

    Références

    1. 12 524 Conscience (en anglais ) de la NASA. Joué le 22 Décembre 2013.

     

     

    CARTE DU CIEL GEOCENTRIQUE

     

    Le caractere alchimique et trasformable de la conscience humaine est donné, non sans humour, par l'endroit où l'asteroide baptisé de ce nom se situe dans son ciel de découverte , à savoir entre les degrés 30 Scorpion et 1er Sagittaire ...en transition entre les deux signes , montrant bien que prendre conscience c'est progresser vers la pensée positive sagittairienne ...sage et terrienne ... en acceptant une remise en cause continuelle ...

     

    Le 30 degré Scorpion est un degré qui montre des enfants en costume de carnaval prenant le temps de rire franchement en se detachant par le jeu theatral des roles sociaux imposés ... et le 1er degré sagittaire celui d'anciens combattants qui se rappellent ce qui fut positif dans la lutte pour l'évolution humaine ..

    Remise en cause de la comédie humaine pour ne garder que l'essentiel de la pensée ....

    Tel est le chemin d'une conscience saine

     

    Le ciel de nouvelle Lune  était éclairé par un Soleil à 5 degré Taureau nous ramenant à la mission terrestre ....totalement impermanente... de cette conscience , degré qui nous montre " une veuve éplorée devant un tombeau ouvert "....

    Mercure en Bélier nous rappele lui aussi qu'être conscient c'est rester concentré sur l'instant présent ...Ici et maintenant car tout est impermanent ...

    Très interessante est aussi l'opposition Vesta Conscience qui permet  un beau face à face Taureau Scorpion sain , drole et pur  comme peut l'être une plaisanterie enfantine vierge de la manipulation malsaine qu'hélas on attribue à tort au Scorpion quand l'énergie de ce signe est déviée par les désirs humains avilissants ...et dont le ciel astral n'est en rien responsable.

    Ici Venus et Jupiter en Poissons rappèlent que notre désir ( venus)  le plus cher d'être un en conscience globale ( poissons ), d'être éveillé-és  , doit être de garder notre foi la plus profonde ( Jupiter )  dans l'ordre cosmique ( poissons )

     

    •  
      L'ascendant du moment de la découverte de conscience est également très parlant en capricorne :
       
       
      13 degré capricorne : Un adorateur du feu médite sur la réalité ultime de l'existence ! ...quête intérieure de principes fondamentaux par delà le jeu de la vie et de la mort ...la quête des lois universelles ..
      14 degré Un bas relief antique gravé dans le granite témoigne d'une culture depuis longtemps oubliée ....aller aux sources des seules valeurs immortelles et importantes pour l'humanité

     

     

     

    30 degré Scorpion et le 1er degré sagittaire au regard du yi king astrologique

    30 degré Scorpion et le 1er degré sagittaire au regard du yi king astrologique

     

     

    CARTE DU CIEL HELIOCENTRIQUE

     

    Conscience en Hélio nous rappelle que nous ne sommes que des canaux de transmission des forces célestes :

    Le 19 degré Scorpion

    " Un perroquet répète la conversation qu'il a apprise "

    Rappelons que contrairement aux vielles croyances,le perroquet n'apprend pas bêtement et ne répète pas bêtement  ..

    Il canalise  avec beaucoup d'amour des phrases que ses capacités naturelles lui permettent de retenir.

    20 degré Scorpion

    " Une femme écarte les rideaux sombres masquant l'entrée d'un sentier sacré "

    Ce qui s'étend au delà de la connaissance dualiste est révélé à la conscience humaine 

    Ceci en fait ne peut donc s'opérer que lorsque notre conscience spirituelle a admis qu'elle n'est que canal dans les mains du divin ....et que la conscience humaine est , quant à elle, celle qui nous permet, en géocentrique, de tenir notre juste place humaine , conscient-es de nos  limites.... dont nous pouvons plaisanter et rire , de notre rôle social important mais limité.

     

    Béatrix Viard

     


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  • Découverte le 25 Avril 1953 , l'ADN

     

    la molecule d'adn et son découvreur James Watson

     

    L'ASTEROIDE 55555 A ÉTÉ NOMMÉE ADN

     

     

     ET SA POSITION SUR 26 DEGRE GEMEAUX ( le jour de la decouverte de l'adn par l'humanité )   , 

    FACE A LA PORTE DES ETOILES ELLE MEME SUR LE 27 DEGRE SAGITTAIRE, SUR CE SYMBOLE TELLEMENT PARLANT,

    NE PEUT QUE NOUS EMOUVOIR : 

    " Des arbres couverts de givre se détachent sur un ciel d'hiver"

    DOMINANTE DE CE DEGRE : LA STRUCTURE ARCHETYPIQUE ET LE RYTHME FONDAMENTAL DE L'EXISTENCE SE RELEVE !

    Le commentaire de Dane Rudhyar est tellement parlant au regard de l'ADN que la poésie cosmique nous touche au plus profond du coeur :

     

    " A ce troisième niveau d'" extériorisation" , c'est le moment de rechercher certains archétypes et formes pures d'identité, certaines images types de la culture ( les symboles Ur chez Splenger ) . On se détache des choses extérieures . A ce pas supplémentaire après l'"élagage" , on abandonne en somme les aspects superficiels de l'existence . La nature, cycliquement , nous aide à parvenir à cette réalité sans fard. Non qu'il s'agisse du vide( SUNYA) AU SENS DU BOUDDHISME, mais plutôt de l'essence même de notre être , notre vérité intrinsèque qui, dans sa forme pure, constitue la forme constructrice sous jacente à des traits exterieurs - Tout ce qui appartient au domaine de la " feuille" " 

     

    SEQUENCE 18/ GRADE 1 : Cette étape peut se décrire , en ce sens , comme un stade de rejet ascétique , mais c'est aussi une phase de RETOUR A L'ESSENTIEL "

     

    Dane Rudhyar

     

    Le degré suivant 27 Gémeaux nous indique l'effet de cette découverte sur la conscience humaine

     

    " Un romanichel sort de sa la forêt ou campe sa tribu "

     

    Cette découverte va enclancher une participation à un système plus vaste d'organisation rationnelle

    Une repolarisation fondamentale est en oeuvre ! La pensée se réaxe ....

     

     

     

    Découverte le 25 Avril 1953 , l'ADN

     

    DECOUVERTE MOLECULE ADN CARTE HELIOCENTRIQUE MARQUE PAR LE PUISSANT QUINCONCE GUERISSEUR DE TRANSCENDANCE MENTALE DEMANDE PAR PLUTON SUR L'AXE LION CAPRICORNE

    S'OUVRIR A UNE NOUVELLE DIMENSION , CELLE DE  LA CONSCIENCE SOLAIRE DANS LA STRUCTURE !

    Découverte le 25 Avril 1953 , l'ADN

    DECOUVERTE ADN CARTE GEOCENTRIQUE

     

    Le degré Solaire du 25 Avril 1953 est tout aussi parlant :

    5 degré Taureau : " UNE VEUVE EN PLEURS DEVAVT UN TOMBRAU OUVERT "

    Cette image nous place face au vide et à l'impermanence de tous les liens materiels et sociaux en nous conduisant à rejeter toutes les croyances passées que la découverte de l'ADN va conduire à enterrér pour une ouverture de conscience bouleversante renversant toutes les divisions raciales ....

    Nous placant face à nos origines communes à toutes les espèces elle nous incite à une profonde humilité pour laquelle   la vidéo ci dessus est un merveilleux booster

     

     

    Découverte le 25 Avril 1953 , l'ADN

    LE DOCTEUR WATSON , SON DECOUVREUR

     

     


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  •  

    Pleine Lune du 25 Avril 2013 Géocentrique et Héliocentrique

    Pleine Lune du 25 Avril 2013

    HELIOCENTRIQUE

    Carte du ciel marquée par le fort quinconce d'Uranus à la Terre et à la Lune qui nous appelle à transcender nos limites de co créativité quotidienne dans un climat d'entraide sociale pour repondre aux besoins terrestre et concrets des plus démunis ( scorpion ) quelque soit le niveau du besoin, physique , mental ou spirituel ...Les escroqueries des gouvernants pour leur propre compte continueront de faire la une de plus en plus fortement. L'amas compassionnel en POissons va trouver des resonnances terrestres très concretes

    Pleine Lune du 25 Avril 2013 GÉOCENTRIQUE ET HÉLIOCENTRIQUE

     Sont éclairés les 5 degré Taureau et 5 degrè Scorpion respectivement par le Soleil et la Lune

    "Une veuve en pleur devant un tombeau ouvert" :

    Impermanence de tous les liens materiels et sociaux

    ICI S'OUVRENT LES PORTES D'UN RENOUVEAU SI NOUS ACCEPTONS DE REJETER LE PASSE

    5 degré SCORPION

    "De grands rochers sur le rivage resistent au deferlement des vagues"

    Inertie de toute règle érigée en dogme

    Ce symbole nous montre combien la vie en communauté peut nous lier et nous contraindre et en même temps nous assurer force et stabilité, facteur necessaires à la vie sociale humaine et terrestre , jusqu'à ce que fasse signe de nouveaux horizons .

     

     

     

    POUR REPONDRE  A LA NOUVELLE LUNE AUX FORTES VALEURS DE CONSCIENCE COMPASSIONNELLE LA PLEINE LUNE NOUS BAIGNE DANS UNE ATMOSPHERE D'EXTREME CONCENTRATION TRES REALISTE ET TERRE A TERRE POUR ORGANISER NOS ENERGIES AU SERVICE DE L'HARMONIE UNIVERSELLE  DANS UNE EXTREME CONCENTRATION TRES ACTIVE 

    PLUTON SEXTILE A CHIRON CONJOINT NEPTUNE SOUTIENT CETTE FEBRILITE ET CETTE TENSION PSYCHIQUE TRANSFORMATRICE ET GUERISSEUSE

    UN SUPERBE TRIGONE D'URANUS MERCURE A LA CONJONCTION SATURNE LUNE EN MAISON 12 DPNNE TOUTE LA FORCE CREATIVE ORIGINALE A CETTE PUISSANTE  TENSION  MENTALE

     

    ET LE CANCER EN HUIT RECOIT POUR HONNORER CETTE PLEINE LUNE, CERES CONJOINTE A L'ASTEROIDE COMPASSION

     

    Découverte le 25 Avril 1953 , il y a soixante ansqui donne tout son sens au 5 ème degré du Taureau

    L'ADN ! Voir l'article ci dessus

     

     


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  •  

     

    Nouvelle Lune du 21 Avril 2012, de nouveau un puissant triangle de Terre!

     

     

     

    RAPPELONS NOUS QUE LORS DE CETTE DERNIERE PLEINE LUNE D'AVRIL LE CIEL ASTRAL DANS SA RYTHMIQUE DE CROISSANCE INTERIEURE  NOUS A RAMENE SUR LE CHEMIN DE   CONSCIENCE DE TOUT CE QUI EMPRISONNE ENCORE EN MAISON DOUZE NOTRE UNION ENERGETIQUE

     

    VERS LA QUIETUDE DE L'EVEIL  !

    Nouvelle Lune du 21 Avril 2012, de nouveau un puissant triangle de Terre!

     

    C'est encore  sous la force  d'un puissant triangle de Terre formé par la Lune et le Soleil en Taureau , Mars en Vierge et Pluton Capricorne  que débute ce nouveau  cycle soli Lunaire de fin avril !

     

    Cette insistance de l'univers à nous "concretiser" , nous " materialiser"sa puissance plutonienne et alchimique doit nous interpeler profondement !

     Cette prise de terre est là pour nous permettre de recevoir une énergie de transcendance qui  , comme un courant electrique trop fort nous ferait disjoncter sans elle !


    En effet nombreux facteurs nous informent d'une puissance en chi exceptionnelle émanant de notre système solaire !


    En tout premier lieu la Lune et le Soleil qui opèrent le transit entre les un et deux degrés Taureau très toniques :

    1°UN CLAIR RUISSEAU DE MONTAGNE 

    "A ce stade la matière (Taureau) est encore imprégnée d'une grande énergie potentielle , l'énergie étant matière à sa source .Elle s'avance vers son destin tel un flot irresistibe, c'est simplement sa nature"


    2° un orage aux eclairs spectaculaires

     Dominante : Energie cosmique capable de transformer l'existence naturelle dans son contenu

    L'union soli lunaire nous renvoie également à nouveau à la puissance vénusienne de ce cycle tout aussi importante que pour le cycle précédent , Vénus etant maitresse de la Lune et du Soleil en Taureau et se levant conjointe à Urania qui en amplifie l'énergie sur l'ascendant Gémeaux!

     

    Nous continuons à devoir mentaliser, conscientiser , Gémeaux , tout ce qui peut ecore empecher l'union soli lunaire de rayonner au coeur de notre quotidien terrestre .Saturne Balance opposé à la rencontre des luminaires soutient ce travail alchimique de reorganisation de l'équilibre yin et yang de chaque créature . 

     

    Urania est encore trop rarement évoquée dans cette puissante montée du  féminin sacré ;

    Elle va pourtant nous rappeler à elle : positionnée très exactement sur l'ascendant, elle va participer en pleine conscience d'une puissante montée en force des énergies féminines , pacifiques  et unificatrices  des pôles yin et yang de chaque humain

     

    " Des couples dansent lors d'une fête des moissons"

    Degré de refonte Bio Energétique impérieuse

     

    Trois oisillons dans leur nid perché en haut d'un arbre"

     

    Degré d'intégration créatrice

     

    Peut on plus joli appel à un  saut quantique de conscience unificateur  de notre mental humain trop souvent dispersé ?

     

    TOUTE LA FORCE TERRIENNE DE CETTE UNION SOLI LUNAIRE EST PUISSAMENT RELIEE A MERCURE

      UNI QUANT A LUI

    PAR UN INTENSE  QUINCONCE DE TRANSCENDANCE A URANUS

    ET PAR UNE TOUT AUSSI PUISSANTE OPPOSITION A MARS RETROGRADE EN VIERGE !

    Les degrés sabians qu'eclaire Mercure (conjoint Uranus, ne l'oublions pas ) sont tout aussi éloquant et tellement en symbiose avec ceux d'Urania que cela en est très émouvant :

     

    Deux amoureux flanent sur un chemin écarté

     

    Degré de Polarisation dynamique et irrésolue

     

    "Un triangle arborant des ailes"

    Degré sur lequel est envisagé une nouvelle dimension de l'être qui requiert un effort créatif 


    Les structures du vieux monde continuent de s'effondrer sous l'emprise de Pluton , le nouveau monde est en marche entrainé par Uranus en Bélier qui, dans ce signe,  nous ouvre pleins de portes vers de nouvelles energies libres qui vont participer à transformer nos rapports à la terre et à la matière en élaguant et purifiant tout ce qui dans nos cerveaux et notre conscience n'est plus en phase avec les besoins de nos enfants et adolescents, le héritiers de nos engagements.

     

     

     


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  •  Notre analyse psycho astrologique

     

    Née un 24 avril, Barbara Streisand, Taureau ascendant Bélier

     

    Barbra Streisand née Barbara Joan Streisand, le 24 avril 1942 à Brooklyn, New York est une admirable chanteuse, actrice, réalisatrice et productrice américaine.

    Son Soleil fait le bond entre les 3° et 4°  du Taureau qui d'un " escalier naturel conduisant à un parterre de trèfle en fleurs  , degré d'accomplissement naturel, LA mène au " pot d'or au pied de l'arc en ciel", degré de communion entre Sa nature céleste et Sa nature terrestre .

    CE SAUT QUANTIQUE ILLUSTRE ADMIRABLEMENT  LA CARRIERE MERVEILLEUSE DE BARBRA QUI NOUS OFFRE CETTE COMMUNION A TRAVERS CHACUNE DE SES CHANSONS

     

     

     

    Biographie de Barbra Streisand

    Barbara Joan Streisand, dite Barbra Streisand, née le vendredi 24 avril 1942 à Brooklyn, New York (source pour son heure de naissance : Steinbrecher, Astrodatabank) est une chanteuse, actrice, réalisatrice, auteure et productrice américaine.

    Elle a remporté deux Oscars1, huit Grammy Awards, cinq Emmy Awards dont un Daytime Emmy, un Tony Award d'honneur, l'American Film Institute award, le Kennedy Center Honors award4, un Peabody Award, et est l'une des rares artistes à avoir remporté l'Oscar, l'Emmy, le Grammy, et un Tony Award.

    Elle est l'une des artistes ayant vendu le plus de disques, avec plus de 71,5 millions d'albums vendus aux États-Unis et plus de 140 millions d'albums vendus dans le monde entier. Elle est l'artiste féminine la mieux classée sur la Recording Industry Association of America's (RIAA) Top Selling Artists list, ainsi que la seule femme du top ten, et la seule artiste n'appartenant pas au genre de musique rock & roll7. Avec Frank Sinatra, Cher, and Shirley Jones, elle est la seule artiste à avoir remporté un Oscar du meilleur acteur et à avoir au moins un album numéro 1 au classement Billboard Hot 100.

    Selon la RIAA, Streisand détient le record du nombre d'albums ayant été dans le top ten – un total de 31 depuis 19638. B. Streisand détient aussi le record de longévité (48 ans) entre son premier et son dernier album du top-ten. Avec son album Love Is the Answer, elle devient la seule artiste à détenir un album numéro un des ventes sur cinq décennies consécutives. Selon la RIAA, elle a enregistré plus de 51 disques d'or, 30 disques de platine, et 13 disques multi-platine aux États-Unis.

    Sa famille

    Les parents de Barbra sont Diana et Emanuel Streisand. Elle a un frère prénommé Sheldon J. Streisand et une demi-sœur, également chanteuse, qui s'appelle Roslyn Kind. Le jeudi 21 Mars 1963 Barbra épouse Elliot Gould alors âgé de 24 ans et elle de 20 ans mais ils divorcent le mercredi 9 juillet 1971. Est né de cette union un garçon Jason Emanuel Gould.. Le mercredi 1 juillet 1998 Barbra se marie en secondes noces avec James Brolin alors âgé de 57 ans et Barbra de 56 ans.


    Sa vie
    Barbra Streisand en 1962.

    Née dans le quartier de Brooklyn à New York, au sein d'une famille juive ashkénaze, Barbra Streisand grandit auprès de son beau-père,Louis Kind, instituteur, jugé violent, et de sa mère, Diana (née Ida Rosen),secrétaire scolaire, absente et peu réconfortante. Son véritable père, Emanuel Streisand est mort d'une complication d'une crise d’épilepsie quand elle avait un an. Elle sait très vite qu’elle veut faire du théâtre ou du cinéma : elle imite les publicités qui passent à la télévision et elle passe ses après-midi dans les salles obscures, à avaler tous les films, quels qu’ils soient.

    Adolescente, elle abandonne les études après sa dernière année de collège pour chanter dans un nightclub. Elle réalise son premier disque amateur à 13 ans, participe à plusieurs pièces de théâtre entre l'été 1957 et l'été 1959 et remporte son premier concours de radio crochet en 1960, à l'époque où elle décide de supprimer le deuxième « a » de son prénom. Elle fait sa rentrée à partir de septembre 1960 au night-club de New York Bonsoir.

    En 1961, on la sollicite partout. Elle voyage entre les clubs (Détroit, Saint-Louis, New York et même au Canada) et la radio, puis apparaît pour la première fois à la télévision dans The Jack Paar Tonight Show le 5 avril 1961 sur la chaine NBC.

    Engagée en 1962 sur I Can Get It For You Wholesale. La pièce est un succès et pour sa première apparition à Broadway, Barbra Streisand remporte le New York Drama Critics Award de la meilleure actrice dans un second rôle et est nommée pour un Tony Award.

    Son 1er album, sorti de chez Columbia Records de son premier disque, The Barbra Streisand Album en 1963, remporte trois Grammy Awards (Album de l'Année, Vocaliste Féminine de l'Année et Meilleure Couverture).

    Ses qualités de chanteuse séduisent la Columbia, qui lui fait signer un contrat en 1962. Elle décroche le premier rôle dans la comédie musicale Funny Girl (1964), retraçant la carrière de Fanny Brice, célèbre comédienne à Broadway du temps des Ziegfeld Follies. Cette pièce devient très vite un énorme succès de Broadway. Son interprétation lui apporte sa deuxième nomination aux Tony Awards.

    Chanteuse très populaire maintes fois récompensée aux Grammys, Barbra Streisand écume les scènes et contribue à plus d'une soixantaine d'albums tout au long de sa carrière, comprenant des reprises de succès du Broadway des années 1920-1930, des interprétations de grands standards de jazz ou de musique pop des seventies, des bandes originales de films. Ce n'est alors pas un hasard si sa première apparition à l'écran est dans la comédie musicale Funny Girl, adaptation de son succès sur scène réalisée en 1968 par William Wyler. Ce rôle lui rapporte un Oscar (gagné ex æquo avec Katharine Hepburn).

    L'actrice domine de sa voix les comédies musicales Hello, Dolly ! (1969), Funny Lady (1975) ou encore Une étoile est née (1976) dont la chanson phare : Evergreen, lui permet d'obtenir l'Oscar de la meilleure chanson originale. Mais son parcours sur grand écran est également rythmé par des comédies classiques (La Chouette et le pussycat, 1970 ; Ma femme est dingue, 1974; Mon beau-père, mes parents et moi, 2003) et des films à tonalité dramatique (Nos plus belles années, 1973 et sa chanson The Way We Were ; Cinglée, 1987).
    Barbra Streisand en 1995.

    Barbra Streisand a produit une série de 4 shows télévisés novateurs entre 1965 et 1973, sur CBS, et dont elle a entièrement contrôlé l'aspect artistique. Entièrement dédiés à Streisand, les 3 premiers shows sont structurés en 3 parties distinctes dont une au moins consistait en une prestation dans les conditions du direct devant un public.

    My Name Is Barbra, diffusé le 28 avril 1965, est couronné par 2 Emmy Awards et un énorme succès d'audience. Color Me Barbra (30 mars 1966) dont une partie au Philadelphia's museum of arts, puis The Belle of 14th Street rendant hommage au vaudeville américain (11 octobre 1967) suivent avec le même succès.

    Pour le 4e show, Barbra Streisand ...and other musical instruments (2 novembre 1973), Streisand revient à un format one woman show avec un invité de marque : Ray Charles, avec qui elle chante en duo 3 chansons. Le thème de ce show : la diversité des instruments de musique et des cultures musicales à travers le monde, et la place de la voix comme instrument à part entière. À ce titre, elle tient une note de 22 secondes à la fin de I Got Rhythm Medley.

    Barbra Streisand, passe à trois reprises à la réalisation : avec la comédie Yentl en 1983 (adaptée d'une nouvelle de Isaac Bashevis Singer) pour laquelle elle remporte le Golden Globe du meilleur film de comédie et est nominée pour le prix du pire acteur (elle joue un travesti) des Razzie Awards, puis les comédies romantiques Le Prince des marées (1991) et Leçons de séduction (1996). La comédienne dévoile ainsi une facette plus personnelle, prouvant une nouvelle fois son insatiable éclectisme.

    En 2008, personne n'oublie qu'elle est l'artiste féminine qui a vendu le plus d'albums aux États-Unis11 : la Recording Industry Association of America (RIAA) comptabilisait 71 millions d'albums vendus depuis 1963, dont 50 albums ont été certifiés d'Or, 30 de Platine, 13 multi Platine, et récompensés par 8 Grammy Awards ; seul Elvis Presley et Michael Jackson ont fait mieux. C'est également la seule artiste à avoir couvert 5 décennies en ayant au moins un album placé n° 1 du Top 100 pour chacune d'elles. Au cinéma, elle a été récompensée par 2 Oscars et 9 Golden Globes.

    Elle a reçu, le jeudi 28 juin 2007 à l'Élysée les insignes d'officier de la Légion d'honneur. Le président de la République Nicolas Sarkozy étant grand fan de la star a prononcé une allocution au cours de laquelle il lui a rendu hommage et témoigné de « l'attachement des Français à cette femme d'exception, amoureuse de la France, qui, après 47 ans de carrière, a donné, pour la première fois à Paris, un inoubliable concert », le 26 juin, accompagnée d'un orchestre de 58 musiciens et de quatre chanteurs de Broadway devant quelque dix mille personnes. Démocrate convaincue, très critique contre la politique de George W. Bush, Streisand a toujours assisté aux congrès du parti dont elle est membre et soutenu ses différents candidats aux élections. En 2008, elle a soutenu Hillary Clinton, pour les primaires à la nomination démocrate aux présidentielles.

    En janvier 2011, Arthur Laurents annonce que la star devrait incarner le rôle de Madame Rose dans une prochaine adaptation de Gypsy, comédie musicale de Arthur Laurents, Jule Styne et Stephen Sondheim, produite par Joel Silver. Il est par la suite confirmé, en mars 2012, que le projet est sur les rails, et que Julian Fellowes a été engagé pour écrire la version finale du script.

    Le nouveau long-métrage de la star, la comédie The Guilt Trip, réalisée par Anne Fletcher et où Barbra Streisand donne la réplique à Seth Rogen, est sorti le 19 décembre 2012 aux États-Unis ; cette comédie sur les rapports mère-fils lors d'un road movie à travers les Etats-Unis devrait prochainement sortir en France.

    De 1963 à 1971, elle a été l'épouse de l'acteur Elliot Gould, dont elle a eu un fils, Jason Gould.
    Filmographie sélective

    1968 : Funny Girl de William Wyler
    1969 : Hello, Dolly ! de Gene Kelly
    1970 : Melinda (On a Clear Day You Can See Forever) de Vincente Minnelli
    1970 : La Chouette et le pussycat (The Owl and the Pussycat) d'Herbert Ross
    1972 : Up the Sandbox d'Irvin Kershner
    1972 : On s'fait la valise, Docteur ? (What's Up, Doc?) de Peter Bogdanovich
    1973 : Nos plus belles années (The Way We Were) de Sydney Pollack
    1974 : Ma femme est dingue (For Pete's Sake) de Peter Yates
    1975 : Funny Lady d'Herbert Ross
    1976 : Une étoile est née (A Star is Born) de Frank Pierson
    1979 : Tendre combat (The Main Event) d'Howard Zieff, également productrice
    1981 : La Vie en mauve (All Night Long) de Jean-Claude Tramont
    1983 : Yentl, également réalisatrice
    1986 : Directed by William Wyler (documentaire)
    1987 : Cinglée (Nuts), également productrice
    1990 : Listen Up: The Lives of Quincy Jones (documentaire)
    1991 : Le Prince des marées (Prince of the Tides), également réalisatrice
    1996 : Leçons de séduction (The Mirror has Two Faces), également réalisatrice (remake du Miroir à deux faces d'André Cayatte en 1958)
    2004 : Mon beau-père, mes parents et moi (Meet the Fockers) de Jay Roach
    2010 : Mon beau-père et nous (Little Fockers) de Paul Weitz
    2012 : The Guilt Trip d'Anne Fletcher

    Discographie

     


    Albums

    1963 : The Barbra Streisand Album
    1963 : The Second Barbra Streisand Album
    1964 : The Third Album
    1964 : People
    1965 : My Name Is Barbra
    1965 : My Name Is Barbra, Two...
    1966 : Color Me Barbra
    1966 : Je m'appelle Barbra
    1967 : Simply Streisand
    1967 : A Christmas Album
    1969 : What About Today ?
    1970 : Stoney End
    1971 : Barbra Joan Streisand
    1973 : Barbra Streisand... And Other Musical Instruments
    1974 : The Way We Were
    1974 : ButterFly
    1975 : Lazy Afternoon
    1976 : Classical Barbra (réédition incluant deux titres inédits en 2013)
    1977 : Streisand Superman
    1978 : Songbird
    1979 : Wet
    1980 : Guilty
    1984 : Emotion
    1985 : The Broadway Album
    1988 : Till I Loved You
    1993 : Back to Broadway
    1997 : Higher Ground
    1999 : A Love Like Ours
    2001 : Christmas Memories
    2003 : The Movie Album
    2005 : Guilty Pleasures
    2009 : Love Is the Answer
    2011 : What Matters Most
    2012 : Release Me

    Trames sonores

    1968 : Funny Girl (trame du film Funny Girl)
    1975 : Funny Lady (trame du film Funny Lady)
    1976 : A Star is Born (trame du film A Star is Born)
    1979 : The Main Event (trame du film The Main Event)
    1983 : Yentl (trame du film Yentl)
    1996 : The Mirror Has Two Faces (trame du film The Mirror Has Two Faces)

    En concert

    1968 : A Happening in Central Park
    1972 : Live Concert at the Forum
    1987 : One Voice
    1994 : The Concert
    2000 : Timeless : Live in Concert
    2009 : The Concerts : coffret de 3 DVD comprenant Live in Concert 2006 (Fort Lauderdale, Floride, octobre 2006), The Concert - Live at the Arrowhead Point, Anaheim (juillet 1994) et des bonus (making of du Broadway Album et extraits de shows télévisés de 1965 à 1973).
    2010 : One Night Only : Barbra Streisand and Quartet at The Village Vanguard

    Compilations

    1970 : Barbra Streisand's Greatest Hits
    1978 : Barbra Streisand's Greatest Hits Vol. 2
    1981 : Memories
    1989 : A Collection : Greatest Hits... and More
    1991 : Just for the Record...
    2002 : The Essential Barbra Streisand
    2002 : Duets
    2010 : Barbra : The Ultimate Collection

    Prix Musicaux

    Le travail de Barbra Streisand lui a valu plus de 57 nominations aux Grammy Awards, avec 15 victoire à la clé, dont deux prix honorifiques. Elle a été incluse dans le Grammy Hall of Fame à trois reprises, et s'est vu décerner le prix MusiCares Person of the Year par la Grammy Foundation en 2011.
    Année Prix Catégorie Chanson/Album Résultat
    1963 Grammy Awards Album of the Year The Barbra Streisand Album Lauréat
    Best Female Vocal Performance Lauréat
    Record of the Year "Happy Days Are Here Again" Nomination
    1964 Best Female Vocal Performance People Lauréat
    Album of the Year Nomination
    Record of the Year Nomination
    1965 Best Female Vocal Performance My Name Is Barbra Lauréat
    Album of the Year Nomination
    1966 Best Female Vocal Performance Color Me Barbra]' Nomination
    Album of the Year Nomination
    1968 Best Contemporary-Pop Vocal Performance Funny Girl Soundtrack Nomination
    1970 AGVA Georgie Award Entertainer of the Year — Lauréat
    1972 Grammy Awards Best Pop Female Vocal Performance "Sweet Inspiration / Where You Lead" Nomination
    AGVA Georgie Award Singing Star of the Year — Lauréat
    1975 People's Choice Awards Favorite Female Singer of the Year Lauréat
    1976 Grammy Awards Best Classical Vocal Soloist Performance Classical Barbra Nomination
    1977 Best Pop Female Vocal Performance "Evergreen (Love Theme from A Star Is Born)" (dUne Etoile Est Née) Lauréat
    Song of the Year Lauréat
    Record of the Year Nomination
    Best Original Score – Motion Picture or Television Special Nomination
    AGVA Georgie Award Singing Star of the Year — Lauréat
    1978 Grammy Awards Best Pop Female Vocal Performance "You Don't Bring Me Flowers" (avec Neil Diamond) Nomination
    1979 Record of the Year Nomination
    Best Pop Vocal Performance – Duo, Group, or Chorus Nomination
    1980 Guilty (with Barry Gibb) Lauréat
    Album of the Year Nomination
    Record of the Year "Woman in Love" Nomination
    Best Pop Vocal Female Performance Nomination
    AGVA Georgie Awards Singing Star of the Year — Lauréat
    1985 People's Choice Awards Favorite All-Around Female Entertainer Lauréat
    1986 Grammy Awards Best Pop Vocal Female Performance The Broadway Album Lauréat
    Album of the Year Nomination
    Best Instrumental Arrangement Acompanying Vocal "Being Alive" Nomination
    1987 Best Pop Vocal Female Performance One Voice Nomination
    Best Music Video Performance Nomination
    1988 People's Choice Awards Favorite All-Time Musical Performer — Lauréat
    1991 Grammy Awards Best Traditional Pop Vocal Performance "Warm All Over" Nomination
    1992 Grammy Legend Award — Prix Honorifique
    1993 Best Traditional Pop Vocal Performance Back to Broadway Nomination
    1994 Grammy Lifetime Achievement Award — Prix Honorifique
    Best Traditional Pop Vocal Performance Barbra: The Concert Nomination
    Best Pop Vocal Female Performance "Ordinary Miracles" Nomination
    1997 Best Pop Collaboration With Vocals "Tell Him" (avec Celine Dion) Nomination
    "I Finally Found Someone" (avec Bryan Adams) Nomination
    2000 Best Traditional Pop Vocal Album Timeless – Live In Concert Nomination
    2002 Christmas Memories Nomination
    2003 The Movie Album Nomination
    2004 Grammy Hall of Fame Funny Girl (Barbra Streisand et Sydney Chaplin) Inclusion
    2006 The Barbra Streisand Album
    2007 Best Traditional Pop Vocal Album Live in Concert 2006 Nomination
    2008 Grammy Hall of Fame "The Way We Were" Inclusion
    2011 Best Traditional Pop Vocal Album Love Is the Answer Nomination
    2012 Best Traditional Pop Vocal Album What Matters Most Nomination
    Récompenses Cinématographiques

     



    Barbra Streisand a remporté 2 Academy Awards (Oscar) en 5 nominations, 2 en tant que meilleure actrice, 2 pour des compositions et 1 nomination au meilleur film.

    Année Prix Catégorie Film Résultat
    1969 Academy Awards Meilleure Actrice Funny Girl Lauréat
    Golden Globe Awards Meilleure Actrice (Comedie ou Film Musical) Lauréat
    1970 Hello, Dolly! Nomination
    Henrietta World Film Favorite — Prix Honorifique
    1971 Meilleure Actrice (Comedie ou Film Musical) La Chouette et Le Pussycat Nomination
    Henrietta World Film Favorite — Prix Honorifique
    1974 Academy Awards Meilleure Actrice Nos plus belles années (film) Nomination
    Golden Globe Awards Meilleure Actrice (Drame) Nomination
    1975 Henrietta World Film Favorite — Prix Honorifique
    1976 Meilleure Actrice (Comedie ou Film Musical) Funny Lady Nomination
    1977 Academy Awards Meilleure Chanson "Evergreen" (d'Une Etoile Est Née) Lauréat
    Golden Globe Awards Meilleure Actrice (Comedie ou Film Musical) Lauréat
    Meilleure Chanson Lauréat
    1978 Henrietta World Film Favorite — Prix Honorifique
    1984 Meilleure Actrice (Comedie ou Film Musical) Yentl Nomination
    Meilleur Réalisateur Lauréat
    Meilleur Film (Comédie ou Film Musical) Lauréat
    1988 Meilleure Actrice (Drame) Cinglée Nomination
    Meilleur Film (Drame) Nomination
    1992 Academy Awards Meilleur film Le Prince des marées Nomination
    Golden Globe Awards Meilleur Réalisateur Nomination
    Meilleur Film (Drame) Nomination
    1997 Academy Awards Meilleure Chanson "I Finally Found Someone" (de Leçons de séduction) Nomination
    Golden Globe Awards Meilleure Actrice (Comedie ou Film Musical) Leçons de séduction Nomination
    Meilleure Chanson "I Finally Found Someone" (de Leçons de séduction) Nomination
    2000 Golden Globe Cecil B. DeMille Award for Lifetime Achievement — Prix Honorifique
    Broadway
    Année Titre Prix
    1961–1963 I Can Get It for You Wholesale Nomination—Tony Award de la meilleure actrice dans une comédie musicale
    1964–1965 Funny Girl Nomination—Tony Award de la meilleure actrice dans une comédie musicale
    Effet Streisand

     



    En 2003, Streisand attaque en justice un photographe qui avait pris une photographie aérienne de sa villa californienne, dans le cadre d'un projet scientifique. L'actrice voulait limiter la diffusion des clichés en questions mais obtint l'effet inverse : l'action en justice apporta une publicité considérable à la photographie, qui se retrouva dupliquée des centaines de milliers de fois sur la toile. Ce phénomène Internet fut plus tard nommé l'effet Streisand.
    Dans la culture populaire
    Télévision

    Elle participe quelques fois au Judy Garland Show dans les années 1960.

    Barbra Streisand a été caricaturée à plusieurs reprises et de manière peu flatteuse dans la série d'animation South Park : dans le film, son nom y est cité comme un gros mot, et dans les épisodes Mecha Streisand, Poisson sanglant, 200 et 201, elle y apparaît tout d'abord comme une célébrité véreuse et avide de pouvoir puis comme un robot gigantesque semblable à Godzilla et dont son point faible est le nez.

    Dans la série Une nounou d'enfer, Fran Fine est fan de Barbra Streisand. Celle-ci fait quelques apparitions dans la série, en personne ou parodiée.

    Dans Las Vegas Parano, une jeune artiste catholique en fait plein de caricatures, qu'elle expose sous le nez des deux héros. Barbra Steisand est mise en caricature sous le style de Picasso, ce qui lui donne un physique peu avantageux.

    Elle est notamment l'idole de Rachel Berry dans la série Glee; cette dernière a interprétée plusieurs de ses chansons :

    Don't Rain on My Parade lors du treizième épisode de la première saison
    Papa, Can You Hear Me? durant le troisième épisode de la deuxième saison
    My Man dans le vingt-et-unième épisode de la deuxième saison.

    Musique

    Récemment, Duck Sauce (composé des DJs A-Trak et Armand Van Helden) a sorti un titre à son nom, Barbra Streisand, reprenant en partie la chanson Gotta Go Home de Boney M. (cette chanson étant, elle-même, une reprise du titre Hallo Bimmelbahn du groupe allemand Nighttrain (1973)) ; le clip de cette chanson, sorti le 29 septembre 2010, a été réalisé par So me, avec un sosie de Barbra Streisand.

    En 2011, elle chante la chanson « Somewhere » en duo avec Jackie Evancho sur son album : Dream with me.

    Source : Wikipedia
    Née le :24 avril 1942 à 05h08 à :Brooklyn Heights, NY (États-Unis) Soleil :3°33' Taureau Lune :10°36' Lion Ascendant :8°18' Bélier Milieu du Ciel :4°23' Capricorne Astrologie Chinoise :Cheval d'EauNumérologie :chemin de vie 8Taille :Barbra Streisand mesure 1m65 (5' 5")

     

    Love soft as an easy chair
    Love fresh as the morning air
    One love that is shared by two
    I have found with you
    Like a rose under the April snow
    I was always certain love would grow
    Love ageless and evergreen
    Seldom seen by two
    You and I will
    make each night the first
    Everyday a beginning
    Spirits rise and their dance is unrehearsed
    They warm and excite us
    'Cause we have the brightest love
    Two lights that shine as one Morning glory and midnight sun
    Time... we've learned to sail above
    Time... won't change the meaning of one love
    Ageless and ever evergreen...
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  • Né un 23 avril, William Turner

    Né un 23 avril, William Turner

     

    POISSONS NE-ES ENTRE LE 16 ET LE 22 MARS

     

     

    Voir la photoNé le : 23 avril 1775 à 01h10à :Londres (Royaume-Uni)Soleil :2°40' TaureauLune :5°22' VerseauAscendant : 15°41' CapricorneMilieu du Ciel : 20°55' ScorpionNumérologie : chemin de vie 11

     

     

    Joseph Mallord William Turner est un peintre, aquarelliste et graveurbritannique, né le 23 avril 1775 à Londres et mort le 19 décembre 1851 à Chelsea. Initialement de la veine romantique anglaise, son œuvre est marquée par une recherche novatrice audacieuse qui fait considérer celui que l'on surnomme le « peintre de la lumière » comme un précurseur de l'impressionnisme, avec son contemporain John Constable.

    La transition des degrés 2 et 3 du Taureau  qu’effectue son Soleil natal  est très expressivement illustrée par le yiking astrologique :

     

    Degré 2 Un orage aux éclairs spectaculaires  : Il n'y a guère plus uranien qu'un orage spectaculaire ; Turner se fera attacher à un mat de navire  pendant une tempete pour s'impreigner de toute la puissance de l'orage afin de mieux la recréer dans sa peinture. 

    Degré 3 Un escalier naturel conduit à un parterre de trèfles en fleur ..

    C’est véritablement ce bond quantique qu’à fait ce merveilleux artiste entrainant toute la conscience collective avec lui en peignant des tempetes en mer de plus en plus lumineuses pour finir par peindre la nature dans toute la splendeur de sa simplicité .

    la puissance des orages à fait exploser en lui les limites jusqu alors etablies en peinture pour ouvrir l'art à la fluidité lumineuse qui  permet de montrer l'interconnexion d etous les éléments de l'univers ; il ouvrira ainsi la voie à l'impressonnisme .

     

    " La patrie des coloristes exaspérés"

    Turner est le plus grand représentant de la vision intérieure ; son imagination se projette sur le spectacle du monde. Formé, avec son compagnon Thomas Girtin (1775-1802), aux vues topographiques à l’aquarelle et héritier d’une riche tradition nationale qui remonte à Paul Sandby et à Richard Wilson, c’est un paysagiste d’une maîtrise absolue. Autant Constable a de doutes, de réticences, autant Turner est sûr de ses effets.Le fonds d'atelier que Turner laissa à sa mort était considérable : plus de vingt mille peintures, aquarelles, dessins, carnets, estampes. Sa couleur par son extrême fluidité, la minceur de la couche, ses surfaces lisses, ses imperceptibles dégradés rivalise avec les grandes clartés et les subtiles transparences de l'aquarelle.

    Avec son compagnon de travail Girtin, il libère l'aquarelle des servitudes étroites du dessin et de la gravure, peint directement, hardiment, obtient plus de profondeur dans les ombres, plusd'éclat dans les lumières par l'emploi des tons purs, grandes taches de bleu sombre, de rouge vif ou de jaune, et retrouve ainsi d'instinct la tradition des vieux enlumineurs. Et, en même temps, par une habileté qui restera un de ses traits marquants, il tient compte- dans les oeuvres destinées à la vente- des goûts du public pour le pittoresque, le romantique, l'anecdote même: ses marines, ses châteaux, ses paysages d'Écosse ou du Pays de Galles remportent un énorme succès, même auprès des connaisseurs et des peintres.

    L'aquarelliste avant tout

    Turner fut d'abord, et ne cessa peut-être jamais de l'être, un aquarelliste. On le voit commencer par se rendre maître de cet art, augmenter le nombre et les contrastes de ses couleurs. Peu à peu les formes, précisément solidement dessinées au début, commencent à se fondre ou tout au moins à s'atténuer dans la lumière qui les baigne. A mesure qu'on avance dans son oeuvre, ses aquarelles deviennent de plus en plus claires, éblouissantes: on ne voit d'abord qu'une vapeur lumineuse, dans laquelle ou derrière laquelle on devine des masses. Car c'est là une des caractéristiques de Turner: si l'on regarde de tout près ses oeuvres en apparence les plus  nuageuses, on y discerne presque toujours une structure ferme, soigneusement composée.


    Durant toute sa carrière, Turner a mené de front la production d'aquarelles et de peintures à l'huile. Les premières sont pourtant restées longtemps méconnues ; en effet, l'artiste les a peu exposées, jugeant (avec raison) plus profitable d'asseoir sa réputation sur ses toiles. Mais il a laissé des milliers d'aquarelles, souvent inspirées par les paysages traversés lors de ses nombreux voyages. Elles forment un ensemble prodigieusement riche et varié, dont on n'a peut-être pas encore mesuré pleinement la qualité. Il convient bien sûr de distinguer dans sa production les " ébauches colorées " (colour beginnings), d'une part, où l'artiste se livre, pour son usage personnel, à des confrontations
    expérimentales de teintes et de tons, sans préoccupation figurative immédiate ; et les aquarelles achevées, d'autre part, souvent destinées au graveur, comme celles qui furent publiées à partir de 1825 sous le titre Picturesque Views in England and Wales.

    Le peintre

    L'évolution de son oeuvre à l'huile est plus facile à suivre. Quand on ne connaît Turner que par ses dernières toiles, les plus éblouissantes et que l'on voit tel ses premiers tableaux comme la jetée de Calais (1802) on est surpris de se trouver  devant une belle marine à la Van de Velde, en moins lumineux. Ainsi, Turner d'abord se cherche lui même en suivant les voies traditionnelles, dans des scènes historiques laborieusement composées La mort de Nelson (1805) et même les scènes de genre qui pourraient être signées par Wilkie comme L'atelier du Forgeron (1807).Plus on va, sa profonde connaissance des paysages anglais soutenue d'une solide notation des couleurs et d'éclairage le rapprochent de Constable dans ses gelée matinale (1813) dans la traversée du ruisseau exposée en 1815.

    La vérité, c'est que le monde de Turner, c'est la lumière et la lumière seule. Le flux ininterrompu des ondes lumineuses envahit et submerge l'air, la vapeur,l'eau se réfractent, se brisant en mille nuances.


     

     

     

    Notes biographiques